Littératures hispano-américaines

El color de la piel (Chili, 2003)
Traduit de l'espagnol (Chili) par Bertille Hausberg


Au Chili, ce sont les Péruviens qui immigrent clandestinement et s'entassent à une vingtaine dans un hangar. L'un d'eux, jeune et beau, venu à Santiago pour y chercher aussi du travail, vient de disparaître et c'est vers Heredia, détective privé, que se tourne son aîné sans le sou... 

Sans prétendre proposer une intrigue bien haletante, ce petit polar n'en est pas moins sympathique : nous retrouvons avec plaisir Heredia (Les Yeux du coeur*, 2007), ce détective privé mélancolique atypique, à qui son chat Simenon et ses chers livres tiennent compagnie, que Ramon Diaz-Eterovic fait plonger dans l'univers glauque d'un Santiago xénophobe, jalonné de personnages secondaires hauts en couleurs. Ainsi, après la chasse aux sorcières de la CIA, l'auteur dénonce cette fois le racisme qui gangrène la capitale chilienne, tout en en faisant sentir la chaleur humaine de ses laissés pour compte.

DIAZ-ETEROVIC, Ramon. - La couleur de la peau. - Métailié, 2008. – 227 p.. - ISBN : 978-2-86424-655-8 : 18 €.

Dimanche 22 juin 2008
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Titre original :  El origen de la tristesa (Argentine), 2004

Au Viaduc, dans un quartier populaire du Brésil dans les années 70, Gabriel traîne tantôt dans un cimetière pour gagner quelques sous avec Rolando, tantôt seul dans l'atelier de son père couvert d'affiches de jeunes femmes aguichantes comme Andrea C., tantôt avec ses amis pour jouer au foot dans les terrains vagues, se prendre ses premières cuites et ses premiers émois sexuels ou planifier la première passe du groupe avec des prostituées. Inéluctablement, il va quitter, avec ses treize ans, l'âge de l'innocence pour prendre de plein fouet le chemin du monde des adultes, hanté par le désir sexuel, la tristesse, le suicide et la mort...

"Je lui ai répondu que je savais aussi me la secouer tout seul mais j'ai tout de suite regretté : Fernando était en train de m'aider, avec sollicitude et beaucoup d'assurance dans la gestion de la situation. C'était injuste de lui avoir répondu comme cela. La maison de sa mère était une des seules, à l'époque, à avoir le téléphone, et la question de Fernando était logique, ou du moins bien intentionnée. Mais j'étais furieux. Je regardais maman et je faisais un effort pour ne pas la détester de toutes mes forces. Elle m'apparaissait soudain comme une menteuse. Elle nous avait toujours dit qu'elle nous aimait très fort mais là, elle n'avait même pas pensé à nous et elle avait essayé de se tuer." (p. 123)

Comme dans La guerre des boutons, on suit les jeux et mésaventures de ces gamins de rue : Gabriel, Alejandro le grand frère, Te Deum, le gros Carlos, le Rat, la Perche, le Chinois, le Roux et Rindone, accompagnés de Marisa, un garçon manqué que tout le monde veut dans son équipe au foot, mais dont le corps se transforme aussi. Pablo Ramos a su croquer un petit bonhomme un peu rebelle, plein d'énergie à revendre pour se faire une place dans un monde qui n'a rien de tendre, et cueillir la fraîcheur mêlée de dangers et de peurs de cette transition entre deux âges, où déjà il y a derrière chaque acte, chaque pensée, chaque intention, un désir de s'affirmer, d'imiter les grands en secret, en se masturbant devant les pin-ups, en buvant du vin à outrance, ou en gagnant pour la première fois un peu d'argent afin d'offrir un beau cadeau à sa mère au ventre prêt à exploser, comme un fruit trop mûr, pour donner naissance à une petite soeur. Un roman d'apprentissage, tout à la fois drôle et émouvant, qui se lit d'une traite.

