Entrevues

Ce mercredi 7 octobre 2009, au premier étage de sa librairie Les Temps modernes, Catherine Mouchard-Zay a accueilli Laurent Mauvignier à l'occasion de la sortie de son roman Des hommes. Après l'avoir invité à lire sa citation de Genet, le bal des questions a pu commencer :

Pourquoi cette citation de Genet en ouverture ?

La guerre d'Algérie vue par Genet a inspiré
beaucoup d'auteurs. Cette citation me paraissait refléter complètement ce que j'avais voulu exprimer dans ce roman.

Pourquoi le titre Des hommes ?
Avant d'être un roman sur la guerre d'Algérie, c'est surtout un roman sur la mémoire. J'ai voulu mettre en évidence l'ignorance d'une génération partant dans un pays dont elle ignore l'histoire. Comme pour les poilus, on disait à ces appelés qu'ils allaient devenir des hommes...

D'où vous est venue l'idée de ce roman ?
L'idée est venue avec le désir d'écrire, avec les photos d'Algérie que j'ai vues, ramenées par mon père. Il n'y a pas eu de discours dessus, donc je n'avais pas pu poser de question.
Je ne l'ai pas écrit tout de suite, j'ai attendu d'être prêt techniquement et psychologiquement pour me lancer.
Je me sentais d'abord incapable d'assumer ce livre en France. Il est très délicat de parler de l'Algérie. En évoquant les pieds noirs, les harkis, etc. j'avais toujours peur que l'on me tombe dessus.

Parlez-nous un peu de cette construction qui fait penser au théâtre...
Je voulais que mon roman s'écoule sur une journée. Car ce n'est pas un roman historique mais un roman sur le passé. La temporalité y est donc aussi importante que l'espace. De même j'ai voulu créer un contraste entre la France et l'Algérie en choisissant l'hiver et ses chutes de neige, en opposition avec le soleil et le sable. Le premier temps, c'est cette fête de famille, celle de l'anniversaire de Solange. On y fait la connaissance des deux personnages principaux, Rabut, le narrateur, et Feu de bois, un peu le clodo du coin, qui offre un cadeau à sa soeur Solange, ce qui va provoquer l'émoi de tout le village. En réaction, Feu de bois va finir par retourner sa colère contre l'Algérien invité au banquet, et sur sa famille. Dans le second temps, on repart 40 ans plus tôt avec les mêmes personnages.
***
Je me suis rendu compte que la plupart des romans français sur l'Algérie étaient mauvais. Pourquoi ? Parce qu'ils voulaient tout expliquer, donner leur opinion, etc... Au contraire, les films américains sur le Vietnam sont plutôt bien faits parce que tout simplement ils ne commentent pas la guerre, mais ils la font vivre au travers de personnages. Dans Voyage au bout de l'enfer, par exemple, la première heure du film nous montre un mariage, à laquelle succèdent trois quart d'heure d'hyper - violence où les personnages sont parachutés en pleine guerre sans rien comprendre. Je voulais que l'Algérie ressorte comme un moment-clé, comme un révélateur, comme une photo, sans narrateur, mais bien après le début du roman.
***
Avec cette construction, le personnage de Feu de bois va retrouver son prénom à rebours. C'est un peu comme quand vous rencontrez quelqu'un. Au fur et à mesure que vous apprenez à le connaître et qu'il vous raconte des bribes de sa vie, vous comprenez son attitude de mieux en mieux.

Ecrire, comme vivre, c'est un peu comme un tressage, des coïncidences, des choix,..
.
Pour moi, écrire un roman, ce n'est pas donner des réponses, c'est poser des questions. Il faut pour cela que la fin porte ce sentiment d'inachèvement.


Les deux personnages principaux sont un peu les deux facettes d'une même personne. Pour Bout de feu, contrairement à Rabut, le passé est impossible à surmonter.

Vous êtes-vous exprimé dans ce roman comme vous vouliez le faire ?

C'est encore une surprise car quand on a fantasmé un objet, c'est toujours un peu particulier quand il est là, terminé. Et il y a toujours une petite déception, car on a toujours l'espoir qu'un livre puisse transformer le monde.
Mais j'ai voulu écrire un roman sur le silence, sur le non-dialogue entre ces personnages sur un événement - tabou, sur toutes les guerres. Et je pense que c'est bien ce qui ressort.

Homme dans l'assistance : Il y a du silence car quand on revient, la guerre a été vécue comme un traumatisme, elle a été vécue comme un viol. On ne peut plus, on ne veut plus en parler. On veut juste pouvoir se reconstruire. On veut revivre.
Une autre femme dans l'assistance : C'est juste. Et à chaque guerre on observe toujours la même chose : il y a ceux qui ne veulent ou ne peuvent pas en parler.

Une seconde femme : De même, il y a aussi ceux qui ne veulent pas entendre.


Mais on ne parle pas comme cela, ex nihilo, surtout de choses aussi dures. C'est aussi que des questions ne sont pas posées, qu'aucun contexte n'est vraiment créé pour libérer la parole.


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Mercredi 14 octobre 2009 3 14 /10 /2009 12:00
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Jeudi 16 avril, nous avons eu le plaisir et l'honneur de rencontrer Michel Monnereau, auteur entre autres des romans Carnets de déroute*, On s'embrasse pas ?*** et Les morsures de l'amour** (La Table ronde). 

