Entendez-vous dans les montagnes...*/Maïssa BEY
Dans le compartiment d'un train français, l'inimaginable a lieu : assis face à face près de la fenêtre une femme Algérienne, qui a perdu son père durant la guerre, et un sexagénaire qui l'a vu encore vivant avant que ce dernier ne soit interrogé, et qui s'est débarrassé de lui mort dans le bois avec sept autres corps ; à côté d'eux, une génération encore en-dessous, une petite fille de pieds-noirs. Lentement, rythmée par des silences, une conversation prend forme..."La jeune fille non plus n'a pas dit bonjour. Un bref sourire, auquel personne n'a répondu. C'est souvent comme ça. Il n'y a qu'elle, l'étrangère, pour trouver cela anormal. Il faudra qu'elle s'y fasse. Rares sont les personnes qui se donnent la peine de regarder et de saluer des inconnus." (p. 12)
Un huis-clos où alternent ce dialogue ponctué de silences et de non-dits et, en italique, les pensées de cet homme et de cette femme, traumatisés par les souvenirs de la guerre d'Algérie. En soixante-dix pages, tout est dit, sans haine, sans rancune. Les préjugés racistes, l'obéissance aveugle, la nostalgie, l'exil,... : Maïssa Bey, évoquant ainsi la mort de son propre père, instituteur demeuré digne, aux lunettes rondes, passe tout en revue. Court mais poignant.
"Elle se dit que rien ne ressemble à ses rêves d'enfant, que les bourreaux ont des visages d'homme, elle en est sûre maintenant, ils ont des mains d'homme, parfois même des réactions d'homme et rien ne permet de les distinguer des autres. Et cette idée la terrifie un peu plus." (p. 70)
Editions de l'aube, 2002. – 71 p.. – ISBN 978-2-7526-0447-7. - 6 €.
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