Littérature espagnole

TEXTES & MANUSCRITS
BEAU LIVRE

Une femme de ménage "imposante", "d'une chasteté absolue", hérite d'un «petit cul-de-jatte de quarante ans», qu'elle place dans la rue pour mendier puis garde chez elle, le salissant pour mieux le nettoyer...

Farce surréaliste, ce texte nous fait découvrir ce que le pinceau de Dali peut donner en se transformant en plume ! Névrose érotique, obsession du corps et de ses mécanismes, allusions continuelles autour de la nourriture et de la défécation, la palette de Dali s'exprime cette fois avec des mots, tantôt rapprochés hyperboliquement, tantôt inventés. Une curiosité proposée dans un bel écrin, assortie de l'écriture écolière et  du français très approximatif et coloré de Dali.


Article plus complet de Bernard Géniès dans Le Nouvel Obs.

DALI, Salvador. - L'esputnic du paubre, suivi de Dali et les éditions de la Table Ronde. - La Table Ronde, 2008. - 166 p. : couv. ill. en coul. + ill. en n.b. - (Hors coll.). - ISBN 978-2-86424-668-8 : 18 €.

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Samedi 22 novembre 2008 6 22 11 2008 13:08
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Titre de l'édition originale : Caso Karen (2005)
Traduit de l'espagnol par Jean-François Carcelen et Jean Vila aux éditions Métailié (2008)


RENTRÉE LITTÉRAIRE 2008
LITTÉRATURE ÉTRANGÈRE

Romancière à succès, sur le point de partir écrire à Miami, Karen ne semble avoir aucune raison de se jeter par-dessus son balcon. C'est pourtant son corps que l'on retrouve dans la rue, désarticulé, le lendemain d'une fête qu'elle a organisée chez elle. Duarte et son collègue, inspecteurs de police, commencent à interroger amants, écrivains et éditeurs présents ce soir-là...

Un polar absolument pas comme les autres, ne serait-ce que par son entrée dans le milieu littéraire, mais surtout par sa forme kaléidoscopique, composée d'extraits de roman et de témoignages fragmentés, le tout écrit d'une bien belle plume. Intéressant.

"25. Le roman de Karen.
"(...) Depuis que Marmen l'avait quitté Gabriel ne savait pas quoi faire tout seul à la maison. Il n'arrêtait pas de tourner en rond. Il passait sa journée à espérer que l'on sonne à la porte : elle apparaîtrait en expliquant qu'il s'agissait d'une blague. Peu importe, il lui pardonnerait tout. Mais au plus profond de lui quelque chose lui disait qu'elle ne reviendrait pas. En plus, il commençait à s'imaginer les raisons pour lesquelles elle avait déménagé précisément chez Iciar Cornuda et Carrasco. Il fouillait dans sa mémoire et brusquement de nombreuses anecdotes prenaient un sens nouveau (...)."
(p. 93)


Manas, José Angel. – L'Affaire Karen / trad. de l’espagnol par Jean-François Carcelen et Jean Vila. – Métailié, 2008. –  222 p.. – (Suite ; 142). – ISBN 978-2-86424-662-6 : 10 €.

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Mercredi 17 septembre 2008 3 17 09 2008 12:10
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Titre original : Historia del rey transparente

Aussi efficace et plus militant que de l'heroïc-fantasy
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12e siècle - condition féminine - religion - légende - chevalier : Moyen Age

Au XIIe siècle, les guerres entre seigneurs féodaux font rage. Les siens réquisitionnés pour se battre, Leola, une jeune paysanne, se retrouvant seule et vulnérable, revêt l'armure d'un jeune guerrier mort sur un champ de bataille et part à l'aventure. Mais l'habit ne fait pas la moine : elle n'est pas à même de se défendre sur les routes dangereuses. Par chance, elle rencontre dans une forêt Nynève la rousse, laquelle se prétend fée du savoir et avoir connu Merlin, et va l'accompagner, lui trouvant un maître pour lui apprendre à se battre, et lui enseignant à lire et à écrire, et surtout à penser. Toutes deux vont être amenées à rencontrer Aliénor d'Aquitaine, Richard Coeur de Lion, Héloïse, séparée irrémédiablement d'Abélard, et à être confrontées au luxe et à la cruauté d'une duchesse, à la corruption de l'Eglise et à la lutte des Cathares. 

S'ouvrant sur le travestissement d'une jeune femme paysanne en un chevalier, ce roman d'aventure laissait présager la démonstration criante d'une discrimination sexuelle et sociale. Or le personnage mystérieux de Nynève, savant et polémique, permet à l'auteur de critiquer bien plus ouvertement et plus largement toutes les injustices de l'époque. Et c'est avec son grand talent de conteuse que Rosa Montero, tout en nous faisant réfléchir sur ce siècle tourmenté, nous immerge,aux côtés de personnages originaux et touchants, dans un Moyen Age à la fois réel et fantasmé, avec lequel elle prend quelques libertés anachroniques, propice à l'amour courtois, aux tournois et aux légendes, telle celle du roi transparent que nul ne peut raconter sans péril. Une lecture divertissante, piquée de critiques acerbes n'épargnant aucune classe sociale.

