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Carnets de SeL

Littératures germaniques

seulsdansBerlin Titre original : Jeder stirbt für sich allein (1965)


« - Quel effet penses-tu que feront nos cartes ? demande Anna.

Tous commenceront par éprouver un choc en les voyant et en lisant les premiers mots. Car aujourd’hui tout le monde a peur.

Oui, dit-elle. Tous.

« Presque tous ont peur, pense-t-elle… Nous, non. »

Ceux qui les trouveront, répète-t-il après y avoir réfléchi cent fois, auront peur d’être observés dans l’escalier. Ils dissimuleront vite les cartes et s’éloigneront rapidement… Ou bien, ils les déposeront de nouveau, et le suivant viendra.

Ce sera comme ça, dit Anna.

Et elle se représente la cage d’escalier : une cage d’escalier mal éclairée, comme elles sont toutes à Berlin. Tous ceux qui liront ces cartes auront soudain l’impression d’être des criminels. Tous donneront raison à l’auteur ; mais on n’a pas le droit de penser ainsi, puisque la mort plane sur ceux qui ont de telles pensées. » (p. 165)


1940. Anna et Otto Quangel apprennent par courrier la mort de leur fils au front, alors que la France vient de capituler. Furieuse contre ce pays qui lui a arraché son fils unique, elle le reproche alors à son mari, resté comme indifférent « Toi et ton Führer ! ». L’insulte fait mouche plus qu’elle ne le croit. Un lent réveil secoue ce dernier, contremaître avare de ses mots et de ses marks, qui décide de réagir face à cette dictature qui terrorise tous ses concitoyens…


Achevé en 1947, l’année de la mort de son auteur, de son vrai nom Rudolf Ditzen, ce roman devra attendre 1965 pour être publié, sous le titre « Jeder stirbt für sich allein », converti en France deux ans après en un « Seul dans Berlin », beaucoup moins fort et universel. C’est en effet un véritable brûlot contre la corruption  et la délation allemandes sous le IIIe Reich, contre la violence profondément inhumaine perpétuée par la Gestapo, contre les méthodes des asiles et hôpitaux, contre une Justice haineuse à la solde du parti. Certes, il ne faisait pas bon vivre non plus quand on était allemand sous Hitler. Mais là ne réside pas seulement l’intérêt de ce roman, au style, il est vrai, plutôt quelconque, mais surtout dans son message d’espoir et d’incitation à la résistance. Primo Levi en parlait d’ailleurs comme étant « l’un des plus beaux livres sur la résistance allemande antinazie ». Car on parle peu de ces gens qui, étant parvenus à éviter les camps de concentration à cause de leur couleur politique, ont choisi de devenir des opposants de l’ombre, au sein d’une population effrayée ou endoctrinée. Se mentir à soi-même, taire son sentiment d’équité, pour survivre en obéissant à des lois injustes et haineuses, ou réagir en son âme et conscience, même seul face à des milliers, pour mourir sans un remords, sans honte de ce que l’on a été, de ce que l’on a fait ? Tel est le dilemme auquel se trouvèrent confrontés de nombreux peuples, et peut-être cet exemple aura-t-il encore besoin d’être relu car l’Histoire fonctionne hélas parfois par cycles, et il n’est meilleur terreau pour attiser la haine des minorités que l’indigence, et il n’est meilleure voie pour instaurer une dictature que la remise en cause de la liberté d’expression avec, pour commencer, le contrôle des médias.

 

« Il ne suffit pas de vouloir sauver quelqu’un, encore faut-il que ce quelqu’un vous aide. » (p. 148)


FALLADA, Hans. – Seul dans Berlin / trad. De l’all. Par A. Virelle et A. Vandevoorde. – Denoël, 2009. – 558 p.. – (Folio ; 3977). – ISBN 978-2-07-031296-2 : 8,20 euros.


Acheté fin juin 2010 à la librairie « Les Temps modernes » d’Orléans.

