Littérature américaine

Recueil d'haïkus bilingue

Introduction de Julia Wright
Traduction de Patrick Blanche



"An autumn fog stares
At a cat in a doorway,
Then steals slowly on."


Auteur entre autres de Black Boy, publié en 1945, cette autobiographie bouleversante dénonçant la discrimination raciale subie dans son enfance, Richard Wright découvre  au cours de l'été 1959 l'art du haïku, ce tercet japonais de dix-sept syllabes (5, 7, 5) qui évoque toujours une saison où s'inscrit le poème. Il en composera plus de 4000, exutoire aux différents deuils connus lors de ses dernières années et à l'étroite surveillance  par les renseignements américains dont il fut l'objet, et en sélectionnera 817 qui ne paraîtront qu'après sa mort, en automne 1960. Dans cette version bilingue, Patrick Blanche, le traducteur, s'est efforcé, après avoir traduit littéralement, de reproduire la brièveté et la densité en recréant un haïku qui coule naturellement.   

"You could see warm wind
Drying wet wisps of her hair
About her forhead."

Pas de cri de révolte, pas d'exaltation, aucune confrontation humaine dans ce recueil, né bien au contraire de l'observation du rapport de l'homme ou de l'animal à la nature. Un retour à la sérénité, à un apaisement souvent champêtre.

WRIGHT, Richard. - Haïku : cet autre monde / introd. de Julia Whright, trad. de l'américain par Patrick Blanche. - La Table Ronde, 2009. - 301 p.. - ISBN 978-2-7103-3126-1 : 23 euros.

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Jeudi 10 septembre 2009 4 10 09 2009 15:10
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Le dernier des Valerii
Traduit de l'américain par Evelyne Labbé



D'aucuns auront probablement lu, ne serait-ce qu'au collège, La Vénus d'Ille. Sur les conseils du peintre John La Farge, Henry James aussi avait lu ce récit fantastique de Prosper Mérimée, publié en 1837, lequel le marqua durablement et l'incita à écrire une centaine de nouvelles, mais jamais il n'avouera combien cette histoire brève a pu inspirer ce court roman :

Dernier descendant d'une longue lignée, le comte de Valerii épouse une jeune et riche Américaine, Martha, la filleule du narrateur, autant éprise du bel italien que du charme de  sa propriété.  Le couple ne se quitte pas des yeux jusqu'au jour où Martha diligente une fouille qui exhume une statue antique, Junon. Dès lors, son époux se détourne d'elle pour ne plus songer qu'à cette divinité païenne surgie de l'Antiquité...

A travers ce récit où surgissent les thèmes fréquents alors de la rivalité femme de chair et femme de pierre, du rêve, de la main, Henry James insiste surtout sur l'attrait du passé, des vestiges, avec quelques envolées lyriques et descriptives, mais aussi sur la vulnérabilité du couple, sa fragilité. Ainsi, le narrateur n'a de cesse de s'interroger sur la pérennité de cette union, sur leur intimité et sur les capacités du comte à remplir un jour son rôle de père. Un texte somme toute assez proche malgré tout de celui de Mérimée, quoi qu'en dise la traductrice en préface.  A lire par curiosité ou pas.

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Mercredi 15 juillet 2009 3 15 07 2009 15:28
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Recueil composé des nouvelles : Hiroshima Bugi : Atomus 57 de Gérard Vizenor - Saigne en moi de Stephen Graham Jones - Réparer les peaux de Eric Gansworth - L'Affaire Elsie de Frances Washburn - Dessein du ciel nocturne de Diane Glancy.

Loin de se poser en victimes, comme désormais sont représentés les Indiens traditionnellement, les auteurs de ces nouvelles donnent à entendre leur vécu quotidien, encombré de préjugés et de clichés, avec leur propre voix, dans une alternance de nouvelles tragiques ou plus légères.
Il est suffisamment rare de pouvoir lire des textes de fiction d'Indiens pour vouloir saluer cette publication. Un autre regard nous est ainsi donné sur une réalité souvent parcellaire.   

"Parce que je suis indien, lors d'une fête à Little Rock, en Arkansas, un groupe d'étudiants s'approche de moi depuis le fond de la pièce, le cérémonial encore lourd dans leur haleine. D'une voix timide, leur chef me demande quel animal est mon esprit protecteur, et quand je ne trouve pas assez de tact dans ma bouche pour répondre, ils m'accablent de leur respect, disent qu'ils comprennent parfaitement que je ne puisse le leur révéler. Ils me donnent les leurs, pourtant : une sauterelle, une libellule, trois loups et au bout d'un moment, je deviens ce grand Indien silencieux de Thomas Pynchon juste avant qu'il se transforme en cannibale au beau milieu d'une fête." (p.53-54)

Des nouvelles des Indiens d'Amérique du Nord / présentées par Gérald Vizenor, trad. de l'anglais par Dominique Lettellier. - Métailié, 2008. - 204 p.. -  ISBN 978-2-86424-660-2 : 12 euros.

