Les amants du Spoutnik ***/Haruki Murakami

Publié le par S.L.

Titre de l'édition originale : Supûtoniku no koibito

Traduit du japonais par Corinne Atlan

K., le narrateur, est amoureux de son amie Sumire, lectrice passionnée comme lui et écrivain en herbe, laquelle, au cours de sa vingt-deuxième année, tombe amoureuse pour la première fois... de Miu, une élégante femme mariée, de dix-sept ans son aînée, qui décide de l'embaucher comme secrétaire particulière. Mais Miu, qui semblait promise à une grande carrière internationale comme pianiste, semble comme cassée à l'intérieur : un événement, dont elle refuse de parler, aurait blanchi en une nuit ses cheveux à l'âge de vingt-cinq ans. Jusqu'où son secret va-t-il entraîner Sumire ?

"A l'époque, Sumire menait littéralement un combat désespéré pour devenir écrivain et vivre de sa plume. Peu lui importait la diversité des choix qui s'offrent à l'accomplissement d'une destinée humaine ; pour elle, il n'existait qu'une seule voie : écrire. Cette décision inébranlable ne pouvait souffrir aucun compromis. Sa vie et sa foi en la littérature ne faisaient qu'un." (p. 9-10)

Ce roman réunit toute une thématique susceptible de séduire ses lecteurs, constitués statistiquement de femmes : la passion de la lecture, de la littérature, de l'écriture, de la musique, le désir et l'amour. Dès l'incipit, en effet, on est d'ores-et-déjà conquis.  Que le narrateur soit un homme n'y change rien, au contraire : son regard amoureux valorise les deux protagonistes sans mise à distance. Pourtant, la solitude est omniprésente : K. et Sumire restent seuls avec leur désir, Miu s'est désolidarisée du monde des vivants, du monde des désirs. Chacun se côtoie sans jamais se toucher, se posséder, s'aimer, comme des satellites à la dérive. 
Dans toute la première partie du roman, le narrateur assiste à la métamorphose de son amie, d'ordinaire peu soucieuse de son apparence extérieure et mettant sa vocation d'écrivain au-dessus de toute autre activité, qui, par amour, prend une allure féminine et assagie, appliquée et consciencieuse, délaissant totalement l'écriture. Dans une seconde partie, ce n'est plus à une métamorphose que l'on assiste, mais à l'étrange disparition de Sumire : c'est là que le surnaturel intervient... Avec habileté, Haruki Murakami détourne le thème du miroir, qui fut beaucoup exploité dans la littérature fantastique, pour nous proposer une situation bien plus angoissante... à laquelle peut-être on a pu être confronté une fois,
heureusement sans cette issue, mais qui désormais nous trottera dans la tête chaque fois que l'occasion se présentera... Machiavélique.
Excellent. Vous serez conquis dès la première page. 


MURAKAMI, Haruki. - Les amants du Spoutnik / traduit du japonais par Corinne Atlan. - 270 p. : couv. ill. en coul.. - ISBN : 978-2-264-03932-3.

Publié dans Littérature japonaise

Commenter cet article

Marie 23/08/2008 20:21

J'ai beaucoup aimé ce roman moi aussi, comme (presque) tous ses livres d'ailleurs :)

S.L. 24/08/2008 11:35


Moi aussi, mais moins le premier que j'ai lu de lui : "Au sud de la frontière..."


lempreintedesmots 21/08/2008 19:53

C'est l'un de mes romans préférés de Murakami, avec "Au sud de la frontière..." ; d'ailleurs j'en chroniquerai bientôt quelques uns sur mon blog :http://empreintedesmots.blogspot.com/

S.L. 22/08/2008 09:24


C'est bizarre : Au sud de la frontière... est le premier que j'ai lu de lui et cela reste celui que j'ai le moins aimé.


Vanillabricot 21/08/2008 11:16

Arg! Encore un Murakami à rajouter à ma PAL! J'ai pas fini! C'est malin ^o ^

S.L. 22/08/2008 09:23


C'est le pb des blogs : cela allonge la PAL !!!!


clochette 20/08/2008 22:13

J'ai moi aussi adoré ce livre dont tu trouveras mon billet qui date un peu en farfouillant sur mon blog. A bientôt !

S.L. 22/08/2008 09:21


Je me souviens avoir lu ton billet à l'époque.