"Si un invité meurt inopinément chez vous, ne prévenez surtout pas la police. Appelez un taxi et dites-lui de vous conduire à
l'hôpital avec cet ami qui a un malaise. Le décès sera constaté en arrivant aux urgences et vous pourrez assurer, témoin à l'appui, que l'individu a trépassé en chemin. Moyennant quoi, on vous
fichera la paix." (incipit)
Curieux conseil que voici, et d'où va partir l'étrange histoire de l'homme à qui cela arriva, lequel, s'il se garda bien d'appeler la police, choisit de prendre l'identité de celui qui venait
de mourir...
Economisez vos 15,90 euros pour acheter plutôt C'était notre terre, dont personne dans les médias n'a hélas parlé.
Rien ne sert de vouloir faire partie de chaque rentrée littéraire si c'est pour publier un énième roman, sans aucun intérêt.
Albin Michel, 2008. - 169 p.. - ISBN 978-2-226-18844-1 : 15,90 euros.
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Mardi 23 décembre 2008
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Paris, mai 1957.
Quand Raphaël Lepage, grand flûtiste, embauche comme bonne à tout faire Saffie, une jeune allemande au visage impassible, il sait déjà qu'il en est profondément épris. Un mois après, il l'a
épousée, mais mariée, puis mère, Saffie ne change pas d'attitude à son égard, comme détachée de la vie et du monde. Mais le jour où il l'envoie donner à réparer sa flûte chez un luthier, elle se
retrouve métamorphosée par un amour fou dès qu'elle pose ses grands yeux verts sur ce Juif hongrois prénommé Andras, et c'est à lui qu'elle va ouvrir son coeur et confier son passé auquelle elle
survit avec difficulté, mais lui, le sien, il s'en souvient pour mieux comprendre les enjeux présents et s'engager aux côtés des Algériens...
"Saffie ne se sent-elle jamais coupable ? Comment fait-elle pour supporter cette duplicité, jour après
jour, mois après mois ? C'est le même corps qu'elle donne à l'un et à l'autre homme ; n'y a-t-il jamais d'interférence dans sa tête ?
Non : pour la simple raison qu'elle est amoureuse d'Andras, alors qu'elle n'a jamais été amoureuse de Raphaël." (p. 229-230).
"Lorsque deux amants ne disposent pour se parler que d'une langue à l'un et à l'autre étrangère, c'est... comment dire, c'est... ah non, si vous ne connaissez pas, je crains de ne pouvoir vous
l'expliquer" (p. 230)
Ces deux passages, qui témoignent de l'intrusion du narrateur et la prise à témoin du lecteur dans l'histoire, reflètent à eux seuls
l'atmosphère de cette bouleversante histoire d'amour, avec pour toile de fond les crimes de guerre, viols, meurtres et tortures, que ce soient ceux des soldats russes sur les allemandes restées
seules ou ceux des soldats ou des policiers français sur les algériens. Un très beau roman.
Actes Sud, 1998. - 328 p.. - (Babel ; 431).
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Lundi 28 juillet 2008
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Prétextat Tach, prix Nobel de littérature, tire la triste fierté d'être atteint d'un cancer rarissime qui ne lui accorde plus que deux mois à vivre. Aussitôt les médias se
déchaînent, dépêchant pour interviewer
ce misanthrope une poignée de journalistes
triés sur le volet par son secrétaire dévoué. Les quatre premiers se font très vite congédier. Mais le cinquième, qui sera la dernière, semble
le prendre à son propre jeu...
