Littérature chinoise

Titre original :  Ying ge li shi (Chine, 2004)


Chine, monde rural, révolution culturelle, roman d'apprentissage


undefined Je veux devenir un gentleman !

Il y avait sous Mao, dans les années 60-70, à Urumqi, aux confins de la Chine, aux abords des montagnes enneigées du Xinjiang, un jeune garçon, Liu Aï, "Aï" comme "Amour", qui regardait partir avec  tristesse
Hajitaï, une jeune femme blonde d'une grande beauté. En effet, leur professeur d'ouïghour vient d'être remplacée par un Shangaïen, parfumé et distingué, Wang Yajun, pour leur enseigner l'anglais. Aussitôt nouveau professeur a un ascendant sur Liu Aï, déçu par ses parents, deux intellectuels "rééduqués", qui trouve en lui un modèle.
"Je ne veux aucun traitement de faveur. La seule chose que je désire c'est qu'on me laisse travailler." (p. 135)
Mais c'est au tour de sa voisine d'être fascinée par cet homme élégant, toujours bien mis, et par son gros dictionnaire bleu sous le bras. Aussi commence-t-elle à laisser courir des rumeurs dangereuses sur le compte de ce nouvel ami de Liu Aï quand elle s'aperçoit que Wang Yajun en aime désespérément une autre : Hajitaï.

"La mère de Huang Xusheng a une drôle d'expression quand elle pleure. On dirait qu'elle rit. Et plus elle a de chagrin, plus elle semble rire de bon coeur." (p. 169) De la même manière, les habitants de cette ville, faute de divertissements, se montrent particulièrement joyeux lorsqu'advient un événement tragique, tel qu'un suicide ou un jour d'exécution. 

Se déroulant en pleine Révolution culturelle (ce que
, même actuellement, l'auteur s'est gardé d'annoncer à sa sortie en Chine), ce roman d'apprentissage habilement mené est celui d'une génération, celle de Wang Gang, qui porte un regard lucide sur cette période de peurs et d'oppressions. Drôle, cruel et sensible, ce roman mêle les anecdotes les plus cocasses, les fameux coups de pied au train de son ami Li L'Ordure par exemple, et les plus surprenantes. Amitié avec un adulte, morts, emprisonnements, infidélités conjugales, voyeurisme et premier acte sexuel marquent ainsi le passage de ce garçon à l'adolescence. Gageons que vous aussi vous passerez un bon moment avec ce garçon apprenti-gentleman, qui paraît parfois bien lent à comprendre, comparé à sa voisine, qui, comme toutes les fillettes, pures et fraîches, sent selon lui "le pipi de chien" !

WANG, Gang. – English / trad. du chinois par Pascale Wei-Guinot et Emmanuelle Péchenart. – Picquier, 2008. – 462 p.. – ISBN 978-2-87730-998-1 : 22 €.

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Jeudi 21 février 2008 4 21 02 2008 08:33
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Titre original : Kuaizi guniang (Chine, 2007)

Une fille vaut bien un garçon !
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"Dans mon village, c'est comme ça qu'on appelle les filles, des baguettes. Les garçons, eux, ce sont des poutres. Ils disent que les filles ne servent à rien et que ce n'est pas avec des baguettes qu'on peut soutenir un toit." (p. 22)
"Comment une simple baguette pouvait-elle nourrir l'espoir de devenir une poutre ?" (p. 30)

Condition féminine, Chine, monde rural, discrimination sexuelle
:
le thème est donné. Trois, Cinq et Six n’ont pas fait d’études et n’ont d’autre avenir que celui d’épouser le mari que leur désignera leur père, humilié par la naissance de ces six filles auxquelles il a donné pour tout prénom le numéro correspondant à leur ordre d’arrivée au monde. Toutes trois partent chercher du travail à Nankin, et en trouvent le jour-même. Quand elles ramènent l’argent à flots et leur connaissance du monde moderne au village, il faut bien que leur père révise son jugement : finalement, ces « baguettes » sont bien aussi capables qu’une « poutre » !

Journaliste, Xinran a animé une émission radio où elle recueillait sans tabou les confidences des femmes, dont elle s’inspira pour écrire ses deux premiers romans. D’autres témoignages et expériences ont conduit à ce troisième roman, faisant l’éloge de ces trois sœurs ambitieuses et volontaires, voulant prouver leur valeur non seulement à leurs parents, mais aussi au milieu rural rempli de préjugés dont elles sont issues. Sans se distinguer par sa qualité littéraire, voici tout de même un roman enjoué et bien agréable à lire, qui nous initie aux moeurs et expressions chinoises, distinctes de celles des longs-nez, et dénonce les séquelles de la Révolution culturelle, au détour de sa démonstration d'un sexisme ancestral et de la dichotomie entre un milieu rural replié sur ses croyances et la ville ouverte sur la modernité.


XINRAN. – Baguettes chinoises / trad. du chinois par Prune Cornet. – Picquier, 2008. – 341 p.. – ISBN 978-2-87730-991-2 : 19 €.
 

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Samedi 9 février 2008 6 09 02 2008 09:13
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50 contes chinois


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Voici 50 contes chinois adressés à Helen, inconnus en France, aux thèmes variés, chacun d'entre eux nous adressant une leçon d'humanité... ou de réalité sociale.  

Merveilleux, ces contes font intervenir tout le folklore auxquels nous ont habitué les contes occidentaux. Seulement, serpents et dragons y sont bienveillants, et la réincarnation omniprésente. Par ailleurs, ces contes fustigent le despotisme des rois, des juges et des gens riches, et les en punissent. De même, ils n'hésitent pas à conclure par quelque vérité plus prosaïque, plus parlante au quotidien. A découvrir, pour petits et grands.

PIMPANEAU, Jacques.- Contes chinois racontés à Helen. - Picquier, 2007. - 278 p.. - ISBN 978-2-87730-983-7 : 18,50 €.

Jacques PIMPANEAU
Né en 1937.
Sinologue, professeur à l’école des Langues Orientales de 1965 à 1999.
Il crée le musée Kwok On (Arts et traditions populaires d’Asie) à Paris en 1971 où il organise de nombreuses expositions. La collection Kwok On est donnée en 1999 à la Fondation Oriente à Lisbonne. Il est l’auteur de nombreux ouvrages et traductions sur la littérature classique chinoise.
 

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Lundi 17 décembre 2007 1 17 12 2007 18:32
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Traduit du chinois par Marie Laureillard

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Fils de paysans pauvres, vivant avec sa mère dans la famille de son frère aîné qui pourvoit au financement de ses études, le héros, surnommé Yonglé, "Joie éternelle", tente chaque année l'examen d'entrée à l'université, qui lui assurerait un avenir prometteur. Mais, une fois de plus, il manque l'examen, aussi commence-t-on à l'envoyer passer des litres d'insecticides dans les champs, et envisager son mariage avec une boîteuse dont personne ne veut. Un jour, il surprend sa mère en train de mendier de maison en maison...

Voici un texte très poétique tout en décrivant de manière abrupte les dures réalités de la destinée d'un garçon dans la campagne chinoise, les manières expéditives et inhumaines employées par le Comité du village pour enrayer la natalité, des conditions de vie des paysans pauvres. Attention, la chute peut paraître à bien des égards ambigüe pour des adolescents, car le héros ne ressent enfin cette allégresse, cette joie promise par le titre, qu'en se sentant partir, qu'en se suicidant...

Lire aussi l'article de rue89

L'écrivain chinois Mo Yan, les examens et la "Joie éternelle" par Bertrand Mialaret (Consultant à Paris), le 21/11/2007 à 09H57. 


MO YAN.- La joie / trad. du chinois par Marie Laureillard. - Picquier, 18 octobre 2007. - 180 p.. - ISBN : 978-2-87730-968-4 : 16,50 €.

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Mardi 27 novembre 2007 2 27 11 2007 20:28
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Dans une petite ville en Chine, en pleine époque de Révolution culturelle, deux adolescents grandissent dans la même compagnie de danse. Plus que tous les autres, ils s'entraînent sans relâche, rudoyant leur corps ingrat avec une fureur désespérée, l'un trop petit et maigre, l'autre trop enveloppée. Les années passent, et leur regard sur l'autre change. Bientôt l'appel physique devient irrésistible, les rendez-vous secrets quotidiens. Mais en ces temps où les interdits sont nombreux, la sexualité bannie, ils souffrent, tiraillés entre leur soif inextinguible du corps de l'autre et la peur d'être découverts...