MONTERO, Rosa. – Le roi transparent / trad. de l'espagnol par Myriam Chirousse. – Métailié, 2008. – 471 p.. – (Bibliothèque hispanique). - ISBN 978-2-86424-634-3 : 22,50 €.

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Samedi 19 janvier 2008 6 19 01 2008 14:00
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Titre original : La pell i la princesa (2005)
traduit du catalan par Cathy Ytak


couv-626-8.jpg Quels mystères cache Puppa, le relieur de livres à peau humaine ? C'est sa vie que va nous conter un ancien tailleur de pierre, ayant perdu la jambe gauche dont la peau a servi à recouvrir l'un de ces fameux livres. Fuyant une vie de misère sous la tutelle de paysans aisés, il sera baptisé Puppa, "progéniteur", par des gitans qui voient en lui s'accomplir la Prophétie, géniteur d'un futur Guide qui scellerait l'alliance des clans. Dès son arrivée à Prague, il assiste au coup d'état du duc Antoine, dont il sauve la vie, après avoir sauvé celle de la princesse Maria, dont il reste subjugué, et dont il va assurer désormais la protection, à l'intérieur d'un palais au jardin merveilleux, dans lequel rôde une affreuse créature, le Golem. Son sort se joue entre les mains d'un roi fou de science et de magie, d'une reine insatiable qui en fait son amant attitré, du rabbin Juda Loew, son mentor, et du duc Antoine, dont il s'est fait un ennemi...

Quelle bien étrange histoire que celle-ci, inspirée des mythes européens les plus divers. Parfois même elle prend les accents de ce genre prisé depuis plusieurs années qu'est l'heroïc-fantasy. Elle se lit comme un songe dont on ne sait quand le personnage se retrouve véritablement dans la réalité première. La cruauté des hommes n'y a d'égale que la sensualité débridée des femmes, le savoir n'étant d'aucun secours au roi ni au créateur du Golem. Un récit dont l'effet sur le lecteur est à l'image de ces livres légendaires que l'on recouvrit de peaux humaines, à la fois effrayant et doux au toucher, comme à fleur de peau.

Ce roman fantastique a reçu en 2005 le Prix Joseph Pla.
Sebastià Alzamora, écrivain espagnol, est né en 1972.


ALZAMORA, Sebastià. - La fleur de peau / trad. du catalan par Cathy Ytak. - Métailié, 4 octobre 2007. - 182 p.. - (Bibliothèque hispanique). - ISBN : 978-2-86424-626-8 : 17 €.

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Dimanche 30 septembre 2007 7 30 09 2007 09:11
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L'eau à la bouche / José Manuel Fajardo

traduit de l’espagnol par Claude Bleton


En Espagne, de son père, Omar a hérité son dégoût pour la police, et son goût pour les huîtres, le communisme et les femmes, et de sa mère, sa recette de poulet à la bière. En même temps qu’il prépare en cuisine des petits plats pour les clients de l’Arc-en-Ciel, il pense à Marina, roumaine, qui danse dans ce même cabaret et dont il est fou amoureux, à ses parents défunts, à ses débuts en tant que marin, à Lara, sa cousine bourgeoise, avec qui au Mexique il a commis une adultère, à La Reine, le chef cuistot d’une plate-forme pétrolière qui lui a tout appris du métier.

Plus qu’un roman, c’est un voyage politique et gastronomique que nous offre José Manuel Fajardo, tour à tour gai, sérieux, gourmand, nostalgique et gourmet. Ainsi, on évoque Belgrade bombardée, Ceausescu, comme on parcourt le cimetière Montparnasse peuplé de figures roumaines célèbres, comme on savoure une phrase avant le mélange de corps ou de saveurs. Chaque page en devient presque un plaisir gustatif, dont on meurt d'envie d'essayer les recettes glanées çà et là. A déguster sans tarder par tous les amoureux des plaisirs du palais.

« Quand la vie nous apporte des chagrins, il faut les inviter à manger ».

FAJARDO, José Manuel. – L’eau à la bouche. / traduit de l’espagnol par Claude Bleton. – Métailié, 2006. – 263 p.. – (Bibliothèque hispanique). – ISBN : 2-86424-588-4 : 20 €.
 

