Un homme meilleur / Anita NAIR (2000)
traduit de l'anglais (Inde) par Marielle Morin (2003)

A sa retraite, Mukundan retourne dans son village natal du Kerala, dans une maison familiale désertée par un père tyrannique parti vivre avec sa maîtresse juste en face. S'insurgeant mollement contre les fonctionnaires de l'électricité ou du téléphone, il est hanté par l'image de sa mère chutant dans les escaliers. Rongé par la culpabilité, il se tourne vers Bhasi, un ancien professeur de littérature reconverti en peintre en bâtiment, qui va le délivrer de fantômes de son passé. Bientôt il découvre l'amour avec une jeune femme de vingt-deux ans sa cadette. Amitié, amour, il semble tout avoir pour être heureux, mais une chose lui manque : la reconnaissance des notables du village comme étant l'un de leurs pairs...
Ce destin en dents de scie, au travers duquel le lecteur découvre les moeurs et rouages de l'Inde du Sud, est savoureusement servi par l'écriture subtile et délicate d'une romancière qui, déjà, avec Compartiment pour dames, avait attiré mon attention, et dont c'est en fait la véritable première oeuvre. Elle écrit là un magnifique roman d'apprentissage, dont, chose singulière, le protagoniste n'est autre qu'un homme âgé et y soulève, avec tendresse, intelligence et ironie, les multiples problèmes d'identité, de déracinement, de sentiment d'appartenance à une communauté, et de rapports entre père et fils, auquels à tout âge un être humain peut être confronté. Par-delà le cas précis de l'Inde, c'est donc tout l'humanité, avec ses conflits intérieurs exacerbés par la pression sociale, qu'elle embrasse du regard.
NAIR, Anita. - Un homme meilleur. - éditions Philippe Picquier, 2006. - 478 p.. - (Picquier poche ; 275). - ISBN : 2-87730-870-7 : 10 €.
Les mille visages de la nuit / Githa HARIHARANtraduit de l'anglais (Inde) par Marie-José Minassian
Prix du Premier Roman du Commonwealth en 1993

De retour en Inde du Sud après avoir poursuivi ses études en Amérique, Devi laisse sa mère organiser son mariage arrangé avec un homme qui l'indiffère. Elle l'accompagne dans sa vaste demeure vide, habitée de son beau-père et d'une vieille servante. Très vite, elle s'y ennuie, se remémore les mythes que lui contait sa grand-mère, et, à la grande déception de sa mère, ne sent pas l'étoffe d'une maîtresse de maison, ni d'une épouse aimante, encore moins celle d'une mère, son ventre restant obstinément stérile...
La réalité de la condition des femmes indiennes se drape ici des légendes de déesses qui symbolisent leur destinée. Un beau roman poétique dont on sort comme d'une rêverie lointaine, dont les échos viennent mourir jusqu'à nos propres incertitudes.
HARIHARAN, Githa. - Les mille visages de la nuit. / traduit de l'anglais (Inde) par Marie-José Minassian. - Arles : Picquier, 2006. - 253 p.. - (Picquier poche ; 265).. - ISBN : 2-87730-834-0 : 8€.
La reine des rêves / Chitra Banerjee Divakaruni
"Mon travail consiste à rêver", répond un jour la mère de Rakhi à sa fille, "Je rêve les rêves d'autres gens. Je peux ainsi les aider à vivre leurs vies." Voilà tout ce que Rakhi apprendra jamais sur sa mère, si secrète, si silencieuse, qui n'a jamais voulu non plus raconté sa jeunesse en Inde, la privant d'une identité, de racines qui lui manquent sur ce sol californien où elle est née de parents indiens. Mère d'une petite Jona, séparée du père, Sonny, Rakhi vit avec Belle, sa meilleure amie, des revenus de leur salon de thé et parfois de sa peinture. Sa vie tout à coup bascule : un redoutable concurrent vient s'installer en face de leur petit commerce, une galerie expose les peintures de Rakhi, sa mère disparaît brutalement, laissant derrière son "Journal des rêves" aux siens...
Rakhi n'est pas une jeune femme heureuse au début du roman : elle ne connaît finalement que très peu ses propres parents, garde des rancunes auprès de son ex-mari, et perd peu à peu sa fille qui lui préfère son père. (Suite à lire après avoir lu le roman :) La mort de sa mère va l'obliger à se rapprocher de son père et à retrouver avec lui les racines qui lui manquaient, par ses histoires, ses chansons, ses spécialités gastronomiques, tandis que les événements de septembre 2001 vont la confronter à des réactions xénophobes brutales et à une révélation inattendue qui vont resouder ses liens avec son ex-mari et sa fille. Un roman sur le déracinement, aux douces effluves fantastiques.
DIVAKARUNI, Chitra Banerjee. - La reine des rêves / trad. de l'anglais par Rani Mâjâ. - Picquier, 2006. - 348 p.. - ISBN 2-87730-841-3 : 15 €.
Voir aussi l'excellente critique de clarabel sur : http://www.ratsdebiblio.net/divakarunichitrabanerjeelareine.html
Roman thaïlandais (l'un des rares publiés en France)
Terre de mousson / Pira SUDHAM