 


Publié dans : Littératures germaniques
Mercredi 1 septembre 2010 3 01 /09 /Sep /2010 18:08
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Titre original : Frau Paula Trousseau


Paula T. une femme allemande


Pour quitter au plus vite son père qui terrorise sa famille et une mère et un frère alcooliques, Paula se jette dans les bras d'un mari qui ne la veut qu'au foyer et n'hésite pas, pour arriver à ses fins, à substituer un placebo à ses pilules. Mais Paula, qui a arrêté sa formation d'infirmière et a été reçue à l'examen d'entrée de l'école des Beaux-Arts de Berlin, est fermement décidée à poursuivre ses études, même enceinte, et à devenir peintre...


Christoph Hein (Prise de territoire) signe là un magnifique roman d'apprentissage, moins par la qualité de son écriture que par les thèmes exploités et l'émotion suscitée. Il brosse en effet le portrait d'un personnage endurci par l'égocentrisme d'un père puis d'un mari de la "vieille école", qui, à son tour, va être taxé d'égoïste pour ses choix allant à l'encontre de sa nature de femme et de mère, se méfiant à jamais des hommes (p. 209), mais aussi d'artiste de l'Allemagne de l'Est. En mettant l'accent sur la non-représentation publique de sa grande toile blanche et l'impossibilité pour Paula de suivre sa tendance à l'abstrait,  le roman souligne la difficulté d'être créateur dans certains pays et à certaines époques (p. 199).


"Je sentais que la nouvelle toile était enfin sur la bonne voie. J'étais soulagée, car lorsque la toile refusait de me laisser pénétrer en elle, quand elle ne me forçait pas à travailler, il y avait quelque chose qui clochait dans mon travail. Ou en moi. J'avais déjà fait cette expérience. Le matin lorsque j'étais impatiente de me trouver devant mon chevalet, ou énervée parce que j'avais des rendez-vous dont je voulais me débarrasser le plus rapidement possible pour pouvoir enfin me mettre au travail, je savais que j'étais sur le bon chemin et que je n'allais pas au-devant d'un échec, comme c'était si souvent le cas." (p. 258)


Il évoque aussi le dilemme entre sa vocation d'artiste et ses renoncements pour des travaux alimentaires, les méthodes d'enseignement (p. 202), la beauté de la Nature qui se dérobe comme motif (p. 330), les périodes d'inspiration et de désillusion (p. 258). Un beau roman.


HEIN, Christoph. - Paula T. une femme allemande / trad. de l'allemand par Nicole Bary. - Paris : Métailié, 2010. - 417 p. : couv. ill. en coul. ; 22*14 cm.. - (Bibliothèque allemande). - ISBN 978-2-86424-722-7 : 22 €.

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Vendredi 21 mai 2010 5 21 /05 /Mai /2010 15:06
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Döblin Après être sorti de prison pour avoir fait succombé son ancienne compagne sous ses coups, Franz Biberkopf retourne dans le quartier autour de l'Alexanderplatz. Résolu à repartir sur le droit chemin, il côtoie néanmoins les pires voyoux des bas-fonds de ce Berlin des années 1925-1930, échappe de peu à leurs pièges, y laisse un bras et sa compagne...

"
Le châtiment va commencer.
Il se secoua, avala sa salive, se marcha sur le pied. Puis, ayant pris son élan, il se trouva assis dans le tramway, au milieu des gens. En avant ! Tout d'abord, ce fut comme chez le dentiste qui vous empoigne une racine avec son davier et qui tire. La douleur augmente, la tête est tout près d'éclater. Il tourna sa figure vers la muraille rouge,
mais le tramway l'emportait, filant le long des rails, et, seule sa tête regardait encore dans la direction de la prison. La voiture fit un virage, des maisons, des voitures s'interposèrent. Des rues bruyantes surgirent ; voilà la rue du Lac. Des voyageurs montent et descendent. En lui, un hurlement plein d'épouvante : "Attention, attention, ça va recommencer !" Le bout de son nez se glace, ses joues tremblent. Berlin - Midi, B. Z., La Nouvelle Illustration, La T.S.F., dernière édition." (p. 20)