Paru en 1986 en Chine, ce roman, premier volet d'une trilogie, fit scandale par son traitement de la sexualité. Les sentiments amoureux n'affleurent même pas dans cette éruption du désir physique absolu. Pourtant, vous n'y trouverez nul récit initiatique, nulle description de l'acte physique lui-même, mais bien plutôt l'attirance de ces deux corps mal aimés qui se refusent. Troublant et déchirant.

WANG,
Anyi. - Amour dans une petite ville / trad. du chinois par Yvonne André. - Picquier, 2007. - 146 p.. - ISBN : 978-2-87730-959-2 : 14,50 €.

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Mercredi 13 juin 2007 3 13 06 2007 20:55
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Titre original : Ding zhuang meng

roman traduit du chinois par Claude Payen (2007)


Alors que le village des Ding dépérit quelques années après que ses habitants, incités par le vieux Ding puis par son fils, aient vendu leur sang, emportés par une "fièvre" qui n'est autre que le sida, le fils Ding, lui, s'est bâti une petite fortune avec le sang ainsi collecté à outrance, et continue à s'enrichir à présent sur le malheur d'autrui...
Des les premières pages, le ton est donné : le narrateur n'est autre que le petit-fils de douze ans, mort empoisonné par le village pour se venger du père responsable de leurs maux, le grand-père sermonne sans succès son fils, et les gens succombent à la mort la plus laide, laissant leur village en proie à la désolation. Il y aura bien quelques belles échappées, telle cette idée du grand-père de donner un concert, ou encore celle de rassembler tous les malades à l'école, et surtout telle cette belle histoire d'adultère entre deux jeunes malades, qui bravent les tabous sociaux pour vivre pleinement chaque jour qui leur reste à vivre et à s'aimer. Mais la triste réalité est bien là, dénoncée dans cette fiction censurée en Chine, celle de milliers de paysans contaminés par le sida pour avoir donné leur sang sur les incitations du gouvernement. Révoltante.



YAN, Lianke. - Le rêve du village des Ding / traduit du chinois par Claude Payen. - Arles : Picquier, 2007. - 328 p.. - ISBN : 978-2-87730-916-5 : 20 €.

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Dimanche 13 mai 2007 7 13 05 2007 17:57
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La joueuse de go / Shan Sa

écrit directement en français
Prix Goncourt lycéens 2001

Tout les sépare. Elle habite la Manchourie sous l’occupation japonaise des années 30. Elle a 16 ans. Elle excelle dans le jeu de go auquel elle se livre depuis l’âge de 4 ans avec son cousin. Lui descend d’une famille de samouraï japonais. Il quitte mère, frère et sœur à Tokyo, prêt à se donner la mort au combat en Mandchourie plutôt que d’être lâche. Ils se retrouvent tous deux autour du jeu de go, sur la place des Mille Vents d’une petite ville, chacun ignorant tout de l’identité de l’autre. Elle va de son côté, en quelques jours, connaître l’amour, la sexualité, la trahison, la honte de la maternité. Lui va oublier geishas et prostituées pour s’attacher à cette chinoise dont il ignore tout. Ils vont se séparer pour Pékin. Le destin va les réunir tragiquement sans qu’ils se soient connus.

Un rythme binaire construit par des chapitres souvent très courts, alternant le «je» des deux protagonistes. Des phrases brèves et ciselées. Le rôle social des jeunes chinoises déchirées entre une soumission à leur futur époux et un début d’émancipation de la femme. La fuite. Un accès à la sexualité, à l’amour d’une jeune héroïne. Un homme qui ne vivait que pour le sens du devoir, de la patrie et le code de l’honneur ; un homme qu’un mariage avec une femme ne peut qu’entraver et que la compagnie de geishas entretenues soulage ; un japonais qui tombe peu à peu amoureux de son ennemie, une chinoise inconnue… Vraiment superbe !  

Critique de décembre 2001

SA, SHAN. – La Joueuse de go. – Paris : Grasset, 2001. – 342 p..

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Samedi 31 décembre 2005 6 31 12 2005 14:23
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