RAMOS, Pablo. – L'origine de la tristesse / trad. de l'espagnol (Argentine) par René Solis. – Métailié, 2008. – 149 p.. – ISBN 978-2-86424-652-7 : 17 €.

Dimanche 27 avril 2008
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Titre original : El sindrome de Ulises (2005)

Traduit de l'espagnol (Colombie) par Claude Bleton


Débarqué à Paris pour suivre un doctorat en littérature à la Sorbonne, Esteban vit de petits boulots pour pouvoir y survivre. Il rencontre tout un tas de jeunes immigrés comme lui, latino-américains, marocains, coréens, roumains, africains, turcs, portant chacun son histoire, la plupart sans le sou tout comme lui, mais solidaires. Il subsiste un seul moyen pour eux d'oublier leur errance ou leur misère : le sexe. Et parallèlement à ces liaisons nocturnes qu'Esteban va faire la connaissance de quelques écrivains, qui vont ressusciter en lui le goût d'écrire...

Le style
d'abord ne nous happe pas, avec ses phrases à rallonge aux ponctuations sans fin, entrecoupées, ni son histoire d'ailleurs, au quotidien grisâtre et insipide, et puis, de fil en aiguille, on se prend d'affection pour ce jeune gars habitué aux vaches maigres, on a envie de savoir, de découvrir une par une l'histoire de ces immigrés venus des quatre coins du globe pour trouver à Paris l'Eldorado, acceptant, malgré leurs diplômes, devenus sans valeur en France, de se retrouver à la plonge ou de se prostituer pour vivre. Un roman campant avec tendresse quelques visages de l'immigration d'aujourd'hui.

Extraits :

"Khaïr-Eddine se mit à parler sur un rythme étrange, balançant le corps d'avant en arrière, sa cigarette sur le point de lui brûler les doigts, déclarant qu'il admirait la littérature de mon continent, dont il loua l'imagination et la richesse, et aussi les idées, et il me demanda si j'écrivais, ce qui me remplit de confusion car j'écrivais, certes, mais je n'aimais pas le dire, surtout depuis que j'étais à Paris. Néanmoins, je répondis la vérité, oui, je lui dis, j'écris, et je vidai d'un tarit ce qui me restait dans mon verre, une réaction nerveuse sans raison précise, peut-être gagner du temps avant de revenir à la question, à laquelle ma réponse laconique n'avait pas entièrement répondu, mais Salim et Khaïr-Eddine ne nous quittaient pas des yeux, mon verre vide et moi, et comme je ne disais rien il revint à la charge, quel genre de littérature ? Poésie, prose ? Prose, c'est ce que j'aime lire, je répondis aussitôt (...)." p. 73

"(...) mais avec un regard perçant qui semblait émerger d'une caverne obscure et une expression pénétrante accentuée par l'ébriété, Khaïr-Eddine revint à la charge et me dit pourquoi vous n'aimez pas parler de ce que vous écrivez ? Ce n'est pas que je n'aime pas, je lui dis, c'est que je ne crois pas que ça présente le moindre intérêt, ça n'existe pas encore, ça ne sera peut-être jamais publié (...)." ( p. 73-74)

" Et ils me bombardèrent de questions sur la Colombie, sur mon arrivée à Paris, avides de partager leurs récriminations sur la difficulté d'y subsister, et surtout l'envie d'être ailleurs, là où le soleil brille et la vie est plus heureuse, un sujet sur lequel les Parisiens sont intarissables quand ils se réunissent, car c'est à ma connaissance la seule ville que ses habitants rêvent de quitter tout en faisant l'impossible pour pouvoir y rester."  (p. 251-252).

Métailié, 2007. - 358 p.. - 21 €.

