Bernard WERBER

Publié le par S.L.

Jeudi soir j'ai rencontré Bernard Werber,

A l'occasion de la sortie
dans 3 semaines, le 3 octobre en librairie,
     de son dernier roman, Le papillon des étoiles...

Jamais je n'ai pris le temps ni l'occasion de me pencher sur l'oeuvre de Bernard Werber. Je ne l'ai jamais lu, si ce n'est un ou deux chapitres des Fourmis avant-hier, histoire de m'imprégner de son univers, de sa structure narrative et de son style, sachant que j'allais pouvoir le rencontrer, avant la sortie le 3 février de son dernier roman, Le papillon des étoiles, avec une trentaine d'autres bloggueurs invités par brm (bloggers relationship managment) dans les locaux d'Albin Michel.
J'y suis donc allée sans a priori, par curiosité.

Sites consultés au préalable de la rencontre :

Vous trouverez sa biographie et bibliographie, une brève analyse de son oeuvre sur : http://fr.wikipedia.org/wiki/Bernard_Werber

Et tout sur lui bien sûr sur son site, forcément subjectif :
http://www.bernardwerber.com/

J'avais également lu sur lui l'opinion de
François Busnel dans L'Express :
http://livres.lexpress.fr/portrit.asp/idC=2738/idR=5/idTC=5/idG=0

Présentation du Papillon des étoiles et de Bernard Werber :

en italique les propos de Bernard Werber

Son éditrice  relayée par Bernard Werber nous a donné un large aperçu de ce nouveau roman... et de lui-même.

Au premier coup d'oeil, Bernard Werber, c'est un peu l'ado qui s'attarde,
baskets, jean sous la chemise pendante violine, petites lunettes, front dégagé, simple et sympa. D'emblée, on sait qu'on ne va pas le trucider. Lui aussi.
Sa première phrase : "J'écris pour le public, pas pour la critique." C'est à la fois feindre et/ou se permettre l'indifférence, quand il sait qu'il n'y peut rien changer, et que heureusement des milliers de lecteurs savent eux approuver son travail.
Il joue le jeu gentiment, ne sait pas trop qui nous sommes, nous, les bloggueurs, nous interrogent. On lève la main à chacune de ses questions pour nous sonder.
Quelques-uns comme moi avouent n'avoir rien lu de lui. Une bonne vingtaine a lu Les Fourmis. Une seule rangée, le premier rang d'ailleurs, a lu toute son oeuvre.

Son nouveau roman en une phrase, c'est l'histoire d'Adam et Eve débarqués sur une autre planète après la destruction de la Terre et un long voyage en huis clos avec d'autres humains.

Le papillon des étoiles
(n.b. : Jacques Sternberg en avait choisi un autre, plus cynique, sur le même thème de la fuite vers une autre planète : La Sortie est au fond de l'espace), cette expression imagée évoque bien ce que la 4e de couv. laissait présager, soit le déplacement de l'humanité de planète en planète, à bord d'un voilier photonique. Il s'agit donc avant tout d'un voyage.

Maintenant, le sous-titre, dichotomique pour moi : "Le dernier espoir, c'est la fuite".
Il cite en référence le professeur Henri Laborit pour lequel, devant un événement néfaste, une maladie, une catastrophe, l'être humain a trois solutions :
- combattre
- inhiber
- fuir
Or finalement, la fuite, c'es organiquement, biologiquement, la solution qui ne va pas nous détruire.
C'est ainsi que réagissent d'ailleurs les animaux devant le feu.
La décision de Yves, mon personnage principal, c'est donc de fuir la planète et de recréer l'humanité.

Et tout ceci à bord d'un vaisseau qu'il va construire, un voilier photonique qui,
selon Bernard Werber, existe déjà, puisqu'il aurait contribué à l'élaboration de l'un d'entre eux.
Il se propulse à la lumière solaire
(écologique), que l'on trouve partout dans l'univers. L'échantillon d'humanité voyage ainsi d'une étoile à l'autre, à raison de deux années lumière par déplacement.
Dans l'espace, la vitesse s'accumule, ne rencontre pas l'obstacle de l'air.
C'était donc l'idée d'un papillon qui vole dans l'espace.

Une fois délivré de ces aspects techniques, c'est en fait un livre d'une totale poésie
(je reste sceptique - je vous le dirai après l'avoir lu).

C'est un peu un livre intermédiaire entre les cycles, comme un entracte.



Echange d'une heure avec Bernard Werber :

Question de bloggueur : En combien de temps avez-vous écrit ce livre ?

Bernard Werber : C'était d'abord une nouvelle écrite en une heure, et en trois mois c'est devenu un roman.
J'avais envie d'une consommation rapide, immédiate, jubilatoire.
A l'opposé, Nous les Dieux m'avait demandé 7 ans.
Mais cela reste une idée avec des personnages.

Ma question : Et donc, en général, quand vous commencez un roman, vous en connaissez déjà la fin ?

Bernard Werber : Je commence toujours en connaissant la fin, ou du moins une fin. Dans ma nouvelle, la fin faisait 1 page. Dans le roman, elle en fait 10. Je connais toujours la fin, pour jouer avec le pic de l'intrigue (l'acmé), avec la tension du lecteur.

Question de bloggueur : A vous entendre, vous ne souffrez jamais devant la feuille ?

Bernard Werber : Jamais !
Quand je lis un livre, c'est pour me détendre. Donc quand j'écris, je veux que mon lecteur se détende.