Presque entièrement dialogué pour mieux
mettre en exergue les duels successifs du protagoniste avec les journalistes, ce premier roman témoigne néanmoins de la plume d'Amélie Nothomb, qui se révèle ironique, mordante, inventive,
machiavélique, cynique, cruelle. Cette dernière met en scène un écrivain antipathique, vicéralement mysogine et mysanthrope, un obèse provocateur, bouffi d'orgueil, jouissant du plaisir
d'éconduire les journalistes l'un après l'autre, et qui va rencontrer en la personne d'une jeune "fouille-merde" sûre d'elle, son double. Pourtant, le lecteur n'est pas non plus du côté de ces
journalistes, qui l'un après l'autre se croient plus habiles que les précédents. Parfois même, il pourrait en retirer pour lui-même quelques pensées bien senties :
"moi,
je lis comme je mange : ça ne signifie pas seulement que j'en ai besoin, ça signifie surtout que ça entre dans mes composantes et que ça les modifie." (p. 69)
Ainsi, "on ne regarde plus les jeunes filles en imperméable comme avant, quand on a lu un Léo Malet." (p. 70)
Bien au contraire, un peu comme un arbitre dans une partie de tennis, le lecteur observe les victoires successives du personnage principal, que le cynisme rend presque sympathique, avant de jouir
de cette longue joute de répliques cinglantes entre le vieil écrivain et cette journaliste, laquelle va se transformer en interrogatoire serré qui va dévoiler, à partir d'un roman inachevé mis en
abîme, Hygiène de l'assassin, le passé du premier.
Croyez-moi, si vous ne l'avez lu, vous passerez un bon moment en sa compagnie.
n.b. : merci à Aurélie pour cette lecture !
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Dimanche 16 mars 2008
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"Le moyen le plus efficace d'apprendre le japonais me parut d'enseigner le français"
(Incipit, p. 7), qui plus est entamer avec cet élève japonais une relation qui, d'amicale, devient amoureuse...
On retrouve Amélie dans la reprise de sa biographie, cette fois située chronologiquement bien après Métaphysique des tubes et Biographie de la Faim et juste avant Stupeur et
tremblements. Elle aura d'ailleurs bientôt épuisé cette ressource, si rien de plus excitant ne lui est arrivé depuis.
L'effet Amélie Nothomb s'est quelque peu éventé. On suit les découvertes d'Amélie Nothomb au pays nippon sans réel plaisir, jusqu'aux deux tiers du roman. La fameuse s-cène de l'hôtesse au milieu
des onze convives éveille un peu l'intérêt, suivie par cette odyssée en pleine montagne qui lui fait dire :
"Dorénavant, parmi les nombreux autres qui m'habitent, il y aura la pauvresse de la montagne. Il y aura aussi Zarathoustra dansant avec le mont Fuji sur la ligne de faîte. Je serai toujours
tous ceux-là, en plus de ce que j'étais." (p. 187-188).
A cette réflexion bien sentie s'ajoute aussi cet éloge de la fuite :
"La fuite donne la plus formidable sensation de liberté qui se puisse éprouver." (p. 233-235)
Voilà tout. J'ai reposé le roman, me disant qu'il m'avait moins déçu que le précédent, mais qu'il n'avait pas suffi à susciter en moi
quelque émotion, même un sourire.
NOTHOMB, Amélie. - Ni d'Eve ni
d'Adam. - Albin Michel, 2007. - 244 p.. - ISBN : 978-2-226-17964-7 : 17,90 €.
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Vendredi 28 septembre 2007
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Urbain se remet difficilement d'une déception amoureuse. Viré de son boulot, il en trouve un autre pour lequel il
reprend enfin goût à quelque chose : tuer des inconnus. Un jour, sa mission consiste à tuer un
ministre et toute sa famille dans leur maison de campagne. Il y trouve la fille aînée visant son père d'un révolver...
En voilà un, emprunté en bibliothèque, que je suis bien heureuse de ne pas avoir acheté ! Et de ne pas avoir terminé :
j'en ai lu plus de la moitié puis, lasse, déçue, j'ai survolé le reste, agacée à l'idée de perdre mon temps quand d'autres romans m'attendaient. Ce n'est même pas la peine d'entrer dans le détail... Amélie Nothomb signe là, à mon sens, le plus mauvais roman que j'ai pu lire d'elle. Autant oublier la cuvée 2006 et voyons ce qu'elle
nous réserve pour la rentrée prochaine.