Dimanche 9 septembre 2007
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Titre original : El ojo del alma

Traduit de l'espagnol (Chili) par Bertille Hausberg


Un détective privé solitaire est chargé de retrouver un ancien ami qu'il avait connu à l'université, durant ses années de militantisme, lesquelles avaient mal tourné, l'un des leurs ayant été trahi par l'un des membres du groupe. Heredia, désabusé, avait très vite décidé de tourner la page, abandonnant ses études, et voilà que soudain on lui glisse sous le nez cette vieille photographie du groupe, dont trois sont entourés d'un cercle rouge, les deux premiers étant décédés de mort violente , et le troisième précisément le disparu...

Ramon Diaz nous dépeint un Chili encore sous l'emprise de la CIA, pourchassant sans relâche les sympathisants communistes ou considérés comme tels. Dans ce climat de terreur, où les gens disparaissent, chacun soupçonne l'autre de délation. Le personnage d'Heredia en fait les frais : réussir dans la vie, réussir sa vie, sont devenus de vaines expressions pour lui qui n'a plus foi en qui que ce soit, à tel point qu'il fuit toute relation durable avec autrui, si ce n'est avec son chat. Un roman noir, d'autant plus noir qu'il dépeint la noirceur humaine mais surtout l'extinction de tout espoir en l'autre.


DIAZ ETEROVIC, Ramon. - Les yeux du coeur / trad. de l'espagnol (Chili) par Bertille Hausberg. - Métailié, 2007. - 259 p.. - (Bibliothèque hispano-américaine). - ISBN : 978-2-86424-604-6 : 18 €.

Lundi 21 mai 2007
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Titre original : Manos en la nuca
trad. de l'espagnol (Chili) par Bertille Hausberg


Ce 11 septembre 1973, la journée commence et finit mal pour Rafael : le président Allende vient d’être renversé, la chasse aux sympathisants a commencé, sa femme, activiste, part avec son fils, lui crachant son mépris, poète et communiste sans envergure, planté là à fumer son cannabis, il est arrêté, croit mourir avant d’arriver au Stade national pour y rester enfermé et torturé avec d’autres prisonniers, politiques, artistes, journalistes. Rafael invente alors les aventures du petit Camilo, et fait ainsi sortir, grâce à son imaginaire, son auditoire de cet enfer.

Angel Parra n’expose pas ici une vision d’ensemble des événements qui se sont déroulés au Chili en 1973, mais relate son expérience personnelle, la vision parcellaire d’un homme qui s’attend à tout instant à mourir, le premier jour les yeux bandés, entendant les tirs sur les autres prisonniers, les mois suivants sous la torture. Dans cet épisode atroce de sa vie où seules la solidarité et la poésie aident à survivre, le narrateur distille ainsi de la bonne humeur par le biais de l’histoire tendre, amusante et salace de ce petit garçon fictif. Si je vous dis que, peu emballée par le style, j'ai moyennement accroché, je vous paraitrais insensible ?

PARRA, Angel. – Mains sur la nuque / trad. de l'espagnol (Chili) par Bertille Hausberg. - Métailié, 2007. - 138 p.. - (Bibliothèque hispano-américaine). - ISBN : 978-2-86424-605-3 : 16 €.

Mercredi 7 mars 2007
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Titre original : Cielos de Tango, traduit de l'espagnol (Argentine)



 

De passage à Paris, Luis, argentin, va au Latino voir les Français danser le tango et repère tout de suite Ana, qui le danse divinement bien, bien qu’elle exècre l’Argentine, terre de ses aïeux dont son père ne garde que de mauvais souvenirs. De fil en aiguille, Luis lui propose de co-écrire avec lui un scénario sur le lien qui unit leurs ancêtres au tango. Ils font débuter cette fresque familiale à la fin du Xxe siècle, aux amours contrariés par des clivages sociaux, sur fond de tourmente populaire. Le tango, naissant et vivant dans les maisons closes et les quartiers populaires de La Boca, est alors méprisé par la bourgeoisie, tandis qu’il s’exporte et devient à la mode dans tout Paris…


Roman polyphonique, Tango mêle avec brio la voix des vivants et des morts, celle du Tango personnifié, les espaces entre l’Argentine, Paris, Biarritz et l’Espagne, le temps présent de cette idylle naissante et celles passées ou contrariées de leurs ancêtres, tous violemment animés par la passion du tango. Sensualité, militantisme, mariage d’intérêt et passions étouffées m'ont fait préférer de beaucoup les récits appartenant au passé aux interruptions du présent.