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Vendredi 5 décembre 2008 5 05 12 2008 14:11
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Récit véridique d'un meurtre multiple et de ses conséquences

Titre de l'édition originale : In cold blood
Traduit de l'anglais par Raymond Girard

"Bref, Nye n'apprit que ceci : "De tous les habitants de ce vaste monde, les Clutter étaient les moins susceptibles d'être assassinés."" (p. 133)

C'est pourtant ce qu'il advient, lors d'un terrible nuit de la mi-novembre 1959, dans la petite bourgade sans histoire de Holcomb, dans le Kansas : Herbert William Clutter, quarante-huit ans, maître de River Valley Farm, son épouse Bonnie, de santé fragile, sa fille Nancy, presque dix-sept ans, gentille, belle et serviable, et son fils Kenyon, quinze ans, retrouvés ligotés, bâillonés, le visage explosé à bout portant par un tir de carabine.

"Cependant, une femme, une institutrice, remarqua : L'émotion serait deux fois moins grande si c'était arrivé à n'importe qui, sauf aux Cuttler. N'importe qui de moins admiré. Prospère. Assuré. Mais cette famille représentait tout ce que les gens du pays respectent et apprécient vraiment, et qu'une chose semblable puisse leur arriver, eh bien, c'est comme d'apprendre qu'il n'y a pas de bon Dieu. On a l'impression que la vie n'a plus de sens. Je crois que les gens sont beaucoup plus déprimés qu'effrayés." (p. 137)

Dans cette petite ville, chaque porte est désormais fermée à clé, chaque habitant se méfie de l'autre. Qui a bien pu les tuer ? Et pourquoi donc ?

Dès l'incipit, le lecteur sait quels vont être les victimes et leurs assassins, ce qui rend la tension plus insoutenable encore, pressentant la tragédie sans en connaître le récit ni les raisons, qui ne seront dévoilés que bien plus tard. Il a ainsi le temps de s'attacher à eux, ce qui rend leur mort plus insupportable encore, et injustifiable.
"l'Ennemi était toute personne qu'il désirait être ou qui avait quelque chose qu'il voulait avoir."" (p. 299)
Car pourquoi ce crime ? C'est la question qui court tout au long de ce roman, conçu quasiment comme un grand reportage, recueillant les témoignages, brossant longuement le portrait des deux criminels en question, que rien ne prédestinait à assassiner d'autres gens, si ce n'est le manque d'argent. C'est aussi, en plus de cette analyse psychologique du crime, toute l'Amérique profonde des années 50 qui se révèle, celle des petites villes, puritaine, croyante, et celle des grands espaces. Devenu un classique de la littérature américaine, ce roman-réalité s'inspire d'un fait divers à partir duquel Truman Capote a reconstitué toute l'atmosphère et la psychologie de ses personnages, à la rencontre hautement improbable.

CAPOTE, Truman. - De sang-froid / traduit de l'anglais par Raymond Girard. - 506 p. : couv. ill. en n.b. - ISBN : 2-07-036059-8.

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Vendredi 22 août 2008 5 22 08 2008 10:15
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"J'éprouve une difficulté extrême à exprimer avec la force qui convient cet éclair, ce frisson, l'impact de cette reconnaissance passionnée. Durant ce bref instant baigné de soleil où mon regard glissa sur l'enfant agenouillée (ses yeux clignaient au-dessus de ses austères lunettes sombres - il allait me guérir de tous mes maux, le petit Herr Doktor), alors que je passais à côté d'elle dans mon travesti d'adulte (un superbe gaillard débordant de virilité qui débarquait tout droit d'Hollywood), mon âme frappée de torpeur parvint cependant à absorber les moindres détails de son éclatante beauté, et je les comparai aux traits de m défuntes petite mariée." (p. 83-84)

