Littératures du Proche-Orient

Dans un Kaboul caniculaire où les talibans épient le moindre manquement aux lois établies, deux couples se déchirent. Tandis qu'Atiq, geôlier, fuit le domicile conjugal où son épouse Mussarat dépérit d'une maladie incurable, Zunaira, belle et brillante, interdite d'exercer son métier d'avocate, ne reconnait plus son mari, Mohsen, et ne se reconnait plus elle-même, emprisonnée sous son tchadri, à qui on a retiré toute liberté et toute dignité...

"Depuis cette altercation dans la rue de Kaboul, il ne distingue plus le jour de la nuit. Quelque chose d'irréversible a sanctionné cette maudite sortie. Si seulement il avait écouté sa femme ! Comment a-t-il pu croire que les promenades d'amour étaient encore possibles dans une ville aux allures de mouroir, infestée d'énergumènes rébarbatifs portant dans le regard la noirceur de la nuit des temps ?" (p. 121)

C'est une magnifique oraison funèbre que ce roman, celle de la liberté, de l'amour et de la vie, confisqués par l'extrémisme religieux, tout comme un hommage rendu à toutes ces femmes dont on bâillonne l'identité et la valeur, à la Femme et à leur Amour. Un miroir sans concession d'une situation intolérable. Lire Les Hirondelles de Kaboul suffit à faire naître un sourd sentiment de révolte. Quand la puissance d'évocation de la fiction devient plus forte et plus dure que tous les essais et documentaires... 


Dimanche 26 avril 2009
- Recommander - Voir les 2 commentaires - Ecrire un commentaire
Publié en Israël en 2007

Dérision et autodérision
undefined
Invité dans un centre culturel lors du soirée organisée en son honneur, un auteur laisse son esprit battre la campagne et imagine la biographie banale de ceux et celles qui attirent son attention : une serveuse, le délégué à la culture, la lectrice vivant seule avec son chat, l'adolescent poète tourmenté, la grosse femme assoiffée de culture,...

L'excellente critique qu'en avait fait Pierre Assouline sur son blog m'a incitée à lire ce roman, d'autant que le prochain Salon du Livre mettra à l'honneur la littérature israëlienne. Peut-être aurait-il dû être moins élogieux sur ce roman tournant en dérision ce que l'on pourrait appeler le service après-vente des auteurs, savoureux et si juste selon lui, car le roman m'a déçue :
Pourquoi ? Le texte d'abord, sans finesse ou subtilité particulière. L'exploitation du sujet ensuite, réduite à un simple épisode, à une soirée décrite de manière assez sordide, certes peuplée de personnages confrontés à leur solitude, chacun à leur manière, (et même l'auteur n'échappe pas à sa critique acerbe), mais sans creuser plus loin, sans en tirer quoi que ce soit, sinon le dégoût de ces simulacres de rencontres qui, au mieux, permettent à l'auteur de se retrouver au plumard avec la fan du coin. Pour tout imaginaire, il me semble que l'auteur nous a brossé le portrait d'une galerie de stéréotypes.
L'entrée en matière m'avait mise en appétit. Ensuite, il n'y a vraiment pas de quoi fouetter un chat.

"Impossible de savoir si elle tient ou pas à ce que l'auteur, ce personnage connu, un peu trop gentil, courtois, voire paternaliste, à un point que c'en est pénible, monte avec elle. Il a une idée derrière la tête, mais laquelle exactement ? Désire-t-elle ou redoute-t-elle sa présence ? Maintenant ? En sortant, a-t-elle ou non oublié son soutien-gorge noir sur le dossier de sa chaise ? Et si oui, de quel côté ? Pourvu qu'on ne puisse pas voir les baleines !" (p. 55)

OZ, Amos. – Vie et mort en quatre rimes / trad. de l'hébreu par Sylvie Cohen. – Gallimard, 2008. – 131 p.. – ISBN 978-2-07-078535-3 : 13,50 €.

Dimanche 10 février 2008
- Recommander - Voir les 4 commentaires - Ecrire un commentaire
Le non de Klara / Aaron Soazig

Klara, l'héroïne, revient d'Auschwitz en 1945. Méconnaissable. Non seulement physiquement (elle est chauve, maigre, détruite), mais aussi psychiquement puisque à l'intérieur Klara n'est plus qu'un champ de ruines. A son amie et belle-soeur Angélika qui l'accueille, elle raconte froidement ce qu'elle a vécu, et refusera de revoir sa fille car, dira-t-elle un jour, elle sent la mort, et ne souhaite pas faire sentir cette odeur à une toute petite fille dont la fraîcheur se flétrirait près d'elle. Elle sait qu'elle ne pourra plus jamais être heureuse ni insouciante et ne se sent pas le droit d'imposer ce qu'elle est devenue, c'est-à-dire une femme qui ne ressent plus rien, à sa fille de trois ans. Après un mois passé à Paris, le temps de régler quelques affaires, elle confie son enfant, sans l'avoir revue, à ses meilleurs amis et part pour toujours.
Que dire de plus après un tel résumé ?

AARON, Soazig. – Le non de Klara. -  Maurice Nadeau, 2002. – 186 p.

Mardi 27 décembre 2005
- Recommander - Voir les 1 commentaires - Ecrire un commentaire

Dans la veine de Kafka, trempant sa plume dans l’'humour noir et le minimalisme, cet écrivain israélien égrène la vie quotidienne des gens du commun, sans effleurer ou si peu le conflit avec la Palestine. Il a choisi la forme du récit bref de quelques pages et l’emploi du « je » pour entrer plus vite dans le vif du sujet de ces 48 nouvelles. On grimace beaucoup à la lecture de quelques textes macabres tels que « Mon frère est déprimé », « Le chapeau du magicien », « Langue étrangère » où le père se noie dans son bain pendant que ses fils discutent dans la pièce voisine pour savoir si leur cadeau lui a plu. Etgar Keret porte ainsi un regard désillusionné, plein d’ironie mordante, sur la vie d’un monde à la dérive : violence conjugale, meurtre, préjugés, endoctrinement scolaire. Mais ce regard, il le fait aussi pétiller par quelques clins d’œil, comme ces exceptions à la règle que sont l’« histoire du chauffeur d’autobus qui voulait être dieu » ou « de bonnes intentions ». Dans ce recueil écrit au scalpel, cet auteur, parmi les plus populaires de sa génération en Israël, fait éclater au grand jour l’étrange et inquiétante absurdité de notre quotidien.


Lecture d'avril 2003. Rencontre-dédicace le samedi 15 mars 2008.

KERET, Etgar. – Crise d’asthme. – Actes sud, 2002. – 208 p. : couv. ill. en coul. ; 19 cm. - ISBN : 2 7427 4093 7 : 18 €.


Mercredi 2 novembre 2005
- Recommander - Voir les 0 commentaires - Ecrire un commentaire

Coup de coeur

Des hommes
de
Laurent Mauvignier

Mes étoiles

Pour s'y retrouver :

****
Un livre qui m'a profondément marquée. Incontourna
ble.
***   Un livre que j'ai adoré et que je conseille fortement à mon entourage.
**     Un livre que j'ai beaucoup apprécié.
*       Un livre que j'ai apprécié, et que j'ai peut-être ajouté à ma bibliothèque.
Quant aux livres sans *, je ne les ai pas appréciés. Parfois même je pourrais les avoir détestés !

Carnets de SeL

Recommander

 
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés