Lucidité dans une salle de bain
** La salle de bain / Jean-Philippe Toussaint.
Ce sont les Inrocks qui, je l'avoue, ont attiré mon attention sur les deux derniers romans de cet auteur, Faire l’amour et Fuir, que je lirai tous deux sans faute dans les prochains mois (l’un se déroulant au Japon, l’autre en Chine). Et c’est Delphine qui me prêta il y a 15 jours ce premier roman de Jean-Philippe Toussaint, que j’oubliais au milieu d’autres jusqu’à ce soir où ses quelque 120 pages furent lues en moins d’une mi-temps de qualification…
La salle de bain, un lieu froid, intime, étanche, qui encadre cette histoire entre un narrateur paumé, historien, et sa femme, Edmondsson, qui tient une galerie à Paris. Un récit en triptyque. Premier tableau : l’appartement à Paris, la salle de bain, les anciens locataires, les artistes peintres polonais, les envies de sexe d’Edmondsson. Second tableau : le narrateur disjoncte et part à Venise, sans quitter l’hôtel, Edmondsson le rejoint, visite seule les églises et musées, tandis que lui continue à jouer aux fléchettes dans sa chambre, se trompe de cible, elle part à l’hôpital. Dernier tableau : elle retourne à Paris, lui part à l’hôpital, lie connaissance avec son médecin et son épouse, repart à Paris.
Immédiatement, ce récit vacillant entre lucidité et folie, où s’enchaînent les pensées du narrateur confronté à des situations dont la banalité devient incongrue, dont la vie à tout moment semble pouvoir basculer dans la démence, m’a fait songer à cet autre auteur que j’affectionne particulièrement, Régis Jauffret. La sobriété du phrasé et de l’intrigue tranchent ainsi d’autant plus avec la vision acide de la vie qu’a son narrateur. Une impression de lecture qui m'a confortée dans l'envie d'ouvrir ses deux derniers romans.
Extraits :
« Tu devrais te distraire, me dit-elle, faire du sport, je ne sais pas moi. (…) Je répondis que le besoin de divertissement me paraissait suspect. » (p. 13)
« Je songeais à la dame blanche, le dessert, boule de glace à la vanille sur laquelle on épanche une nappe de chocolat brûlant. Depuis quelques semaines, j’y réfléchissais. D’un point de vue scientifique (je ne suis pas gourmand), je voyais dans ce mélange un aperçu de la perfection. Un Mondrian. Le chocolat onctueux sur la vanille glacée, le chaud et le froid, la consistance et la fluidité. Déséquilibre et rigueur, exactitude. »(p. 14-15)
TOUSSAINT, Jean-Philippe. – La salle de bain. – Les éditions de Minuit, 1985. – 122 p.. – ISBN : 2-7073-1028-x
Webographie :
http://www.jean-philippe-toussaint.de/ : biographie, bibliographie, toutes les couvertures de ses différentes éditions,… où j’ai appris qu’un film tiré du roman existait, avec Tom Novembre dans le rôle du personnage principal !
Voir également : http://www.bon-a-tirer.com/auteurs/toussaint.html