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Mercredi 20 juin 2007
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Nancy Huston
part de ces dernières années en Californie - le 11 septembre, le président Bush, le gouverneur Schwarzy - vues à travers le prisme d'un garçon de six ans, Sol, dorloté par sa maman, et partant en
voyage en Allemagne avec sa grand-mère juive pratiquante et son arrière-grand-mère allemande pour des raisons qui lui échappent totalement. Elle remonte ensuite une génération, en 1982, par les
yeux du père cette fois, Randall, alors âgé de six ans, dont la mère, future docteur "du Mal", poursuit des recherches sur le passé de sa propre mère d'abord en Allemagne puis en Israël. 1962 :
c'est l'enfance de Sadie, sa mère, au même âge, vouant une admiration sans borne pour sa mère chanteuse, Kristina, et trouve un père en son beau-père, Peter Silbermann qui, lui, est juif.
1944-1945 : Kristina adore sa famille, jusqu'à ce qu'un jeune garçon y entre et lui confirme ses soupçons...
Forte ! Elle est vraiment très forte, cette Nancy Huston. D'abord d'avoir eu cette idée particulièrement originale de remonter le temps dans cette famille
américaine-type sur quatre générations, jusqu'au dévoilement du secret, mais surtout, surtout, d'avoir su montrer un univers familial à travers les yeux de ces
enfants de six ans, recevant au fil des générations une éducation différente, ces père ou mère, grand-mère ou arrière-grand-mère redevenant tour à tour les enfants qu'ils avaient été,
découvrant des vérités ou intrigués par des secrets, dans une chaîne sans fin portant néanmoins un signe de reconnaissance qui prouve leur appartenance à une même lignée. Le premier univers des
années 2000 est d'ailleurs déconcertant de cruauté et d'humour : ce petit Dieu vivant, égoïste, ne semble plus rien n'avoir d'innocent. Est-ce donc ainsi
que Nancy Huston perçoit le nouveau règne de l'enfant-roi dans cette famille américaine de base, applaudissant les exploits de l'armée de Bush en Irak ? Les univers suivants nous détrompent peu à
peu de cette première mauvaise impression, et laissent progressivement entrevoir l'absurdité d'une Histoire qui ne connaît que l'aveuglement et l'égoïsme, et non l'amour et le partage.
Un excellent roman, au procédé ingénieux, dont je continue à penser que l'on en a trop peu parlé lors de cette rentrée.
HUSTON, Nancy. - Lignes de faille. - Actes Sud, 2006. - 487 p.. - ISBN : 2-7427-6259-0 : 21,60 €.
Mots clés : Enfance / 1939-1945 / Allemagne / Israël / Liban / 2000- / Relation parent
- enfant
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Dimanche 15 octobre 2006
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Faire l'amour / Jean-Philippe Toussaint
Incipit :
"J'avais fait remplir un flacon d'acide chlorydrique, et je le gardais sur moi en permanence, avec l'idée de le jetre un jour à la gueule de quelqu'un."
Cette nuit sera la dernière. Ils le savent tous deux. Et c'est dans la chambre d'un palace de Tokyo qu'ils avortent cette dernière nuit d'amour, une chambre encombrée par les innombrables robes créées par Marie, véritables oeuvres d'art destinées à être exposées au Musée. Ils s'aiment encore, mais ne se supportent plus, et, entre deux étreintes, Marie laisse couler ses larmes...
Extrait :
"Nous ne nous étions pas embrassés tout de suite cette nuit-là. Non, pas tout de suite. Mais qui n'aime prolonger ce moment délicieux qui précède le premier baiser, quand deux êtres qui ressentent l'un pour l'autre quelque inclination amoureuse ont déjà tacitement décidé de s'embrasser, que leurs yeux le savent, leurs sourires le devinent, que leurs lèvres et leurs mains le pressentent, mais qu'ils diffèrent encore le moment d'effleurer tendrement leurs bouches pour la première fois ?"
Quittant l'apparante froideur et la violence contenue de La Salle de bain, Jean-Philippe Toussaint décrit ici une déchirure, une rupture entre deux êtres qui s'aiment encore, se cherchent, et cela sans jamais tomber dans le pathos ; au contraire, il rend évidentes et criantes de douleur certaines scènes d'un érotisme teinté de mélancolie, d'une perte attendue, de la certitude d'une absence à venir dans l'instant présent.
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Dimanche 25 décembre 2005
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21:49
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