 

Lire aussi l'article sur le site du tango argentin et sur celui très complet... de L'Humanité.


OSORIO, Elsa. – Tango / trad. de l’espagnol (Argentine) par Jean-Marie Saint-Lu. – Métailié, 2007. – 418 p.. – ISBN : 978-2-86424-596-4 : 22 €.


Mardi 30 janvier 2007
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amour - musique - anarchisme - condition ouvrière

Traduit de l'espagnol (Chili) par Bertille Hausberg

Il faut un peu s'accrocher au départ avant de se laisser naturellement guider par l'histoire d'amour qui va bouleverser Mademoiselle Golondrina del Rosario, jeune femme à la silhouette éthérée, qui, "en plus de l'extraordinaire beauté  et de la blancheur quasi translucide de sa peau", "avait hérité de sa mère une sensibilité artistique raffinée", transfigurant les pires films muets au piano, et donnant des leçons de déclamations poétiques aux fillettes. Car cette jeune femme, admirée de tous, ne semble pas avoir été souillée par le sable, les chiures de charognards, l'alcool et la luxure de cette petite ville de Pampa Union située en plein désert, dans les bordels et tavernes de laquelle les milliers de mineurs du salpêtre des environs viennent dépenser leur maigre pitance. Or Mademoiselle Golondrina del Rosario croit s'évanouir de confusion le jour où, parmi les musiciens qui se présentent à l'annonce municipale pour constituer une fanfare digne d'accueillir le Président, elle reconnaît en un trompettiste le rouquin au sourire ravageur qui, fuyant les carabiniers sur les toits il y a quelques années, atterrissait dans ses bras, lui laissant le souvenir d'une nuit de passion avant de quitter la ville...

Tenez pendant les 70 premières pages -- deux de mes collègues l'ont abandonné -- et vous découvrirez une histoire d'amour belle et tragique, qui fera pleurer les jeunes demoiselles et peut-être les moins jeunes. Mais, entendons-nous bien, il s'agit d'une vraie et belle histoire d'amour qui, si elle accuse certains poncifs que ne désavouerait pas la collection Harlequin, a tout de la matière vivante et haute en couleurs qui fait un bon roman. La peinture pittoresque de cette ville qui n'aura existé que 40 ans, de cette histoire d'amour devenue légende, de ce drame qui nous fait tressaillir de colère impuissante, nous le prouve. Toujours touchante, la plume de Hernan Rivera Letelier se fait légère et drôle lorsqu'elle évoque les soirées de beuveries des compagnons de la fanfare. Il conte aussi les malheurs de ces pauvres gens, les rendant profondément attachants. Il clôt enfin son récit par un dénouement qui réconcilie le tragique des histoires d'amour et celui des utopies héroïques. Une bien belle histoire, comme je vous le disais.

Dimanche 17 décembre 2006
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Coup de coeur

Des hommes
de
Laurent Mauvignier

Mes étoiles

Pour s'y retrouver :

****
Un livre qui m'a profondément marquée. Incontourna
ble.
***   Un livre que j'ai adoré et que je conseille fortement à mon entourage.
**     Un livre que j'ai beaucoup apprécié.
*       Un livre que j'ai apprécié, et que j'ai peut-être ajouté à ma bibliothèque.
Quant aux livres sans *, je ne les ai pas appréciés. Parfois même je pourrais les avoir détestés !

Carnets de SeL

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