 

- Combien de temps vous a-t-il fallu pour écrire On s'embrasse pas ?

 

On commence à y penser, à prendre des notes. J'écris vite, et des choses assez fluides. Je dirais 3 ou 4 mois, maximum.


- Vous y travaillez vraiment, ou cela reste-t-il assez aléatoire ?

 

Non, je m'y mets vraiment. Comme pour un examen. Puis, je laisse reposer. Avec le recul, on voit tout ce qui ne va pas. Si on coupe trop, il faut retrouver le même ton, le même niveau.

- Comment écrivez-vous ?

 

A la main. Partout. Dans ma voiture, au café, dans le train, etc...

J'écris à la main, et seulement après, je saisis.

Le miracle de l'ordinateur, c'est qu'on peut ajouter des paragraphes, décaler, etc...

J'écris en général de 21 heures à minuit, voire 1 heure.

Quand on écrit un roman, on y pense, on vit avec. Il faut vraiment se mettre dans l'état du personnage.

 

- Pensez-vous comme Roland Barthes que "la littérature, c'est la rature" ?

 

Oui, Proust parlait lui de repentirs. On a un regret sur un mot, sur une phrase que l'on vient d'écrire. Quand il y a de l'action, le style doit être rapide. Il faut que cela colle au propos.

 

- Avez-vous d'autres sources d'inspiration que votre expérience ?

 

Pas vraiment. Sauf dans la vie quotidienne, des passants, des SDF, etc... Des choses qui frappent, des choses qu'on entend, comme "Dieu est mort, et on ne m'a rien dit." On peut rebondir. J'aime bien aussi la technique des thrillers américains. On peut s'inspirer de leur alternance de temps forts et de temps faibles. Et qui finissent chaque chapitre sur une ouverture.

 

- Le travail de l'écrivain est-il un don ?

 

A l'origine, oui. Mais après, si on ne travaille pas le don, on ne grandit pas, on ne mûrit pas. Il faut aller vers ce pour quoi on est doué.

 

- Etiez-vous prédestiné à l'écriture ?

 

J'ai commencé vers douze ans. C'était d'abord très mauvais. Puis un peu meilleur. Après, le destin, on le provoque ou pas !

 

- Avez-vous trouvé le titre avant ou après avoir écrit le roman ?

 

Après. Mais on peut aussi partir d'un titre, comme ce fut le cas pour Carnets de déroute, et comme je l'ai fait avec le titre d'une chanson, Une belle en plein coeur. Pour le roman, le premier titre était d'abord Ma belle haine, ma déchirure. Mais la maison d'édition n'a pas aimé. Alors j'ai cherché quelque chose entre l'attirance et la répulsion. En parcourant le roman, je suis tombé sur cette réplique : "On ne s'embrasse pas ?", avec cette interrogation, et j'ai fait tomber la négation.

 

- Avez-vous eu des livres refusés en édition ?

 

Le premier oui, j'avais 25 ans. Du coup, j'étais resté sur la poésie. Pour Carnets de déroute, je suis d'abord passé par trois - quatre personnes que je connaissais (Pascal Sevran, etc...), mais j'ai essuyé des refus par des éditeurs chez qui le manuscrit avait pourtant été porté. C'est pourquoi j'ai repris dans Carnets de déroute le premier chapitre pour interpeller le lecteur et passer la barre de la lecture des premières pages par l'éditeur.

 

- Est-ce que vous écrivez des choses que vous ne publiez pas ?

 

Oui, surtout des phrases, des notes. D'où l'idée d'un dictionnaire, avec des définitions telles que

hypocrite : personne qui cache bien son je.

 

- Qui vous a poussé à être publié ?

 

Personne. Je me suis lancé tout seul. Après le refus par recommandation, j'ai envoyé le manuscrit par la poste, comme tout le monde. J'ai essayé "La Table ronde "car elle a une très belle image littéraire. Il ne faut pas se tromper de maison d'édition. Et toujours donner envie de lire avec un bon titre et une bonne première page.

 

- Avant d'envoyer vos tapuscrits aux éditeurs, est-ce que vous les montrez à votre entourage ?

 

Non, jamais, car je pense que les amis sont les plus mal placés pour conseiller.

 

- Quels sont les délais ?

 

On peut obtenir une réponse en 24 heures, à la lecture du tapuscrit. D'ailleurs, chez Stock, Jean-Marie Roberts, le directeur, lit lui-même la première page, tout comme Viviane Hamy, pour voir, puis le texte en entier si ça lui plaît, et peut téléphoner aussitôt, c'est déjà arrivé.

Après, pour que le tapuscrit se retrouve en librairie, il faut attendre 9 mois à 1 an. En ce moment, les éditeurs préparent déjà le catalogue de la rentrée littéraire de septembre.

 

- Etes-vous lié par un contrat à votre maison d'édition ?

 

Non, il n'existe plus de contrat. On peut aller ailleurs, ne plus écrire. Cela a changé car les auteurs contournaient le problème.

 

- Iriez-vous au plus offrant ?

 

Non. En fait, avant que le roman ne sorte, on reçoit ce que l'on appelle un à-valoir, c'est-à-dire une avance, déduite ensuite du pourcentage du fruit des ventes. L'auteur ne rembourse pas en revanche l'à valoir à l'éditeur s'il vend moins que ce qu'il a reçu. (cf Droits d'auteur).

 

Carnets de déroute a été le plus critiqué, le plus aimé par la presse. On s'embrasse pas ? a connu un joli petit succès, poussé par les libraires et le bouche à oreille, avec 16 000 exemplaires vendus. Les morsures de l'amour n'ont pour l'instant été tiré qu'à 6 700 exemplaires. Il faut savoir que, pour un éditeur, vendre 5000 exemplaires est déjà très bien. Le vrai succès, c'est 100 000 exemplaires. C'est être connu partout, ce dont je n'ai vraiment pas envie !

 

- Avez-vous choisi l'image se trouvant en première de couverture ?

 

A l'origine, les couvertures de la Table Ronde étaient tout vermillon, avec un bandeau présentant une photographie de l'auteur. Quand je suis arrivé, je leur ai suggéré de trouver autre chose, que je n'étais pas assez connu pour mettre ma photo. 

 

- Quand vous avez écrit On s'embrasse pas, était-il déjà dans votre tête ?

 

Oui, depuis longtemps. Parce que je suis quelqu'un parti de chez lui à 19 ans. J'ai taillé la route. Cheveux longs, la route, l'Europe... Malgré tout, j'ai poursuivi des études de lettres modernes jusqu'à l'agreg à Bordeaux, mais je n'avais pas le niveau en latin.

Quand je revenais, c'est-à-dire rarement, je sentais qu'on était en décalage. L'intérêt du roman, c'était de décrire cette collision entre l'espace et le temps. Plus rien n'est comme avant.

 

- Pourquoi avoir choisi un personnage masculin s'il n'est pas autobiographique ?

 

Il existe toujours une part autobiographique dans ce qu'on écrit. Par exemple, ici, le village existe, mais mes rapports avec ma mère étaient complètement différents.

Il y a toujours, ne serait-ce qu'un détail, une part autobiographique. Je m'amuse d'ailleurs à mettre des clins d'oeil pour amuser mon entourage (des private joke).

 

- Comment se représente-t-on le personnage ? Vous n'en proposez pas de description physique.

 

J'aime bien quand il n'y a pas de description. Je veux le laisser ouvert à l'imagination. Pour moi, il est assez grand, maigre, le visage buriné, un peu le genre de Jean-Luc Anglade. Dans un salon du livre, un jour, un type a pris une chaise un jour, s'est assis en face de moi et m'a dit : "C'est mon histoire."

 

- Vous identifiez-vous à Bernard ?

 

Non. On peut casser les habitudes, tout en restant sédentaire, et ce n'est pas pour cela que j'aimerais être sans attache, sans port. Je ne m'identifie à aucun personnage du livre, et personne n'est épargné dans ce bouquin.

Mais c'est vrai que je l'aime bien, Bernard. Car il est lucide, même s'il est très antipathique. C'est un extrémiste des sentiments. J'aime bien sa démarche un peu misanthrope. Au lieu d'arranger les choses en revenant, il complique tout (mort de la mère, fugue de la nièce), puis il repart, sans remords.

 

- Quel serait le message délivré par ce roman ?

 

Cela faisait longtemps que je voulais écrire cela.

Même si le personnage est négatif, le message, c'est de ne pas hésiter à se réaliser. Le personnage est heureux comme cela. Il vient voir comment cela se passe et repart.

Je voulais aussi montrer le décalage culturel : lui a évolué (grâce à ses études et à ses rencontres), ses parents non. Ils n'ont plus rien à se dire. C'est un véritable déracinement, un peu ce que vivent les émigrés en plus violent dans leur cas.

 

L'auteur : Qu'est-ce qui vous a choqué dans ce roman ?

Les élèves : le passage avec la nièce.

L'attirance physique peut jouer, même au sein d'une famille. Le roman a été fait pour faire se poser des questions, car le type n'est pas très sympathique. Pour sa nièce, c'est un étranger. Elle n'est qu'une adolescente, son côté baroudeur la fascine. 

 

- Y faites-vous une critique de la société ?

 

Oui, celle de la consommation, et de la vitesse de la société. 

 

- Est-il obligatoire de revenir aux sources ? 

 

Il y a une impossibilité de retourner à ce qu'on a été. L'espace comme les personnages se sont transformés, comme si nous avions plusieurs peaux, dont on se détache.  

 

- Est-ce que vous aimeriez être traduit ?

 

Mes histoires sont plutôt franco-françaises, donc cela n'intéresse pas forcément un éditeur étranger. 

 

- Est-ce que vous aimeriez que l'on produise un film à partir de vos romans ?

 

J'ai eu une proposition de Mocky pour Carnets de déroute. Mais il me demandait de rédiger un synopsis de 20 pages. Je n'ai pas donné suite. Philippe Lioret, le réalisateur de Welcome, est aussi intéressé. Mais pour lui, il manque des scènes. Il faudrait écrire un scénario avec plus de scènes. Après, le danger, c'est de ne plus avoir de droit de regard sur l'adaptation, sur ce que cela devient.

 

- Avez-vous une préférence dans ce que vous avez écrit ?

 

Non. Mais je suis plus attiré par la poésie. C'est l'épure de la littérature. On peut dire en 3 lignes en poésie ce qu'on écrit en un roman. 

 

- Pourquoi alors être passé au roman ?

