Littérature francophone (belge, suisse,...)

Paris, mai 1957. Quand Raphaël Lepage, grand flûtiste, embauche comme bonne à tout faire Saffie, une jeune allemande au visage impassible, il sait déjà qu'il en est profondément épris. Un mois après, il l'a épousée, mais mariée, puis mère, Saffie ne change pas d'attitude à son égard, comme détachée de la vie et du monde. Mais le jour où il l'envoie donner à réparer sa flûte chez un luthier, elle se retrouve métamorphosée par un amour fou dès qu'elle pose ses grands yeux verts sur ce Juif hongrois prénommé Andras, et c'est à lui qu'elle va ouvrir son coeur et confier son passé auquelle elle survit avec difficulté, mais lui, le sien, il s'en souvient pour mieux comprendre les enjeux présents et s'engager aux côtés des Algériens... 

"Saffie ne se sent-elle jamais coupable ? Comment fait-elle pour supporter cette duplicité, jour après jour, mois après mois ? C'est le même corps qu'elle donne à l'un et à l'autre homme ; n'y a-t-il jamais d'interférence dans sa tête ?
Non : pour la simple raison qu'elle est amoureuse d'Andras, alors qu'elle n'a jamais été amoureuse de Raphaël." (p. 229-230).

"Lorsque deux amants ne disposent pour se parler que d'une langue à l'un et à l'autre étrangère, c'est... comment dire, c'est... ah non, si vous ne connaissez pas, je crains de ne pouvoir vous l'expliquer
" (p. 230)


Ces deux passages, qui témoignent de l'intrusion du narrateur et la prise à témoin du lecteur dans l'histoire, reflètent à eux seuls l'atmosphère de cette bouleversante histoire d'amour, avec pour toile de fond les crimes de guerre, viols, meurtres et tortures, que ce soient ceux des soldats russes sur les allemandes restées seules ou ceux des soldats ou des policiers français sur les algériens. Un très beau roman.

Actes Sud, 1998. - 328 p.. - (Babel ; 431).

Lundi 28 juillet 2008
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Nancy Huston part de ces dernières années en Californie - le 11 septembre, le président Bush, le gouverneur Schwarzy - vues à travers le prisme d'un garçon de six ans, Sol, dorloté par sa maman, et partant en voyage en Allemagne avec sa grand-mère juive pratiquante et son arrière-grand-mère allemande pour des raisons qui lui échappent totalement. Elle remonte ensuite une génération, en 1982, par les yeux du père cette fois, Randall, alors âgé de six ans, dont la mère, future docteur "du Mal", poursuit des recherches sur le passé de sa propre mère d'abord en Allemagne puis en Israël. 1962 : c'est l'enfance de Sadie, sa mère, au même âge, vouant une admiration sans borne pour sa mère chanteuse, Kristina, et trouve un père en son beau-père, Peter Silbermann qui, lui, est juif. 1944-1945 : Kristina adore sa famille, jusqu'à ce qu'un jeune garçon y entre et lui confirme ses soupçons...

Forte ! Elle est vraiment très forte, cette Nancy Huston. D'abord d'avoir eu cette idée particulièrement originale de remonter le temps dans cette famille américaine-type sur quatre générations, jusqu'au dévoilement du secret, mais surtout, surtout, d'avoir su montrer un univers familial à travers les yeux de ces enfants de six ans, recevant au fil des générations une éducation différente, ces père ou mère, grand-mère ou arrière-grand-mère redevenant tour à tour les enfants qu'ils avaient été, découvrant des vérités ou intrigués par des secrets, dans une chaîne sans fin portant néanmoins un signe de reconnaissance qui prouve leur appartenance à une même lignée. Le premier univers des années 2000 est d'ailleurs déconcertant de cruauté et d'humour : ce petit Dieu vivant, égoïste, ne semble plus rien n'avoir d'innocent. Est-ce donc ainsi que Nancy Huston perçoit le nouveau règne de l'enfant-roi dans cette famille américaine de base, applaudissant les exploits de l'armée de Bush en Irak ? Les univers suivants nous détrompent peu à peu de cette première mauvaise impression, et laissent progressivement entrevoir l'absurdité d'une Histoire qui ne connaît que l'aveuglement et l'égoïsme, et non l'amour et le partage.

Un excellent roman, au procédé ingénieux, dont je continue à penser que l'on en a trop peu parlé lors de cette rentrée.


HUSTON, Nancy. - Lignes de faille. - Actes Sud, 2006. - 487 p.. - ISBN : 2-7427-6259-0 : 21,60 €.

Mots clés : Enfance / 1939-1945 / Allemagne / Israël / Liban / 2000- / Relation parent - enfant

Dimanche 15 octobre 2006
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Faire l'amour / Jean-Philippe Toussaint
Incipit :
"J'avais fait remplir un flacon d'acide chlorydrique, et je le gardais sur moi en permanence, avec l'idée de le jetre un jour à la gueule de quelqu'un."