Publié en 1929, ce roman, le plus célèbre d'Alfred Döblin, fait partie des 100 meilleurs livres de tous les temps sélectionnés par 100 écrivains provenant de 54 pays différents (vous pouvez lire la liste complète sur Evene). Partant pour Berlin en février, nul doute qu'il s'agissait du roman à emporter dans ma valise, plébiscité par plusieurs personnes de mon entourage.
Coupures de presse, pluralité des points de vue, pensées des interlocuteurs, chansons, intertitres, interventions du narrateur, les effets d'annonce et de narration s'enchaînent.
Or, si le style effectivement est résolument moderne pour son époque (beaucoup l'ont comparé au Ulysse de Joyce), il est néanmoins difficile d'en poursuivre la lecture sans être passablement choqué, outré, agacé, surpris par la destinée de son protagoniste (l'auteur a réussi là un coup de maître car il est difficile d'y rester insensible), qui semble s'y confronter comme une bûche emportée par le flot d'un torrent, qui échoue parfois sur la rive, y trouvant une certaine quiétude, avant d'être emportée de nouveau par le cours des événements.
D'ailleurs cet anti-héros semble aussi aveugle et borné qu'une bûche : tantôt il gagne la sympathie du lecteur qui perçoit en lui un bon fond, naïf et crédule, tantôt il l'agace, se jetant toujours dans "la gueule du loup", pardonnant trop et mal, ayant peu de discernement, et retournant sa violence non pas sur ses ennemis mais sur ses compagnes.
Alfred Döblin nous offre là la vision tragique d'un homme aux prises avec la fatalité, le récit épique d'un homme ramené inéluctablement au crime. On a pu aussi le comparer à Voyage au bout de la nuit de Céline,
publié à la même époque et dont l'action se déroule également autour d'une place, celle de Clichy. Malgré le malaise ressenti à cette lecture, je n'ai pas pu m'en décrocher et ai lu jusqu'au bout ses 626 pages sur ces malfrats, ces prostituées et leurs macs des bas-fonds avinés de Berlin.

Dans l'adaptation cinématographique intégrale et extrêmement fidèle qu'a pu en faire en 1980 Rainer W. Fassbinder, l'anti-héros m'a paru bien moins crédule et naïf, et plus égoïste, prenant son plaisir, de force avec les femmes s'il le faut, tout en voulant se montrer fort pour rester honnête et ne pas replonger dans le vice et le crime, plus désarmé par le monde qui l'entoure, dont il était à l'abri en prison.

Gallimard (Folio).
626 p.
8,60 euros.
 

Publié dans : Littératures germaniques
Mercredi 3 mars 2010 3 03 /03 /Mars /2010 13:01
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images Affaiblie par une première guerre mondiale, ravagée par la seconde, Berlin s'est vue ensuite coupée en deux par un mur liberticide, symbole de la guerre froide. Elle est seulement depuis deux décennies devenue un véritable hâvre de paix, une capitale culturelle attractive. Ce petit recueil propose de revivre son histoire contemporaine, de l'Empire à aujourd'hui, à travers une petite trentaine d'extraits de romans, aussi bien de Céline que l'exemplaire Acte de résistance d'Hans Fallada.

Ce petit recueil est parfait pour se replonger dans l'histoire de cette ville pas comme les autres, redevenue capitale en 1991. Il rappelle les innombrables visages qui l'ont composée,  tous ceux surtout qu'elle veut oublier, les noms de places (l'actuelle Rosa-Luxembourg Platz) et de rues (Danziger Strasse) qui se sont succédés, et le visage  calme qu'elle offre aujourd'hui, avec ses grands parcs, ses gratte-ciel aux façades en verre d'un capitalisme triomphant et ses quartiers bohèmes avec ses squats et sa scène underground. Les  commentaires,
à la suite des extraits, sur les vestiges visibles du passé évoqué de la ville contribuent à faire de cette anthologie un guide parfait pour préparer mentalement un premier séjour à Berlin (vous le retrouverez d'ailleurs cité dans mon futur carnet de voyage à Berlin).  