 

A un moment donné, je me suis dit qu'il fallait que je publie des romans, maintenant. Je fonctionne beaucoup comme cela : j'ai fait aussi du cyclisme universitaire, j'ai été pigiste au Monde, j'ai écrit des chansons dans le showbiz, des critiques de poésie, de cinéma,... mais j'ai toujours écrit de la poésie. Un poème peut ensoleiller une journée.   

 

- Envisagez-vous d'écrire sur un sujet historique ?

 

Pas du tout. Rien que l'idée de se documenter m'ennuie. Pour moi, quelqu'un qui écrit des romans doit être ancré dans son temps, doit parler de ce qui se passe aujourd'hui, doit parler aux gens.

 

- Lisez-vous beaucoup ?

 

Oui, mais moins. Je lis les critiques, la 4e de couverture, le début, et j'abandonne si je ne suis pas attiré. Je lis en se moment Sonate de l'assassin. Cela commençait par "Je ne tue jamais le lundi." J'aime l'écriture qui pulse, comme dans les thrillers. Je n'aime pas trop les romans historiques car l'écriture y est forcément plus convenue.

 

- Avez-vous un auteur préféré ?

 

Non, pas un auteur, mais des romans. J'aime par exemple Voyage au bout de la nuit, mais pas Mort à crédit ni les autres de Céline. J'aime les gens décalés. Des auteurs latino-américains aussi, comme Alejo Carpentier, dont l'écriture est luxuriante. Des livres à vous recommander ? Mes amis d'Emmanuel Bove,Monsieur Paul, La Belle Lurette d'Henri Calet.

 

- Par qui êtes-vous inspiré ?

 

On est quand même la somme de tous les écrivains qu'on a lus. Pour moi, c'est Pierre Dac, Pierre Desproges,... On m'a dit aussi que Les Morsures de l'amour faisait songer à Marcel Aymé, pour le côté fable.

 

- Certaines critiques vous ont-elles fait mal ?

 

Oui, sur un blog pour le dernier, à propos de la représentation de la femme que j'en donne. Et puis quelqu'un d'autre, sur Fluctuanet, a dit : "Sous ce titre nul se cache un sujet pas banal". Mais sinon, non.

 

- Vous écrirez davantage à la retraite ?

 

En tout cas sûrement des oeuvres plus construites, à plusieurs voix.

 

- Avez-vous un livre en cours ou en projet ?

 

Oui, là, avec moi, j'ai un tapuscrit de 170 pages à peu près. Une page tapuscrite, c'est environ l'équivalent de 2 pages publiées. Il est consacré au père, une histoire familiale encore. Le père est mort en 1943, il était résistant. Son titre provisoire : S'il m'arrive quelque chose.

 

- Avez-vous des conseils à donner à un futur écrivain ?

 

- Trouver un bon style qui n'appartient qu'à soi,

- Trouver un bon titre,

- Trouver un bon thème, intemporel, ou au contraire dans l'air du temps.

 

C'est ce qui a fait le succès de Françoise Sagan : elle correspondait à l'insouciance de son époque et à l'émancipation de la femme.


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Mercredi 22 avril 2009 3 22 /04 /2009 23:12
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Cette année, j'y ai croisé...

dès l'entrée Nancy Houston (Instruments des ténèbresLignes de faille***), qui comme moi s'était trompée d'entrée (sans badge pro déjà imprimé), 


avant de l'écouter lors du débat organisé par
Philosophie magazine


et de bavarder avec son mari le philosophe Tzvetan Todorov (CNRS, essayiste et historien : Introduction à la littérature fantastique, Seuil 1970, La Littérature en péril, Flammarion, 2007, dans ma PAL), un peu plus tard dans l'après-midi.


 



J'ai pu écouter Atiq Rahimi, dernier prix Goncourt, pour son roman Syngué Sabour**,




Claudie Gallay qui dédicaçait son roman Les Déferlantes (dans ma PAL),


Yasmina Khadra pour Les Hirondelles de Kaboul (dans ma PAl, aussi !),



Luis Sépulvéda (Histoire d'une mouette et du chat qui lui apprit à voler *, Les pires contes des frères GrimLa lampe d'Aladino *, mais surtout Le vieux qui lisait des romans d'amour),



Philippe Besson (Un garçon d'Italie, L'arrière-saison),




Richard Bohringer (C'est beau une ville la nuit),


Mathias Enard (Zone, prix Décembre 2009, dans ma PAL)



Benoit Peeters pour sa fantastique série "Les Cités obscures"






et enfin Horne, l'illustrateur de La Métamorphose, adaptée de la célèbre nouvelle de Franz Kafka.

 

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Mardi 17 mars 2009 2 17 /03 /2009 18:27
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Grâce à un premier contact avec l'auteur à la librairie orléanaise Les Temps modernes, le samedi 4 octobre 2008, nous avons pu le recevoir au C.D.I. du Lycée Voltaire, le lundi 20 octobre.


Katia : Est-ce que devenir écrivain a été votre première  vocation
Jean-Marie Blas de Roblès :
  "J'ai commencé comme tous les enfants par écrire des histoires. J'ai continué de me faire des illusions avec mes premiers poèmes. J'ai ensuite fait des études de philosophie et j'ai la chance d'avoir cette liberté d'écrire."



Sandrine : Comment présente-t-on un livre à des éditeurs potentiels ?
Mathieu : Est-ce facile d'éditer son roman quand on n'est pas connu ?

Jean-Marie Blas de Roblès : "Il existe deux façons de présenter un livre à un éditeur, soit on envoie le manuscrit par la poste. Cela ne sert à rien de se déplacer car ils n'ont pas le temps de nous recevoir. Le problème, c'est que les lecteurs sont payés à l'ouvrage, donc  ils font vite quand c'est un gros ouvrage. Soit, comme dans les pays anglosaxons, on envoie les 15 premières pages du roman ou de l'essai. Si l'éditeur est interessé, il rapelle et en demande plus. Soit enfin on bénéficie d'un piston, mais c'est plus rare, et l'éditeur le dépose au comité de lecture. C'est également extrêmement difficile de se faire publier car il y a énormément de manuscrits proposés : un petit éditeur comme Zulma en reçoit en moyenne 15 par jour, et un gros éditeur 150 par jour. D'où la difficulté de séparer le grain de l'ivraie.
Pour moi ce fut spécial car j'étais déjà édité au Seuil. Le contrat était déjà signé. J'avais déjà annoncé que je désirais écrire un livre de 1000 p. et mettre 10 ans pour l'écrire, à partir de 1989. J'ai écrit comme on va travailler. Mais le Seuil a refusé mon manuscrit :"Non, c'est trop gros, il faut 400 pages." Je l'ai donc proposé à 4-5 éditeurs sur la place parisienne qui ont refusé en 2-3 jours... Ce n'est donc pas après lecture, mais sur l'épaisseur du manuscrit qu'il a été refusé. Alors je me suis arrêté de le proposer et j'ai continué à écrire, mais des livres d'archéologie. C'est seulement en 2007 que des amis m'ont convaincu de le reproposer à d'autres éditeurs, une trentaine. Le miracle s'est produit à la fin quand je n'y croyais plus."

Mélanie : Est-ce une preuve de reconnaissance d'avoir obtenu le prix Fnac et très récemment  le prix Jean Giono ?
Paule : Le fait d'avoir obtenu ce prix augmente-t-il les ventes de votre roman ?

J.-M. Blas de Roblès : " Ce sont deux prix très différents. Je suis très fier du roman FNAC car sc'est l'un des rares prix décernés par de vrais lecteurs, qui postulent en début d'année pour lire les livres. 300 libraires de la FNAC choississent 20 auteurs pour les faire lire aux 300 lecteurs sélectionnés parmi les candidats. C'est donc complètement indépendant de toute pression contrairement aux autres prix, dont les membres du jury eux-mêmes écrivains peuvent être soupçonnés de préférer leur maison d'édition.
Cela a multiplié par 4 les ventes.

Le prix Giono m'a fait plaisir car il est attribué par des gens pour lesquels j'ai beaucoup de respect. C'est un prix qui récompense un ouvrage apprécié pour sa langue, pour son style."


Morgane : Que ferez-vous si votre livre obtient le prix Goncourt ou le Prix Goncourt des lycéens ?
Alexandre : Quel pourcentage sur la vente des livres gagnez-vous ?

Blas de Roblès : "Je serais content car le prix Goncourt des lycéens est gratifiant  puisque les lecteurs sont aussi en-dehors de toute pression. Et puis ce serait un grand contentement que d'avoir ces prix car cela mettrait du beurre dans les épinards. Mais je suis déjà heureux d'avoir eu les prix FNAC et Jean Giono. Un livre est en général tiré à 3000 exemplaires. Il est difficile d'en tirer 1000 en un an.

Nolwenn : Un écrivain peut-il vivre uniquement de la vente de ses livres ?
Blas de Roblès : "J'ai la chance d'avoir un bon contrat chez Zulma. Un avaloir, c'est une avance sur les droits d'auteurs. Ensuite l'auteur rembourse cette avance et touche un pourcentage sur la vente des livres. Moi, je touche 10% sur le prix du livre et j'estime être bien traité car des auteurs peu connus perçoivent généralement entre 2 et 4,5%. Rares sont les écrivains qui vivent de leur plume. A mon avis, ce n'est pas plus mal car être écrivain, ce n'est pas un métier."

Jean-Thomas : En combien de temps avez-vous écrit ce livre ?
Morgan : Avez-vous fait des recherches pour écrire votre roman ou l'avez-vous inventé entièrement ?
Morgan : Où puissez-vous votre inspiration ? Dans les livres, les films, les jeux vidéo...?

Blas de Roblès : " Le travail de documentation nécessaire a duré 5-6 ans. En tout , la genèse du roman a couvert une période de 15 ans. D'ailleurs, sur la couverture d'un de mes livres en 1982, c'est déjà indiqué que j'y travaillais. Tout est parti d'un recueil de texte et d'articles du magazine L'oeil. Il y avait un résumé biographique de Kircher en le présentant de manière extravagante. J'ai donc lu tous les livres de Kircher, tqui étaient tous en latin sauf un, plus tous les documents sur les gens avec qui il était en contact au 17ème siècle. Pendant ce travail de documentation, je me suis rendu compte que ce 17ème siècle ressemblait à notre siècle : guerres religieuses, etc...je sentais les mêmes préoccupations que les nôtres : absence de repères, peur de l'avenir... J'ai vite eu le projet de mettre en miroir le 17ème siècle et notre propre siècle au Brésil."
"Quand on invente,
 on puise à la fois dans son imaginaire et dans son expérience vécue.
C'est tout le plaisir d'écrire."




Déborah : Pourquoi avoir choisi un titre si mystérieux ?
Alexandre : Pourquoi mettez-vous des tigres dans votre titre alors que votre livre n'en parle pas ?

J.-M. Blas de Roblès : "Le titre est expliqué assez vite dans le roman. C'est tiré d"une citation de Goethe dans Les affinités électives, qui fait réference à la perte de nos propres valeurs quand on est à l'étranger. C'est l'exemple de ce personnage français au Brésil qui a toujours des difficultés pour se sentir bien, pour adopter ses valeurs. Ce titre porte l'accent sur ce décalage propre aux gens qui vivent loin de leur terre natale.Le tigre chez  Borges (qui est mon écrivain préféré avec Flaubert)  symbolise la vérité.Ce sont des vérités qui ne sont pas dévoilées, qui ne sont pas montrées."


Constance : Les personnages que vous avez choisis sont-ils des personnages réels ou inventés ?

Blas de Roblès : " Les personnages sont tous inventés à part Kircher.Le disciple de Kircher a réellement existé, mais à partir de son nom et de sa fonction, j'ai imaginé le reste. Mais c'est de la fiction."
 

Alexandre : Pourquoi avoir choisi comme personnage principal un scientifique ayant découvert des choses fausses ?

Blas de Roblès : " Pourquoi choisir quelqu'un qui s'est trompé ? Justement pour situer le siècle contemporain au Brésil, un monde de la jungle où tout est possible. Kircher, c'était vraiment le plus grand savant de son temps, donc toutes les bibliothèques se devaient de posséder ses ouvrages. Aujourd'hui on en trouve par exemple à Avignon ou à Blois."

Virginia : Pouvez-vous vous identifier à un personnage ?

Blas de Roblès : " Pas du tout. Ce n'est pas le but. Non, j'essaie au contraire de me différencier le plus possible, d'imaginer d'autres identités."


Marine : Pourquoi avez-vous écrit plusieurs histoires dans un même livre ? Est-ce une manière de créer du suspense et un rythme dans l'histoire ?

Blas de Roblès : " Pour créer une espèce de polyphonie baroque. Je voulais entrecroiser des thèmes en les déclinant à travers les siècles. Le thème principal, c'est la quête de l'origine : quand on a perdu sa femme, on cherche à donner un sens à sa vie qui a basculé ; leur fille cherche un sens à sa vie ; on se définit, on détermine sa vie en faisant des choix. A partir du moment où on choisit, cela modifie réellement notre existence. C'est grave de faire un choix et il faut le faire en connaissance de cause. J'avais besoin d'un gros livre pour développer ces histoires en profondeur. Chacun des personnages peut être identifié grâce au niveau de langue. Je voulais mélanger tous les genres : roman d'aventures, philosophique, internet, etc... Je voulais composer une espèce de totalité narrative."


Hicham : Avez-vous eu une appréhension devant la longueur de votre livre ?

Blas de Roblès : " Non, jamais, au contraire. Le plus difficile, cela a été de clore."


Delphine : Comment choisit-on les prénoms des personnages de son roman ?

Blas de Roblès : " A 100 %, quand ils ne sont pas historiques, uniquement sur leur sonorité. Par exemple, Eleazar, ou Malbois qui est une anagramme de Blas -moi. Cela donne des clés par rapport à la fausse biographie de Kircher. Kircher m'a énervé au début car il avait choisi la foi, la religion et le dogme contre la science, et s'est persuadé d'avoir décodé les hiéroglyphes : il a écrit 6 pages sur Osiris et Isis alors qu'il s'agissait de Ramsès II. Mais, en fait, c'est quelqu'un d'humain. Eleazar se retrouve dans mes oeuvres précédentes. J'aimerais bien qu'on retrouve mes personnages dispersés et développés à la fin dans toute mon oeuvre."


Alexandre
: Pour vous, écrivain, qu'est-ce qu'un bon roman ?

Blas de Roblès : " Pour moi, lecteur, un bon roman, c'est d'abord quelque chose qui captive, qui me surprend (ce n'est pas une autothérapie ou une autofiction). Ensuite que ces mêmes valeurs pour l'histoire existent pour la langue. Que la langue brille, me surprenne, comme un peintre avec sa palette. C'est pourquoi j'aime beaucoup la littérature sud-américaine actuelle (Alejo Carpentier, Jorge Amado,...). Un bon roman, pour moi, c'est Madame Bovary, car l'écriture y est le produit d'un énorme travail de l'auteur, partant d'un simple fait divers. C'est aussi L'Aleph de Borgès : il faut que d'une manière ou d'une autre le roman ait changé notre vie. C'est comme pour Au-dessous du volcan de Malcolm Lowry : on n'en sort pas indemne."

Mohammed : Quels sont vos projets après ce livre ?

Blas de Roblès : "Que la médiatisation, tout ce cirque, s'arrête enfin pour recommencer à écrire. J'ai un roman presque terminé, des nouvelles à réunir en recueil, et de la poésie. Maintenant je reste chez Zulma. Ils m'ont sauvé la vie. Le miracle s'est produit. Ils ont tout de même risqué leur entreprise pour publier ce livre."