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Dimanche 24 septembre 2006 7 24 09 2006 19:43
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Le dernier train / Maria Mercé Roca

Traduit du catalan par Cathy YTAK


Une fin de journée habituelle. Enfin, pas tout à fait. Car ce roman se décline en trois actes, constitués pour les deux premiers par un long monologue intérieur des protagonistes de ce couple anesthésié par la routine. Thérésa rentre chez elle. Une fois de plus, cette brillante avocate a réussi à mettre d'accord les parties adverses d'un divorce qui s'annonçait difficile. Perfectionniste, débordante d'énergie, solide comme un roc, elle supporte de moins en moins son époux qui se repose sans cesse sur elle, traumatisé par le souvenir de l'homme qu'il a tué lors d'un accident de chasse. Andreu, lui, s'est rendu compte, en tombant amoureux, que cette vie trop stable, trop calculée et ordonnée par son épouse, ne suffisait plus à son bonheur. Ce soir, il doit lui annoncer qu'il la quitte pour une autre, qu'il va prendre un dernier train, partir.

Quel meilleur instrument que le roman pour sonder l'âme humaine, pour permettre l'introspection simultanée de plusieurs personnes, pour afficher ce qui ne sera jamais communiqué à quiconque. Nous suivons ici les réflexions de Thérésa puis d'Andreu, les comprenant tour à tour, et, forts de cette connaissance de leurs pensées les plus intimes, nous assistons
à la scène finale, forcément lacunaire, où peu de choses sont dites, beaucoup imaginées ou tues. Un texte touchant, où le lecteur se sent le spectateur privilégié de cette rupture douloureuse.

ROCA, Maria Mercé. - Le dernier train / trad. du catalan par Cathy Ytak.- Métailié, 2006. - 173 p.. - ISBN : 2-86424-569-8 : 17 €.

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Dimanche 19 février 2006 7 19 02 2006 22:00
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L'ombre du vent  /  Carlos Ruiz Zafon

publié puis traduit du catalan en 2004


    Un matin où Daniel Sempere se réveille la peur au ventre, persuadé d'avoir oublié le visage de sa défunte mère, son père, libraire de son métier, le fait pénétrer dans un lieu secret et mystérieux en plein Barcelone : Le Cimetière des livres oubliés. Là, dans un dédale d'étagères couvertes de livres en attente d'un lecteur qui les ressusciterait, son père l'invite à choisir un livre qu'il adoptera et chérira pour toujours. Ce matin-là, du haut de sa dizaine d'années, Daniel jette son dévolu sur L'Ombre du vent, un roman écrit par un dénommé Julian Cartax. Curieusement,
lorsque Daniel commence à l'interroger sur son auteur, l'ami de son père, Barcelo, se montre particulièrement intéressé par ce roman dont personne n'a jamais entendu parler et lui apprend que sa nièce, Clara, adolescente aveugle, s'est elle aussi prise de passion pour cet écrivain. Daniel commence alors à multiplier ses visites chez la fascinante Clara, des années durant, jusqu'au soir de ses seize ans où il la retrouve dans les bras d'un crétin méprisable, et tombe la même nuit nez à nez avec un homme sans visage, sentant la mort et le brûlé : ce dernier lui réclame le roman, se faisant appeler Lain Coubert,... comme le personnage de L'Ombre du vent qui n'est autre que le Diable...

    Ce ne sont là que les trente premières pages de ce roman qui en fait 620, mais dès ces premières pages, l'auteur a su pleinement développer l'horizon d'attente de son lecteur, qui, forcément ne peut qu'être séduit : une relation intime se noue entre les livres et leur lecteur, puis entre ce dernier et l'écrivain dont il découvre peu à peu la tragique histoire, un stylo plume passe de main en main, instrument de l'écrivain, un récit-gigogne prend forme, multipliant intrigues et personnages secondaires, un soupçon de fantastique naît avec l'irruption d'un personnage angoissant puis l'intrusion dans une maison hantée,... c'est enfin un beau roman d'apprentissage, suivant l'itinéraire de cet adolescent qui après l'amitié découvre l'Amour, la tendresse d'un père, poursuivant une enquête bien trop dangereuse et pleine de non-dits, de secrets enfouis, et de haines tenaces sur fond de guerre civile espagnole,...
    Et puis, cette plume, bien sûr, ce style qui nous fait songer dès les premiers chapitres à des exemples d'incipit ou de portraits à analyser en classe, à tel point d'ailleurs que ce roman m'a à vrai dire semblé au début (avant de me laisser gagner par l'intrigue) trop parfait, trop adapté à un public-cible d'amoureux des livres et de la lecture que sont les bibliothécaires, les profs de lettres, les documentalistes, et tous les bibliovores. C'est d'ailleurs un best-seller qui semble, lui aussi, passer de main en main, de bouche à oreille, recommandé par tous ceux qui l'ont lu, à commencer par celle qui me l'a prêté, puis ma collègue qui l'a regardée d'un air entendu ; et enfin, en arrivant chez mes amis, l'un d'eux s'exclama en me voyant le lire que tout récemment son père, instituteur, lui en avait aussi fait cadeau en lui affirmant que ce roman l'avait marqué... Je poursuis à mon tour la chaîne en l'évoquant sur ce blog et en en conseillant à tous la lecture, en s'armant de temps, de son regard d'amoureux des livres et de son coeur d'adolescent rêveur.


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Vendredi 17 février 2006 5 17 02 2006 16:49
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