Mes extraits préférés ? Deux récits en pleine période nazie, l'un faisant preuve d'
Acte de résistance, tiré de Seul dans Berlin de Hans Fallada, l'autre témoignant de la propagande liberticide, extrait de L'été de cristal de Philip Kerr. Un troisième, issu de Was bleibt de Christa Wolft, largement autobiographique, témoigne de la surveillance omniprésente de la Stasi.

Mercure de France, 2008. - (le petit mercure). - ISBN 978-2-7152-2493-3.

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Jeudi 7 janvier 2010 4 07 /01 /Jan /2010 19:25
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Titre original :  Das geraubte Kind, traduit de l'allemand (Mongolie), 2004


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Dans les montagnes du Haut-Altaï, en Mongolie au XVIIIe siècle, une femme meurt dans une yourte après avoir accouché d'un petit garçon. La chamane qui n'a pu la sauver voit arriver des étrangers, en fait des Chinois, qui désignent l'enfant comme un élu. Un message que le chef de la tribu nomade fait lire par un lama itinérant leur apprend que le garçon sera enlevé à l'âge de sept ans pour être éduqué dans le monde céleste, et qu'il reviendra, adulte, parmi les siens.
De fait, enlevé une nuit, Hynndynn grandit en Chine, enfermé, avec pour toute compagnie au début une fillette et une nourrice à qui l'on a interdit de répondre à ses questions. On cherche à lui faire oublier à tout prix ses racines, à lui inculquer la culture chinoise et plusieurs langues. Enfin, au bout de plusieurs années, on le marie et le renvoie dans son pays pour en faire un émissaire chargé de commander au nom de la Chine les tribus touvas. Quand le jeune prince comprend les enjeux, il organise la résistance...

Né dans une famille de chamans dans le Haut-Altaï, cet écrivain mongol âgé de 64 ans a eu la bonne idée de partir étudier à Leipzig, dans une RDA proche alors de la Mongolie, ce qui facilite l'accès à son oeuvre écrite et publiée en langue allemande, et pouvant être traduite en France. C'est ainsi que l'on est initié aux traditions de son peuple nomade, menacé par l'ingérence de ses voisins. Voilà donc un roman bien déroutant au premier abord, tant on
est peu habitué à pénétrer dans les steppes de la Mongolie. Mais c'est aussi déstabilisant car cette histoire est perçue à travers le prisme d'un jeune garçon ou du chef de la tribu nomade, qui comprennent peu à peu les véritables intentions de ces étrangers lettrés et parés de couleurs chatoyantes, venant de "l'Empire du milieu".  

TSCHINAG, Galsan. – L'Enfant élu / trad. de l'all. (Mongolie) par Isabelle Liber. – Métailié, 2008. – 315 p.. – ISBN 978-2-86424-640-4 : 20 €.

 

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Lundi 10 mars 2008 1 10 /03 /Mars /2008 20:28
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Titre original : Hinze-Kunze-Roman (Allemagne, 1985)
 
Trad. de l'
allemand par Alain Lance et Renate Lance-Otterbein, publié en français pour la première fois aux éditions Messidor, en 1988.

undefined Jacques le fataliste en R.D.A.

Hinze et Kunze, qu'on pourrait traduire par Durand et Dupont, chacun et n'importe qui, sont inséparables. Le premier est le chauffeur du second, un cadre. Hinze, voyant que Kunze a des vues sur sa femme, la partage avec lui. Kunze croit en elle et veille à compléter sa formation pour lui permettre d'accéder à un meilleur poste, où elle se rendra plus utile à la société.  