Prem est surnommé le Têtard par sa famille, le Muet par le voisinage dès sa plus tendre enfance. La vie au village est dure et pauvre. Nul n’a besoin d’instruction ici pour cultiver le riz et conduire les buffles. Mais Kumjai, le nouvel instituteur, a décidé d’éveiller les jeunes esprits en leur apprenant simplement le calcul et l’écriture dans ce qui lui sert d’école. Prem se révèle brillant. Comme son maître, il semble souvent plongé dans des rêveries que les autres ne comprennent pas. Un jour, l’éducation des plus petits rendus ensuite au travail des champs ne suffit plus au maître ; il fonde tous ses espoirs en Prem qu’il envoie à la Cité des Anges pousuivre ses études. Ce dernier réussit si bien qu’il obtient une bourse pour partir à Londres étudier. Là-bas, il découvre de jeunes Thaï, comme lui exilés, … mais nantis. Parti en Europe, il reviendra enfin à la Cité des Anges puis à son pays natal, dégoûté par le gaspillage intellectuel des étudiants qui n’ont qu’ambition et désir de luxe au mépris du peuple, et d’une société de thaïlandais volant sournoisement les plus pauvres pour mieux s’enrichir. Ecoeuré du luxe auquel il s’est habitué et du respect qu’il suscite dans sa famille et dans son village comme s’il était devenu un patron, il trouve une issue en embrassant le destin du moine bouddhiste de sa contrée.
D'abord une autre manière de découvrir la Thaïlande, celle des ruraux. Un roman d’apprentissage inégal dans sa construction, réservant une surprise dans sa halte à Munich avec la Mort. Une belle histoire où un jeune homme pose un regard décillé sur son monde et se cherche une voie pour œuvrer utilement pour son amélioration, voie qui sera la religion : refuge, consolation ou solution sociale ?
Lu avant un voyage en Thaïlande, en 2003
SUDHAM, Pira. – Terre de mousson / trad. de l’anglais par Dominique Maeder. – Piquier poche, 2002. – 269 p.. - (100). - ISBN : 2.87730.402.7 : 8,50€.
Compartiment pour dames / Anita NAIR
Inde - condition féminine

Akhila a besoin de prendre l’air, de respirer, de partir, seule, enfin. Elle prend une place dans le compartiment pour dames d’un train à destination de l’extrémité
sud de l’Inde. Dans ce lieu clos, où chacune sait qu’elles ne se reverront certainement jamais, Akhila incite ses compagnes de voyage à l’éclairer sur leur engagement, sur leurs choix de vie :
chacune lui raconte alors spontanément ses joies et ses peines, son parcours de femme mariée ou de femme célibataire, dans une Inde peu permissive…
Des femmes se confient, autant à Akhila qu’aux lectrices, témoignant de leurs abnégations et frustrations. Une femme a-t-elle besoin d’un homme pour vivre pleinement
sa vie ? Est-elle prête à affronter les regards de sa famille, de son quartier, des passants ? Dans ce roman où s’entremêlent différentes voix et destins, Anita Nair se fait le porte-parole de
toutes les Indiennes, et dénonce la condition de la femme en Inde au sein du noyau familial comme dans le tissu social. Ce faisant, elle lève de nombreux tabous,
poussant un cri assoiffé de la liberté à laquelle aspire son personnage principal.
NAIR, Anita. – Compartiment pour dames. – Picquier, 2004. – 449 p.. – (Piquier poche ; 235). – ISBN : 2-87730-747-6 : 9,50 €.