Avez-vous lu les livres des autres concurrents ?

Blas de Roblès : "Non, à part Une nuit à Pompéi, comme les autres auteurs d'ailleurs. Car tous sont pris dans ce cirque. Et puis, c'est plus grave, j'aime lire des livres par hasard et par plaisir. J'ai lu dernièrement Zone (de Mathias Enard, chez Actes Sud)."

Voici le site de Jean-Marie Blas de Roblès, conçu en même temps que le roman, dès les années 90. Son but, c'est qu'il ne soit jamais terminé, de continuer à le nourrir de façon encyclopédique et littéraire, et de ne plus pouvoir démêler le vrai du faux...


Publié dans : Entrevues
Lundi 3 novembre 2008 1 03 /11 /2008 18:45
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Patrice Pluyette, intervenant le dernier, en avait profité pour goûter avant de prendre la parole. Âgé de 31 ans, ce fut le benjamin des auteurs rencontrés à Nantes. C'est pourtant déjà son 4e roman et son 5e livre. Il nous est apparu à l'image de son roman, parodie de roman d'aventures, et de sa plume : facilement déconcentré, désinvolte, espiègle, joueur.

"C'est parti du titre. Je me suis dit que j'aimerais beaucoup écrire un livre qui s'appelle comme ça."
 
"Je suis parti dans un roman d'aventures qui n'en était pas vraiment un, mais un pastiche de roman d'aventures."


Seule l'imagination a suffi pour écrire ce roman ?
Patrice Pluyette :
  "Non, car du coup j'ai lu des romans d'aventure. (J. London, E. Poe, Conrad,...). Avant j'avais écrit trois romans intimistes, autobiographiques. Là, j'avais envie d'un flottement gentiment flou..."


"
Ecrire, c'est quelque chose de sérieux et de grave (recherches littéraires pendant un an), mais aussi de fou (quand il y a fiction, il y a imagination). C'est un moment de liberté incroyable, un peu comme du patinage artistique. C'est comme un monde qui est là, on est habité par ce monde imaginaire."

Marie : Pourquoi le thème de la chasse au trésor ? Vous n'aviez pas peur des comparaisons ?
Patrice Pluyette :
  "Non, je vois cela comme un hommage. Je suis tombé un jour sur un article du National Géographic, parlant d'un trésor. J'ai voulu terminer mon histoire en queue de poisson, avant l'arrivée sur l'île. Comme le trésor était le sujet principal, je voulais désamorcer la chose importante. Mais ma femme n'a pas vraiment approuvé l'idée, car tous mes livres finissent comme cela, alors il a fallu que je cherche dans une bibliothèque des informations pour la ville Inca."


"J'apprends beaucoup de choses mais je ne me sers pas de tout."

"C'est un livre qui devait être pétillant. J'avais envie de réveiller le lecteur par le choix des mots et du sujet."
Clémentine : Vous êtes-vous inspiré du capitaine Haddock ?

Patrice Pluyette :
  "Non ! Car d'abord je n'ai pas lu Tintin. J'étais assez attiré par les personnage de 69-70 ans. Belalcazar, c'est vraiment le nom d'un conquistador espagnol qui a pillé les contrées d'Amérique Latine. J'étais attiré par des personnages vieux car ils ont une certaine sagesse acquise par l'expérience."

Jean-Thomas : Pourquoi les péripéties s'arrêtent-elles sans être achevées ?

Patrice Pluyette :
  "Parce que, quand j'écris, j'arrive souvent dans une impasse, et je m'en sors par une pirouette, par quelque chose d'invraisemblable. Qu'est-ce que la littérature ? C'est cela. Donc par moments, je commence un épisode et je ne le finis pas. Les personnages sont comme des marionnettes, le lecteur aussi."

Fabien : Pourquoi la quête tourne en rond ?
Patrice Pluyette :
  "Parce que la vie est absurbe et vaine. Mon roman a un ton ironique car je suis moi-même ironique. Mon ironie se revèle donc dans mon roman."

"Quand j'écris, j'ai l'impression de recréer la vie."

"Le bonheur pour moi, ce serait de regarder pousser un arbre
. C'est avoir ce côté optimiste et ce côté pessimiste car l'arbre peut être coupé."

Celine : Pourquoi votre roman est-il si atemporel?
Patrice Pluyette :
  "J'aime bien être déboussolé et offrir de la liberté au lecteur sans fixer de date ou d'heure.Dans ce roman-ci, vous avez le côté de ma personnalité extravertie et délirante ; alors qu'avant j'ai écrit 3 romans du "je"."
"Un écrivain, ça doit être comme un acteur :
se lancer des défis, changer de style et de sujet à chaque fois.
"


"La morale de ce roman, c'est la vanité de cette course au bonheur, lequel ne se trouve pas forcément très loin. Dans le voyage, il ne faut pas chercher à  se fuir soi même, que le voyage devienne une fuite."


Wassily : Etes-vous aussi décalé que votre roman ?
Patrice Pluyette :
  "Tout dépend de mon humeur, soit décalé soit muet."
Ce jour-là, il était bien décalé !

Publié dans : Entrevues
Dimanche 2 novembre 2008 7 02 /11 /2008 09:58
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Rencontre avec Alain Jaubert autour de son roman Une nuit à Pompéi


"C'était un roman d'amour pour Naples."

