Le fusil de chasse ***/ Yasushi Inoué

Publié le par S.L.

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Comme un éventail, le roman s’ouvre et se referme sur deux baguettes, deux hommes pour qui se déploient progressivement trois paysages psychologiques, trois lettres à la première personne, chacune écrite par une femme différente, dévoilant chacune davantage les multiples facettes d’un même secret, d’une même adultère. Cet amant, Misugi, n’est autre que le lecteur d’un poème que le narrateur a écrit sur commande pour une revue de chasse, dans lequel il s’est reconnu, et, sans plus d’explication, a envoyé au narrateur ces trois lettres qui lui étaient adressées : à elles trois, elles expliquent l’impression d’isolement et de mélancolie que dégage ce chasseur décrit dans le poème, seul avec son chien et son fusil de chasse, tant à l’écrivain-narrateur qu’au lecteur. De lettre en lettre, toute une vision de la réalité vole en éclats pour cet homme accablé par un secret lourd de treize longues années, et ce à travers le style dépouillé, le ton glacial et le message brûlant qu’offrent tour à tour dans ces lettres la fille de sa maîtresse, puis sa femme, et enfin, à titre posthume, sa maîtresse qui vient de se suicider.


"Qu'avais-tu voulu dire au juste ? Je ne t'ai jamais interrogé à ce sujet, mais tes paroles me parurent comme chargées de mystère et je n'ai jamais pu les oublier. Je me suis souvent interrogée sur ce serpent que chacun, selon toi, porte en lui, et j'ai conclu tantôt qu'il symbolisait l'égoïsme, tantôt la jalousie et tantôt le destin." (p. 71)

Sous la plume poétique et sobre d’Yasushi Inoué, jamais histoire d’adultère ne fut plus subtilement orchestrée, efficace jusque dans l’économie des mots et du récit, dégageant l’essentiel tout en réunissant les trois points de vue féminins les plus importants sur cette transgression morale. Un chef-d’œuvre.


INOUE, Yasushi. – Le fusil de chasse. – La Librairie Générale Française, 2004. – 87 p.. – (Le livre de poche ; 3171. Biblio). – ISBN 2-253-05901-3 : 2 €.


Biographie :

Yasushi Inoué (1907-1991) fit d'abord des études de philosophie avant de se lancer dans le journalisme puis de s'essayer à la littérature. En 1949, il obtenait le Prix Akutagawa , l'équivalent de notre Goncourt, pour "Le Fusil de chasse" qui devait être ensuite traduit dans le monde entier.

Publié dans Littérature japonaise

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BMR 19/03/2007 17:02

En à peine une heure de lecture, trois femmes se racontent à un même homme. Trois très belles lettres.Triste histoire que celle des amours contrariées de ces quatre personnages (l'une de ces femmes connaîtra d'ailleurs un funeste destin). Amours impossibles, amours étouffées par les secrets non dits.[...] En plus des trente couleurs au moins que contient une boîte de peinture, il en existe une, qui est propre à la tristesse et que l'oeil humain peut percevoir.L'écriture glacée de Yasushi Inoué ajoute encore au malaise : ses personnages se racontent de manière étrangement distanciée et l'on sent à chaque page le feu couver sous la glace, la passion sous les mots :[...] Ma vie demeurera présente dans cette lettre jusqu'à ce que tu en aies achevé la lecture. Dès l'instant que tu l'auras ouverte, que tu auras commencé à la lire, tu y retrouveras la chaleur de ma vie. Et pendant quinze ou vingt minutes jusqu'à ce que tu en aies lu le mot final, cette chaleur se répandra dans ton corps entier.