Lolita, quand le prénom d'un personnage passe à postérité pour désigner dans le langage courant toutes les fillettes au dangereux sex-appeal, à l'instar de ces gamines qui au collège de nos jours portent le string et se maquillent. Lolita, c'est ce roman devenu un classique, ayant été censuré à l'époque, comme aujourd'hui son protagoniste Humbert Humbert transgresse toujours un interdit de la société avec cette fillette de douze ans aux soquettes blanches, Dolores, dont il s'autoproclame le tuteur à la mort accidentelle de sa mère, Charlotte Haze, pour pouvoir mieux l'aimer et la posséder, comme avant lui Dante amoureux de sa Béatrice ou Pétrarque de Laure, celui de la pédophilie. Ce tabou posé, étant le sujet principal du roman, nul doute que le roman reste un chef-d'oeuvre, tant l'écriture, loin des clichés graveleux des romans érotiques ou pornographiques, l'exploite toute en finesse et en subtilité. C'est l'occasion également pour Nabokov d'aborder dans ce "road-movie" le fossé qui sépare cet Européen cultivé et raffiné aux Américains moyens pragmatiques (l'entretien sur ce qu'est une bonne éducation en est symptomatique), et de ridiculiser quelque peu les théories de Freud à travers les psychanalystes rencontrés aux diagnostics faussés, tout en insistant sur le motif de son goût pour les fillettes, soit par le passé sa brève première histoire d'amour avortée, qui devait le marquer à jamais.

NABOKOV, Vladimir. - Lolita. - Gallimard, 2002. - 551 p.. - (Folio ; 3532). - ISBN 2-07-041208-3.

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Jeudi 24 juillet 2008 4 24 07 2008 21:13
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Titre original : The Road (USA, 2006)
Prix Pulitzer 2007

 
Trad. de l'anglais (Etats-Unis) par
François Hirsch.

undefined "Quand il se réveillait dans les bois dans l'obscurité et le froid de la nuit il tendait la main pour toucher l'enfant qui dormait à son côté. Les nuits obscures au-delà de l'obscur et les jours chaque jour plus gris que celui d'avant. Comme l'assaut d'on ne sait quel glaucome froid assombrissant le monde sous sa taie." (incipit).

    Ils sont deux, sur cette route, qui traverse une lande cendreuse. Tout ce que l'homme et le petit, un père et son fils, emportent avec eux se trouve dans leur sac à dos et dans le caddie qu'ils poussent vers le sud et la mer. Ils portent un masque qui les protège des cendres, les cendres d'un monde post-apocalyptique, qui a probablement brûlé il y a plusieurs années, depuis la naissance du petit. Aucun signe de vie, ni humaine, ni animale, ni végétale. Ou plutôt si, mais ils paraissent craindre la rencontre d'autres survivants, les "méchants" comme les appelle le petit, d'où le rétroviseur sur le caddie et le révolver :

"Au matin ils verraient s'il y avait des empreintes sur la route ou pas. C'était à part le petit le premier être humain auquel il avait parlé depuis plus d'un an." (p. 69).

    Ce roman possède ce lyrisme particulier aux visions d'apocalypse, propre au sentiment de solitude et de vacuité de l'existence qu'incarne leur protagoniste. La nostalgie est aussi inhérente à ce type de récit. Ainsi, l'être humain se prend à rêver de ce qu'il a perdu, de l'inutile, du beau, et les souvenirs deviennent autant de légendes : le thème a déjà été maintes fois exploité, ne serait-ce que le roman Je suis une légende de Richard Matheson, dont l'adaptation (très libre) cinématographique a fait récemment l'actualité. J'ai en mémoire un manga lu récemment,Stigma (*) de Kazuya MINEKURA, qui évoquait aussi un jeune homme qui avait pris sous sa protection dans un monde désolé un garçon qui espérait voir un jour un  oiseau et peut-être même un coin de ciel bleu, tout comme le père en rêve encore, pas son enfant, qui n'a jamais connu que le gris, que la désolation. Cormac McCarthy a ancré son récit dans l'universel : causes laissées inexpliquées de l'apocalypse, qu'on ne racontera d'ailleurs jamais, raisons restées obscures de la présence de survivants humains, lieux indéterminés, personnages sans nom. 

    Et puis, il y a ce qui fait l'originalité de ce roman. Son style d'abord, précis, sobre, glaçant, à l'usage immodéré parfois du "et" au sein d'une même phrase pour justifier son absence de ponctuation. Sa forme : des dialogues sans tiret ni didascalie, des paragraphes désolidarisés, aucun découpage en chapitres. Son thème principal ensuite, qui consiste en cette relation poignante entre un père et son enfant, le second donnant au premier sa seule raison de vivre. Et enfin, cette capacité qu'a l'auteur, sans jamais lasser son lecteur, de tirer son récit tout le long de cette lande cendreuse, résumant son action aux trois besoins vitaux de ses deux "gentils" : trouver à se nourrir et à se protéger du froid, et surtout éviter les autres...

