L'histoire véritable de la Bastille **
L'histoire véritable de la Bastille / Claude Quétel
16e-18e siècle - prison - censure

Index des noms propres et mots-clés. Table des matières.
16e-18e siècle - prison - censure

Ce sont plus de quatre siècles que parcourt l'histoire de la Bastille, de 1356 au 14 juillet 1789, demeurée le symbole de la chute de l'Ancien Régime malgré les soubresauts ultérieurs de la démocratie. Construite en pas moins de douze ans, elle fut d'abord une forteresse réputée comme imprenable, entrepôt d'armes et même château royal pour des hôtes de passage, avant d'assumer pleinement sa vocation de prison d'Etat à partir du 16e siècle.
Les motifs n'ont pas manqué pour emprisonner les quelques 6 000 "embastillés" par le biais des fameuses lettres de cachet : affaires d'Etat (le mystérieux homme au Masque de fer, l'Affaire des poisons sous Louis XIV, puis celle du collier sous Louis XVI, Fouquet), affaires de famille (Le Marquis de Sade, interné d'abord par sa famille à cause de sa vie licencieuse, par le Consulat ensuite pour son oeuvre pornographique, qu'il a écrite à la Bastille, faute de pouvoir la pratiquer !), affaires de religion, censures, criminalité et folie. L'un des premiers motifs d'emprisonnement ? 22,4% des prisonniers (946 exactement) ont commis des infractions aux règlements de librairie : imprimerie clandestine, gazettes à la main, romans pornographiques (L'Histoire de Dom B...., portier des Chartreux, resté anonyme, 1740, Thérèse philosophe d'Arles de Montiguy, 1748). Un cinquième chapitre y est d'ailleurs consacré, soulignant combien la Bastille constitue l'un des moindres maux pour les contrevenants, sévèrement punis pour certains, sinon condamnés au bannissement, aux galères ou à la potence, mais sans jamais réussir à enrayer la diffusion de ces gazettes satiriques, que tout le monde sans exception s'arrache. D'ailleurs, avec d'Argenson, à partir de 1667, le rapport de police deviendra presque un genre littéraire, au caractère confidentiel et parfois piquant d'affaires de libertinage (les potins d'alors des futurs Renseignements Généraux !).
Il s'agit de la réédition, doublée d'une ré-actualisation, d'un ouvrage arrivé à point nommé pour la célébration du bicentenaire en 1989, salué par la presse, et demeuré introuvable depuis. Claude Quétel nous offre ici un récit truffé d'anecdotes et de témoignages, né de ses recherches approfondies dans les archives, qui rend compte, au-delà de la Bastille, des moeurs et de la politique de l'époque, une Bastille où l'on n'y est point maltraité, loin s'en faut, où l'on reçoit, où on lit, beaucoup, où l'on écrit aussi, tel Gatien de Courtilz de Sandras ses Mémoires de M. d'Artagnan, qui seront pillées par Dumas, tandis que les livres censurés, saisis, y sont aussi déposés dans son "enfer", qui devient "la plus belle bibliothèque, soigneusement inventoriée, des ouvrages interdits du royaume" p. 201 (Portier des Chartreux, les Provinciales de Pascal). "Quant au reste, il est mis au pilon, sauf à faire de temps à autre quelques autodafés spectaculaires du genre de celui des Lettres philosophiques de Voltaire, lacérées et brûlées par l'exécuteur des hautes oeuvres." (p. 201).
Un ouvrage particulièrement instructif sur cette prison légendaire pleine de savoureuses contradictions .
QUETEL, Claude. - L'histoire véritable de la Bastille. - Larousse, 2006. - 479 p.. - (Bibliothèque historique). - ISBN : 2-03-505-576-8 : 19 euros.Les motifs n'ont pas manqué pour emprisonner les quelques 6 000 "embastillés" par le biais des fameuses lettres de cachet : affaires d'Etat (le mystérieux homme au Masque de fer, l'Affaire des poisons sous Louis XIV, puis celle du collier sous Louis XVI, Fouquet), affaires de famille (Le Marquis de Sade, interné d'abord par sa famille à cause de sa vie licencieuse, par le Consulat ensuite pour son oeuvre pornographique, qu'il a écrite à la Bastille, faute de pouvoir la pratiquer !), affaires de religion, censures, criminalité et folie. L'un des premiers motifs d'emprisonnement ? 22,4% des prisonniers (946 exactement) ont commis des infractions aux règlements de librairie : imprimerie clandestine, gazettes à la main, romans pornographiques (L'Histoire de Dom B...., portier des Chartreux, resté anonyme, 1740, Thérèse philosophe d'Arles de Montiguy, 1748). Un cinquième chapitre y est d'ailleurs consacré, soulignant combien la Bastille constitue l'un des moindres maux pour les contrevenants, sévèrement punis pour certains, sinon condamnés au bannissement, aux galères ou à la potence, mais sans jamais réussir à enrayer la diffusion de ces gazettes satiriques, que tout le monde sans exception s'arrache. D'ailleurs, avec d'Argenson, à partir de 1667, le rapport de police deviendra presque un genre littéraire, au caractère confidentiel et parfois piquant d'affaires de libertinage (les potins d'alors des futurs Renseignements Généraux !).
Il s'agit de la réédition, doublée d'une ré-actualisation, d'un ouvrage arrivé à point nommé pour la célébration du bicentenaire en 1989, salué par la presse, et demeuré introuvable depuis. Claude Quétel nous offre ici un récit truffé d'anecdotes et de témoignages, né de ses recherches approfondies dans les archives, qui rend compte, au-delà de la Bastille, des moeurs et de la politique de l'époque, une Bastille où l'on n'y est point maltraité, loin s'en faut, où l'on reçoit, où on lit, beaucoup, où l'on écrit aussi, tel Gatien de Courtilz de Sandras ses Mémoires de M. d'Artagnan, qui seront pillées par Dumas, tandis que les livres censurés, saisis, y sont aussi déposés dans son "enfer", qui devient "la plus belle bibliothèque, soigneusement inventoriée, des ouvrages interdits du royaume" p. 201 (Portier des Chartreux, les Provinciales de Pascal). "Quant au reste, il est mis au pilon, sauf à faire de temps à autre quelques autodafés spectaculaires du genre de celui des Lettres philosophiques de Voltaire, lacérées et brûlées par l'exécuteur des hautes oeuvres." (p. 201).
Un ouvrage particulièrement instructif sur cette prison légendaire pleine de savoureuses contradictions .
Index des noms propres et mots-clés. Table des matières.
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