"C'était l'une des plus belles villes d'Europe. Maintenant elle croule sous les monceaux d'ordures, sous le travail illégal et sous la coupe de la mafia. C'est devenu l'exemple-même du désastre capitaliste et écologique."

Vous avez bien montré une civilisation plongée dans l'érotisme ?
Alain Jaubert : "
Le roman a été construit à partir de cette ouverture du cabinet secret. Mais en fait les symboles sexuels étaient des objets de la vie quotidienne, comme des grigris. La sexualité n'était pas la même ; le mot homosexualité n'existait pas ; la femme n'était perçue qu'en tant que mère ; les rapports sexuels entre les gens, entre maîtres et esclaves, ne sont pas les mêmes ; ils n'existent plus aujourd'hui.De même, avant, en peinture, les personnages étaient nus alors qu'ils sont drapés à la Renaissance."

Hélène : Pensez-vous que l'Italie reste un lieu idéal pour la relation amoureuse ?
Alain Jaubert : "L'Italie, c'est un pays de rêve pour les Français, mais il n'y a pas besoin d'aller en Italie pour être amoureux."

Zaccharie : L'écriture n'est-elle pas pour vous une façon d'expérimenter la sexualité latine, ne relève-t-elle pas du fantasme ?
Alain Jaubert : "Non, c'est trois personnages qui se retrouvent, mais c'est l'été, il fait chaud, ce sont les vacances, etc... Cela débouche sur une expérience sexuelle, car à partir d'un certain âge le jeu passe surtout par le sexe. Mais en fait c'est une expérience avant tout ludique et infantile."

Stéphane : Y a-t-il une part autobiographique dans ce roman ?
Alain Jaubert : "Bien sûr, mais pas dans les mêmes circonstances. C'est la concentration de moments vécus. Le personnage principal, c'est bien moi : je lui ai d'ailleurs donné mon nom et même ma date de naissance. Les deux personnages féminins ont existé aussi.La visite du cabinet secret est un épisode qui a été vécu en 2000, avec cette guide."

Anthony : Peut-on dire que dans votre livre l'Italie est une femme et le Vésuve son vagin ?
Alain Jaubert : "Non, le Vésuve n'est pas un trou. En Italie, il est vécu comme un phallus qui éjacule. C'est un élément mâle."

Laura : Pourquoi évoquer les prostituées à Pompéi ?
Alain Jaubert : "C'est une réalité de l'époque. Pompéi était un port, tout comme Naples qui lui aussi a ses prostituées aujourd'hui."

Maxime : Quelle est l'utilité des ébats sexuels à la fin du roman ?
Alain Jaubert : "Mais c'est le sujet du roman !"

Kévin : Vos oeuvres sont-elles inspirées de vos documentaires ?
Alain Jaubert : "Oui et non. Naples, c'est autobiographique. Je l'ai découverte en tant qu'autostoppeur, j'y suis retourné en tant que marin puis réalisateur. J'ai d'ailleurs dans l'incipit commencé la description très précise d'une statue sans que le lecteur sache que c'en était une. La chute est humoristique puisque la jeune femme est hélas de marbre, c'est le mot ! Tout cela pour signifier que le roman constitue un récit qui peut être très proche de la réalité mais en même temps cela reste une illusion."

Publié dans : Entrevues
Jeudi 30 octobre 2008 4 30 /10 /2008 09:50
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Salim Bachi, calme et posé :
"J'avais envie d'écrire un livre ample sur l'Islam."

"J'ai voulu rétablir une image de Mahomet."
 
"J'ai voulu montrer les multiples facettes de Mahomet à travers ces deux femmes et ces deux hommes."


Oualid : Sur quels documents vous êtes-vous basé pour écrire ce roman ?
Salim Bachi :
  "
Sur La Sîrah (il en existe plusieurs versions).Sur Le Coran, traduit chez Gallimard." 

Alise : Vous attendez-vous à ce que le lecteur croit à l'histoire ?

Salim Bachi :
  "
Un livre est réussi quand le lecteur y croit, tout en conservant cette petite dose d'oeil critique."

Chloé : Les différents points de vue adoptés vous ont-ils aidé dans l'écriture ?

Salim Bachi
:
  "
Oui, car j'aime varier. J'ai aimé écrire les différentes voix, et surtout la quatrième, et si j'ai varié, c'est pour ne pas m'ennuyer, ni le lecteur. La première voix aborde son côté prophétique, mystique. Toutes ses autres facettes sont ensuite envisagées, côté politique, côté humain,..."

Camille : Pourquoi avoir choisi ce sujet sur l'Islam ?

Salim Bachi
:
  "
Ce n'est pas un sujet sur l'Islam. J'ai choisi le sujet sur Mahomet. Je me suis interrogé sur notre finitude."

Mathieu : Le livre est-il adressé à un public musulman ?

Salim Bachi
:
  "
Non, le plus de lecteurs possible, sans distinction aucune."

Mathilde : Au fil de l'écriture votre vision a-t-elle changé sur Mahomet ?

Salim Bachi
:
  "
Mon regard a changé avant l'écriture. Ce roman n'a pas changé mon opinion sur le fait religieux en tout cas, mais il a rendu Mahomet très humain."
 


Publié dans : Entrevues
Lundi 27 octobre 2008 1 27 /10 /2008 09:48
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