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Carnets de SeL

 

LaCivilisationmamère

« - Non, pas de guerres, pas de dates. Quand tu te bagarres avec Nagib, est-ce que je m’en souviens ? Ces coups de poing doivent-ils passer à la postérité ? Raconte-moi le fond vrai de l’Histoire, je ne sais pas, moi… une période d’une nation ou d’un peuple ou d’un homme où il s’est vraiment passé quelque chose : je veux dire quelque chose de bien. Il doit bien y avoir une époque où les chiens fraternisaient avec les chats et Dieu avec les hommes !

La géographie était aussi sa passion : tant de peuples qui parlaient tant de langues et avaient des vies différentes ! » (p. 88-89).

 

Le narrateur et son grand frère Naguib s'amusent d'abord des croyances de leur mère, cloîtrée chez elle depuis qu'elle a été mariée à l'âge de treize ans à leur père. Et puis, ils en viennent à vouloir faire son éducation, en cachette du père, allant même jusqu'à la faire sortir de chez elle, l'emmener au parc, au cinéma. Lorsque le cadet part poursuivre ses études en France, c'est le grand frère qui reprend le récit de l'éveil de sa mère au monde qui l'entoure, à son désir boulimique de s'instruire, de savoir, de comprendre. Bientôt elle s'affranchit de son mari, qui la laisse prendre son indépendance, médusé, et entreprend de faire réagir d'autres femmes, s'attirant des ennemis.

 

« Ce que je visais, tenacement, c’était la carapace d’idées reçues et de fausses valeurs qui la maintenaient prisonnière au fond d’elle-même. Un mollusque sort de sa coquille au cours de sa mutation. Pourquoi pas elle ? (…) Jour après jour je l’amenais à remettre en cause son propre passé. Partie de là, si elle pouvait le faire craquer, sa myopie intérieure deviendrait une vue de lynx, critique. Peu m’importaient les conséquences : je l’aimais. Elle se débattait et je ne lui laissais pas un moment de répit. » (p. 88-89).


Tendre, touchant, ce roman vibre d’amour, l’amour de deux fils pour leur mère, qui les / nous fait d’abord sourire et rire par l’explication magique et merveilleuse que cette dernière donne aux nouveaux objets de la civilisation des années 30, du progrès technologique, qui, chapitre après chapitre, envahissent son foyer, sa prison aux barreaux dorés dont elle n’est jamais sortie depuis qu’elle a été mariée à l’âge de douze ans, sans aucune instruction.


Dès que le cadet part poursuivre ses études en France, une rupture est créée : la mère veut devenir digne de son fils, apprendre, le surprendre à son retour, lui montrer qu’un papillon est sorti de sa chrysalide. La mère part à l’école, surpasse son fils aîné en savoir, prend les rênes du foyer et de sa vie, va semer ses idées auprès de De Gaulle, auprès de ses consœurs… L’amour dépasse la cellule familiale, il s’étend au monde entier.


Une petite perle de la littérature, où guerres et religions sont remises en cause, prônant l'émancipation féminine dans les pays du Maghreb. C'est tout simplement savoureux !


CHRAIBI, Driss. – La Civilisation, ma Mère !... . – Gallimard, 2010. – 180 p.. – (Folio ; 1902). – ISBN 978-2-07-037902-6.

Condition féminine – Maroc – relation mère – enfant - humour

Acheté fin juin 2010 à la librairie « Les Temps modernes » d’Orléans.

 

 


Publié dans : Littératures d'Afrique du Nord
Dimanche 22 août 7 22 /08 /Août 12:00
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