McCARTHY, Cormac. – La route / trad. de l'anglais (Etats-Unis) par François Hirsch. – Editions de l'Olivier, 2008. – 244 p.. – ISBN 978-2-87929-591-6 : 21 €.

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Dimanche 24 février 2008 7 24 02 2008 20:52
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Titre original : A changed man (USA, 2005)
 
Trad. de l'américain par
Céline Schwaller.
Publié chez Métailié. Sortie le 14 février 2008.


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Gardant en tête les leçons de La Voie du samouraï,
Vincent, un néonazi, entre, un sac de marin à l'épaule, le crâne rasé, le symbole SS sur un biceps et une tête de mort sur l'autre, dans les bureaux d’une fondation de défense des droits de l’homme, en plein Manhattan. Il vient y rencontrer son fondateur, un vieux juif survivant de l’Holocauste, Meyer Maslow, dont il a lu les livres, et lui annonce : "Je voudrais vous aider à empêcher des types comme moi de devenir des types comme moi." (p. 28). C'est du pain béni pour la fondation qui peinait à récolter des dons pour libérer des réfugiés politiques ou sauver des enfants du génocide, et qui va être aux petits soins avec lui, en particulier Bonnie, l'assistante, qui va devoir l'héberger et expliquer à ses deux fils pourquoi un ex-néonazi couche dans leur chambre d'ami.

"Tout le monde est sûrement raciste, pense Meyer. Mais qui se soucie de ce qu'on est au fond de soi ? Ce qui compte, c'est ce qu'on fait.
- J'avoue que la colère, ça me branchait un peu, dit Vincent. Et peut-être parce que je n'ai pas été élevé comme ça, je trouvais ça bon de laisser sortir toute cette rage. Ca aide toujours, d'avoir quelqu'un à accuser. Tout le monde le sait."
(p. 122)

    Sur les traces du film
American History X, réalisé en 1999 par Tony Kaye, ce roman a pour protagoniste un ex-néonazi, revenu sur cette haine qui l'a nourri dans les moments difficiles et qui charrie de nombreux paumés de l'Amérique profonde. Mais si le premier avait pour objectif de se sauver lui-même et son frère, le second, incarné par un Vincent Nolan lucide et intelligent, veut poursuivre sa métamorphose et s'engager totalement  aux côtés du Bien. Entier, attentif, généreux de sa personne, et désireux de bien faire, bien qu'encore sur ses gardes, Vincent Nolan devient un héros en réinventant son histoire pour qu'elle devienne ce que tous veulent entendre, manipulant ses auditeurs comme les médias, et un père de substitution fraternel pour les deux fils de l'assistante (pas toujours crédible d'ailleurs et cela donnera lieu à quelques scènes cocasses lorsqu'il est pris par l'aîné en flagrant délit du vol d'un peu de sa marijuana), qui aimerait bien l'avoir finalement dans son lit. 

   Adoptant tour à tour les pensées des uns et des autres, ce roman commence par celle d'un néonazi qui n'en a pas encore fini avec sa vision raciste d'autrui et s'achève sur celle d'un homme que d'aucuns pensent changé, mais qui peut encore se montrer très violent, donnant une leçon de morale à la remise des prix à l'école du fils aîné, Danny. Alors, qu'en penser ? L'auteur, elle, ne semble pas condamner ce dernier excès et achève son histoire d'amour qui se voyait à 2000 kilomètres par une happy end. Pour autant, elle n'a cessé durant tout le roman de dresser un portrait satirique des donateurs, de jeter le doute sur Meyer, qui semble rechercher aussi sa notoriété, et de discréditer totalement les médias.

Tour à tour drôle, cynique et émouvant, sans être non plus ni sur le fond ni sur la forme transcendant, c'est tout compte fait un bon roman, devenant très lisible
après les premières pages, dès qu'on a compris à quel narrateur on avait affaire.

Lire aussi l'article Un homme changé : un nazi au grand coeur, excellent roman américain, posté par Myosotis le 11.02.08 sur Fluctuat.net.

PROSE, Francine. – Un homme changé / trad. de l'anglais (Etats-Unis) par Céline Schwaller. – Métailié, 2008. – 428 p.. – (Bibliothèque anglo-saxonne). - ISBN 978-2-86424-639-8 : 21 €.
 

Publié dans : Littérature américaine
Mardi 19 février 2008 2 19 02 2008 21:56
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