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Carnets de SeL


Liquidation ** / Imre KERTESZ

Titre original : Felszamolas (2003)
Traduit du hongrois par Natalia Zaremba-Huzsvai et Charles Zaremba

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Dix années ont passé depuis le suicide de son ami l’écrivain B., et c’est seulement à présent que Keresu semble retrouver son libre-arbitre. Car B. semblait avoir prévu les agissements ultérieurs de ses amis, consignés dans la pièce posthume qu’il a laissée à Keresu, éditeur marginal dans ce monde littéraire où ne sont publiés que le beau monde et les bien-pensants, à défaut du roman dont il soupçonne l’existence et qu’il recherche désespérément. Sa quête va l’amener à multiplier ses rencontres avec sa maîtresse Sara et son ex-femme Judit.  
Il me faut bien avouer que l’incipit surtout m’a enthousiasmée, la suite de l’intrigue prenant une direction moins borgésienne. En effet, on songe au début à la mise en abîme de la vie des personnages dans le roman du défunt. Ce qui d’ailleurs n’est pas démenti dan l’intrigue, B. ayant bien présumé de l’attitude de chacun. Pourtant, le nœud de l’histoire est on ne peut plus déroutant. B. en effet est un miracle, il est l’exception qui confirme la règle : il est né à Auschwitz. Il n’a d’ailleurs pas connu ses parents. Cette singularité aurait pu l’amener à savourer cette vie pleinement, cette perle sortie de la noirceur la plus horrible, et bien non, elle le pousse au contraire à vivre en sursis, en survivant. Et c’est là sur quoi repose ce roman : n’ayant pourtant pas lui-même vécu Auschwitz mais y étant né, B. ne sait pas continuer à vivre, il n’a jamais su vivre, tout court, portant ce poids du passé dès sa naissance.
Un roman psychologique singulier et intelligent.  

Actes Sud, 2004. 126 p.


publié dans : Littératures d'Europe Centrale
Jeudi 20 décembre 2007
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Passion ou la mort d'Alissa / Emilia Dvorianova
traduit du bulgare par Marie Vrinat

Yo est entrée toute petite au service de cette grande demeure habitée de messieurs et de demoiselles aux moeurs mystérieuses ou dépravées, qui vouent une passion commune pour le piano. Elle est le témoin de phénomènes étranges, tels ces journaux intimes de mademoiselle qui s'adonne au plaisir partout sauf dans sa chambre, la mort de Madame, qui s'était vidée de l'intérieur, ces miroirs qui ne reflètent plus rien, toutes ces horribles poupées que fuit Mademoiselle, ce grand trou dont Monsieur Sebastian nie l'existence, et puis... et puis un Vendredi Saint elle découvre la belle mademoiselle assassinée. Arrive X., un juge d'instruction, ébloui par la beauté de la morte Alissa. Yossif, son amant, avoue aussitôt. Mais X. s'attarde tout le week-end sur les lieux du crime et s'imprègne de son atmosphère...

N'assimilez pas ce roman à la simple lecture de ce résumé comme à un "vulgaire" roman policier : il n'en est absolument rien. J'ai rarement lu roman plus mystérieux, plus hermétique, plus polyphonique, où le Verbe se déroule fantasmagoriquement, où le Sens s'annonce puis se refuse, où l'art de raconter devient un art de la Fugue, où le réel et le surnaturel se répondent...  La Vérité, la Réalité, sont vécues successivement et différemment par les personnages. L'espace d'un instant j'ai cru déceler la clé de ces énigmes et, faisant un rapprochement avec les créatures mythologiques de Malpertuis de Jean Ray, je croyais pouvoir élucider ces bizarreries lorsque X. découvre un à un les personnages bibliques, les douze apôtres, en porcelaine, dans le mystérieux coffre. Mais non... Un roman orchestré telle une partition musicale dont chaque vision est chargée d'un sens, une vision forcément parcellaire à laquelle la Vérité échappe, un roman tout à fait déroutant, dont on sort comme d'un songe,  qui peut décourager son lecteur.


DVORIANOVA, Emilia. -
Passion ou la mort d'Alissa. - Gardonne : Fédérop, 2006. - 260 p.. - ISBN : 2-85792-162-4 : 18 €.

publié dans : Littératures d'Europe Centrale
Lundi 8 mai 2006
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Le refus / Imre KERTESZ


Le vieux essaie de se mettre à écrire...
Au chapitre premier, on découvre Köves qui, journaliste de retour au pays, revient dans sa ville comme  souffrant d'amnésique et devant se réhabituer aux règles absurdes de son univers "socialiste réaliste".

Dans les cent premières pages, le style est tout à fait descriptif et redondant, comme une litanie de l'univers monotone et étriqué dans lequel se meut le vieux. Et la suite n'est pas sans rappeler le monde absurde de Kafka, aux personnages subissant les événements, comme sous le joug d'une dictature aveugle, plus qu'ils ne les créent. Un univers obsédant.

KERTESZ, Imre. - Le refus. - Actes Sud, 2001. - 348 p.. - ISBN : 2-7427-4207-7 : 23 €.

publié dans : Littératures d'Europe Centrale
Mardi 15 novembre 2005
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