Cette nuit sera la dernière. Ils le savent tous deux. Et c'est dans la chambre d'un palace de Tokyo qu'ils avortent cette dernière nuit d'amour, une chambre encombrée par les innombrables robes créées par Marie, véritables oeuvres d'art destinées à être exposées au Musée. Ils s'aiment encore, mais ne se supportent plus, et, entre deux étreintes, Marie laisse couler ses larmes...

Extrait :
"Nous ne nous étions pas embrassés tout de suite cette nuit-là. Non, pas tout de suite. Mais qui n'aime prolonger ce moment délicieux qui précède le premier baiser, quand deux êtres qui ressentent l'un pour l'autre quelque inclination amoureuse ont déjà tacitement décidé de s'embrasser, que leurs yeux le savent, leurs sourires le devinent, que leurs lèvres et leurs mains le pressentent, mais qu'ils diffèrent encore le moment d'effleurer tendrement leurs bouches pour la première fois ?"

Quittant l'apparante froideur et la violence contenue de La Salle de bain, Jean-Philippe Toussaint décrit ici une déchirure, une rupture entre deux êtres qui s'aiment encore, se cherchent, et cela sans jamais tomber dans le pathos ; au contraire, il rend évidentes et criantes de douleur certaines scènes d'un érotisme teinté de mélancolie, d'une perte attendue, de la certitude d'une absence à venir dans l'instant présent.

Dimanche 25 décembre 2005
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Métaphysique des tubes / Amélie Nothomb (2002)
C'est dans ce roman qu'Amélie Nothomb expose sa théorie : comme Dieu, comme l'univers, comme la carpe, l'être humain n'est qu'un tube. Et, jusqu'à l'âge de 2 ans 1/2, c'est ce qu'elle se contentera d'être, un tube. Manger, boire, digérer, déféquer, voilà à quoi se résume sa vie. Puis vient l'éveil, l'éveil aux mots qu'elle n'arrive pas encore à prononcer, puis au plaisir, grâce à la découverte du chocolat blanc qui, seul, n'est rien, mais dans la bouche, devient source de plaisir. Dès lors, et ce pendant une année, elle nous fait partager ses accidents, ses découvertes, ses convictions. Elle est Dieu, l'enfant-Dieu, adulée par sa gouvernante Nishio-san, par ses parents quand elle consent à leur dédier ses premiers mots "papa", "maman". Et déjà par deux fois elle manquera de se noyer, la première fois par accident, voyant les japonais spectateurs impassibles de sa mort, la seconde par choix, en découvrant la métaphysique des tubes...
Un roman qui se dévore en une heure, drôle sans vouloir l'être, cynique, loquace, juste, limpide. Pour les fans de ses autobiographies fantasmées.

Samedi 24 décembre 2005
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Huis clos entre victimes et bourreaux  


Un jour, Pannonique, étudiante à la beauté sidérante, est raflée comme tant d’autres anonymes au Jardin des Plantes. Dès cet instant, elle deviendra désormais la victime d’une nouvelle émission de télé-réalité, Concentration, et la cible de millions de regards. Comme son nom l’indique, le principe de l’émission est très simple : les personnes raflées ont été divisées en deux camps, les bourreaux ou « kapo » et les prisonniers appelés par leur matricule, et chaque matin, les premiers désignent ceux qui parmi les seconds vont rejoindre la file des exterminés. Chacun, très vite, s’identifie à son personnage jusqu’à oublier les caméras, tous exceptée CKZ 114, de son vrai nom Pannonique, qui semble personnifier le Bien, la dignité humaine, qui attire le Mal incarné en le kapo Zdena…

Certes, Amélie Nothomb n’invente rien en exploitant jusqu’à son paroxysme le voyeurisme malsain mis en exergue par les télé-réalités, et ce tout en créant une distance entre son héroïne (et narratrice) et la monstruosité des relations humaines. Foin d’ailleurs des descriptions, des effets de style, d’un dénouement vraisemblable, ici pas de plaisir du texte, l’intérêt réside ailleurs : pour Amélie Nothomb, la forme dialoguée est reine car elle permet de dire, de remplir chaque parole, parole pour autrui, car elle vouvoie ou tutoie, car elle nomme les êtres et les choses. Jamais démonstration aussi habile n’avait été faite de ce que parler veut dire dans ses précédents romans. Car ici, dans ce camp de concentration où se joue la dignité humaine, dire, nommer, prend tout son sens.

NOTHOMB, Amélie. – Acide sulfurique. – Albin Michel, 2005. – 192 p.. – ISBN : 2-226-1672-6 : 15,90 €.
Lisible en 1h30.