"Lisa, personnage qui depuis longtemps fait partie de l'action proprement dite, de la représentation essentielle, ce qui explique pourquoi je l'ai perdue de vue dans les passages plus personnels, fit son retour dans l'histoire aux environs de minuit. Accueillie joyeusement par Hinze et Kunze, elle se retrouvait dans une situation significative où, selon les recommandations de l'Administration centrale, intérêts personnels et intérêts de la société étaient étroitement mêlés en fait, un véritable écheveau." (p. 127)

Voici un texte emblématique de l'ex-RDA avant la chute du mur de Berlin, dont la publication, dérangeante, a été longtemps retardée. A la manière de Diderot dans Jacques le Fataliste, Volker Braun utilise dans toute son oeuvre ces deux personnages inséparables, pour s'interroger sur les rapports hiérarchiques dans une société socialiste, sur le clivage manuel / intellectuel, homme / femme, maître / valet. Il ne cesse d'ailleurs d'intervenir lui-même. On l'aura compris, le texte a ici non pas une fonction divertissante, mais bel et bien une fonction ironique et corrosive.

Quelques passages peuvent sembler crus, sans qu'aucune scène sexuelle soit décrite, telle cette passe avec une femme africaine.

BRAUN, Volker. – Le roman de Hinze et Kunze / trad. de l'allemand par Alain Lance et Renate Lance-Otterbein. – Métailié, 2008. – 173 p.. – (Suite allemande ; 137). - ISBN 978-2-86424-641-1 : 9 €.
 

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Mercredi 13 février 2008 3 13 /02 /Fév /2008 17:19
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Titre original : Landnahme
Publié en 2004 en Allemagne


Métailié, 2006

C'est jour de carnaval à Guldenberg, quand Thomas Nicolas y revient, quelques dizaines d'années après, et y interpelle celui qu'on appelait alors perce-bois derrière son dos car son père, manchot, était menuisier. A l'époque, il devait avoir 10 ans et s'était retrouvé sur le même banc à l'école que ce Bernhard Haber qui ne déserrait jamais les dents et quepersonne, pas même le directeur, n'osait jamais affronter. Un jour, l'atelier du père Haber avait brûlé : un incendie criminel, avait-il affirmé, un incendie volontaire avaient rétorqué les mauvaises langues, qui ne manquaient pas, les habitants de Guldenberg ayant vu arriver d'un très mauvais oeil les familles de réfugiés et de sinistrés de Silésie, qu'il leur fallait loger et avec lesquelles il fallaitdésormais compter. Parmi lesquelles  la famille Haber, dont on retrouve bientôt le chien du garçon, son seul ami, étranglé...

Il s'agit d'un roman à plusieurs voix, dont la première s'ouvre et se referme sur cette étrange rencontre du Berlinois avec cet ancien réfugié sans le sou qui, quarante ans après, semble être devenu l'un des hommes les plus importants de la ville. A travers les digressions de leur propre histoire, quatre autre narrateurs vont donc à sa suite combler cette parenthèse, de l'écolier taciturne au militant communiste, puis du passeur de clandestins vers Berlin ouest jusqu'au bourgeois prospère en ce jour de carnaval. Et à travers ces multiples visions d'un même homme prêt à tout pour montrer ce dont il est capable à cette ville xénophobe et à ses habitants hostiles, c'est le visage tourmenté d'une Allemagne de l'est d'après-guerre, d'avant puis d'après le mur de Berlin, que nous montre en filigrane Christoph Hein.

Lire aussi après votre lecture la critique, beaucoup plus détaillée, du Matricule des Anges.

trad. de l'allemand par Nicole Bary- Métailié, 2006. - 315 p.. - (Bibliothèque allemande). - ISBN : 2-86424-592-2 : 22 €.

Publié dans : Littératures germaniques
Vendredi 9 février 2007 5 09 /02 /Fév /2007 20:03
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