Question de bloggueur : Quels romans lisez-vous ?

Bernard Werber : Je lis de moins en moins.
Des Fleurs pour Algernon de Daniel Keyes (1951).
Des fleurs pour algernon
C'est l'adéquation de la forme avec le fond. Comme quoi pour certains, un seul roman suffit.

Pourquoi j'ai mangé mon père de Roy Lewis
Le Fléau de Stephen King (1500 pages ! J'en suis à la fin du premier tome.)
Misery
La peau sur les os
de Richard Bachman
Conversation avec Dieu
de Donald Walsch
Richard Matheson
Philip K. Dick
Fantômes et farfafouilles
de Fredric Brown

Question de bloggueur : La science est très présente dans vos livres. Va-t-elle sauver ou détruire l'humanité ?

Bernard Werber : La science est un outil. C'est l'intention qui compte.
L'homme en fait l'usage qu'il souhaite, bon ou mauvais.

Question de bloggueur : Dans la fuite, il y a donc l'idée d'un retour aux origines ?

Bernard Werber : Oui.
Mais c'est surtout un huis clos avec des personnages.

Question de bloggueur : Vous êtes parti de la nouvelle, ce qui n'est pas la même forme, n'a pas les mêmes caractéristiques...

Bernard Werber : Tout part d'une idée.
Elle peut commencer   à un 1er niveau, le haïku, en 3 phrases.
                              
à un 2e niveau, la blague.
                               à un 3e niveau, la nouvelle.
                               à un 4e niveau, le conte.
                               à un 5e niveau, le roman.
                            et à un 6e niveau, la saga.
Mais cela raconte toujours la même chose.

(
Tiens, il raisonne comme Jacques Sternberg ! Second point commun, décidément)

La sensation d'écrire, c'est un peu comme
 monter un cheval qui galope dans un champ de blé.
Par moments, le cheval fatigue un peu,

se sent perdu au bout de 3 heures.
En revanche, si on s'élance d'une colline

pour en rejoindre une autre que l'on voit à l'horizon (c'est-à-dire la fin), c'est beaucoup plus facile !

(J'ai bien aimé cette comparaison).

Question de bloggueur : Vous ne renvoyez pas un message écologique avec la destruction de la planète, le voilier solaire ? J'ai lu récemment Alien Earth qui évoque aussi une fuite. Il y a une considération écologique aussi. Les personnages tentent d'imaginer une nouvelle vie sous un mode écologique parfait.

Bernard Werber : Non, je ne suis pas écolo. Et d'ailleurs, on peut parler écologie sans faire de politique.

Question de bloggueur : Vous écrivez beaucoup. Est-ce que vous n'avez pas peur de toujours tirer les mêmes ficelles ?

Bernard Werber : Non seulement je n'ai pas peur mais j'ai écrit des tas de choses différentes : du théâtre, des nouvelles, une encyclopédie, ...
Le Livre du voyage, le héros est à la 2e personne du singulier. Je l'ai écrit de 8h à 20h en un seul jet.
Pour me renouveler, j'ai plein de mécanismes. Mais tout ne vous intéressera pas. J'ai une idée de polar à l'ancienne avec un anti-héros alcoolique. Une autre d'un roman psychologique avec pour héroïne une petite fille. Mais je ne souhaite pas déstabiliser mes lecteurs. Le plus dur, cela a été d'écrire cette pièce de théâtre, car, en général, on théâtre, on s'endort à un moment, et moi, je voulais que les gens rient tout le temps pour ne pas les laisser s'assoupir.

jeudi 14 septembre, 20h30-22h15

L'entrevue s'est achevée sur cette dernière question. Après un cocktail, nous sommes repartis, une épreuve dédicacée de son dernier roman sous le bras, libre d'en parler sur notre blog ou non, de lire son roman ou de le mettre en vente sur Ebay, comme l'a fait remarquer en blaguant un confrère.

Mon impression générale avant d'entamer le livre :

- Une soirée vraiment sympa, conviviale, à renouveler si l'occasion se représente, cette fois avec un auteur que je connais mieux !

- Un Bernard Werber qui a décidément de nombreux points communs avec son confrère qu'il lit par ailleurs, Stephen King :
méprisé par la critique car dépourvu de style et privilégiant ce qu'on appelle communément de la paralittérature, sous-genre pour la plupart,
MAIS plébiscité par un public qui aime à être diverti, qui aime s'échapper vers un avenir fantasmé ou redouté. De la SF donc qui, à première vue, permet de s'évader, mais qui ne donne pas forcément à penser. Je m'attends à quelque chose dans la lignée de Barjavel. A vérifier à la lecture !

- Cette rencontre m'a donné l'idée de créer une nouvelle rubrique, "entrevues", puisque j'ai eu l'occasion de rencontrer d'autres écrivains auparavant.  Vous n'allez donc pas tarder à découvrir d'autres entrevues, dès que j'aurai retrouvé mes notes !

Publié dans Entrevues

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Hervé 16/09/2006 16:20

Ton message est impressionnant !Merci pour ce compte rendu TRES fidèle!

Lisa 16/09/2006 08:27

Coucou, me voilà retournée dans mon Pays Basque, et je consulte ton blog. Je pense que l'auteur qu'il lit et  que tu n'as pas trouvé est en fait Philip K. Dick... A suivre. Ravie d'avoir fait ta connaissance!