Samedi 3 décembre 2005
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Biographie de la faim / Amélie Nothomb

Voici le parcours initiatique de la petite Amélie Nothomb, dans les jupes de son père diplomate et de sa mère qu’elle adule, de ses quatre ans au Japon jusqu’à ses vingt-un ans de retour sur les lieux, après avoir vécu en Chine communiste, à New York la voluptueuse, au Bangladesh, pays de la faim et de la lèpre, en Birmanie, au Laos puis en Belgique. C’est donc la faim qui sera le leitmotiv de cette biographie d’une fillette au caractère bien trempé, précoce : faim de sucré, d’alcool et d’eau jusqu’à l’ivresse jusqu’à ses 12 ans où elle refusera la métamorphose de son corps pour le transformer en cadavre ambulant ; faim d’amour de sa mère, de sa sœur, de ses camarades ; faim de beauté en ces dernières ; faim de livres et de mots.
Une autobiographie au vitriol et sans complaisance, pleine d’humour et d’autosuffisance, de cet auteur charismatique. Un vrai plaisir à lire, un régal pour tous ses admirateurs.
NOTHOMB, AMÉLIE. – Biographie de la faim. – Albin Michel, 2004. – 240 p.. – ISBN : 2-226-15394-2 : 16,90 €.

Jeudi 24 novembre 2005
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Haïti

Manuel rentre de Cuba où il fut envoyé pour travailler dans les plantations. Sur le chemin du retour, il rencontre Annaïse, une belle noire, qui change de visage à l’annonce de son nom. C’est que, lui apprennent ses parents, non seulement la famine et la désolation planent désormais sur leur village, mais, pire, qu’une vieille haine a scindé Fonds-Rouge en deux. Mais Manuel ne compte pas baisser les bras et s’en remettre aux divinités implorées. A Cuba, il a appris la grève, la volonté, la solidarité. Il part à la quête d’une source, qui redonnerait vie aux jardins brûlés par la sécheresse, dont le chantier d’irrigation reposerait sur le pardon des villageois.


"Gouverneurs de la rosée" est un titre qui à lui seul annonce tout à la fois l’engagement politique et la richesse poétique de ce roman posthume. En fait, Jacques Roumain a forgé cette expression à partir de la traduction littérale du créole haïtien « èt lawouze », littéralement «maître de l'arrosage», désignant le gestionnaire de l’'irrigation de toute une communauté. Publié pour la première fois en France en 1946, probablement avec l’aide d’Aragon, ce roman majeur de la littérature haïtienne a pris une dimension internationale, prônant des valeurs universelles telles que l’altérité, la solidarité, chères au communisme. Nonobstant, Jacques Roumain a su dégager sa spécificité linguistique et poétique, faisant balancer son lecteur au rythme chaloupé de la langue créole haïtienne, lui faisant respirer le parfum d’un amour interdit, brossant au sein d’un paysage écrasé par la chaleur des portraits de paysans haïtiens hauts en couleurs. Un très beau texte à valeur de symbole.


ROUMAIN, Jacques. – Gouverneurs de la rosée. – Le Temps des Cerises, 2004. – 202 p. ; 20 cm.. – ISBN : 2-84109-234-8 : 14,48 €.


La maison d'édition "Le Temps des Cerises" : « Chacun connaît la chanson de Jean-Baptiste Clément, pastorale écrite avant la Commune et dédiée à une certaine Louise, qui devint, après la Semaine sanglante, tout en restant l'une des plus belles chansons d'amour de la langue française, le chant de ralliement des communards qui "gardent au cœur une plaie ouverte"... Quand, en 1993, trente-trois écrivains se sont retrouvés pour fonder une nouvelle maison d'édition, indépendante, impertinente et ouverte à la littérature et à la poésie, ils ont choisi pour nom le titre de cette chanson qui en dit plus long que bien des discours. » (présentation de l'éditeur) Plus précisément, il s’agit donc d’un éditeur de plus de 530 titres -littérature, documents, textes politiques-, résolument à gauche, sinon à l’extrême-gauche. Coordonnées : 3 r Plaisance 75014 Paris - tél : 01 45 41 14 38 - fax : 01 45 41 16 74 - mél : contact@letempsdescerises.net


Lundi 12 septembre 2005
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Coup de coeur

Des hommes
de
Laurent Mauvignier

Mes étoiles

Pour s'y retrouver :

****
Un livre qui m'a profondément marquée. Incontourna
ble.
***   Un livre que j'ai adoré et que je conseille fortement à mon entourage.
**     Un livre que j'ai beaucoup apprécié.
*       Un livre que j'ai apprécié, et que j'ai peut-être ajouté à ma bibliothèque.
Quant aux livres sans *, je ne les ai pas appréciés. Parfois même je pourrais les avoir détestés !

Carnets de SeL

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