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Carnets de SeL

Titre original :  Keritai senaka (Japon, 2003)

Depuis son entrée au lycée, Hasegawa regarde sa meilleure amie, Kinuyo, s'éloigner d'elle pour se fondre dans un autre groupe, sans un mouvement pour la rejoindre et feindre leur bonne humeur. Elle se retrouve ainsi confinée à l'intérieur de cette solitude qu'elle a tissée autour d'elle, comme un cocon qui la protègerait des autres et du monde extérieur. Dans sa classe, il y a pourtant encore plus solitaire qu'elle, un garçon, Ninagawa, qui s'intéresse brusquement à elle quand elle lui apprend avoir rencontré un jour un top model dont il est fan jusqu'à l'obsession...

Alors âgée de 19 ans, Wataya Risa est la plus jeune lauréate jamais couronnée du prix Akutagawa (le Goncourt japonais). Nul doute qu'elle se soit inspiré de sa propre adolescence pour imaginer ce journal d'une jeune fille tiraillée entre l'envie de sortir de cette solitude dans laquelle elle s'est elle-même murée et le refus de se livrer à la mascarade des groupes constitués. Son personnage va ainsi se sentir irrésistiblement attiré par l'autre "rebut" de la classe, encore plus replié sur lui-même qu'elle, partagée là encore entre le désir de le voir souffrir une bonne fois pour toutes en se sentant rejeté par ce mannequin vedette et celui de poser les lèvres sur les siennes, sans bien savoir qu'il s'agit là des premiers tourments de l'amour :  

"Je veux que quelqu'un délie un à un tous les fils noirs qui sont pris dans mon coeur comme on détache un à un les cheveux pris dans un peigne, et les jette à la corbeille." (p. 105)

Un petit roman d'apprentissage charmant, oscillant entre la lucidité acerbe jusqu'au malaise de l'adolescence et la sensibilité de cet âge innocent qui se découvre petit à petit.

WATAYA, Risa – Appel du pied / trad. du japonais par Patrick Honnoré. - Picquier, 2008. – 163 p.. – (Picquier poche). - ISBN 978-2-8097-0016-9 : 6 €.

publié dans : Littérature japonaise
Dimanche 13 avril 2008
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Pays de neige / Yasunari Kawabata

Titre original : 雪国 (Yukiguni), trad. du japonais par Bunkichi Fujimori


Dans le train qui l'emmène de Tokyo à une petite station thermale du Pays de neige où il compte retrouver Komako, une geisha pleine de talents et d'abnégations, Shimamura, un mari désoeuvré, reste ébloui par la pureté du visage et de la voix de Yôko, une jeune femme du pays prenant soin d'un malade. Or Shimamura finit par apprendre que Komako s'est sacrifiée pour cet homme malade avec lequel elle a grandi chez sa maîtresse, professeur de musique, et dont s'occupe à présent Yôko dans la même maison. Pourtant c'est lui qu'elle aime, et elle devine la fascination que Yôko peut exercer sur lui...

Le roman s'épanouit autour de cette relation triangulaire pleine d'on-dits et de non-dits, la blancheur et la pureté de la neige où est nettoyé le linge se reflétant sur le visage de ces deux jeunes femmes, comme la vitre du train les yeux magnifiques de Yôko (qui constitue mon passage préféré). Il se consumera dans un dénouement dramatique tout aussi ambigu que cette relation qui semble totalement dépasser cet homme vivant uniquement le moment présent. La poésie qui se dégage de ce paysage à la blancheur éclatante au sein duquel se blottit le village, se protégeant du froid, la subtilité avec laquelle sont exprimés les sentiments des personnages, quelques ellipses laissant imaginer plus sûrement leurs pensées, ne parviennent pourtant pas à me laisser l'image forte que j'ai conservée de Tristesse et beauté.


Albin Michel
252 p.


publié dans : Littérature japonaise
Mardi 21 août 2007
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La ballade de l'impossible / Haruki Murakami

Titre original : Norway no mori (1987)
traduit du japonais par Rose-Marie Makino-Fayolle (1994)


Dans le Boeing atterrissant à Hambourg, Watanabe est pris d'un vertige : il retourne dans cette prairie où il se trouvait 20 ans auparavant avec Naoko, et peine à se remémorer sa silhouette et son visage, qui se sont malheureusement estompés, mais dont il comprend mieux les pensées...
Logeant dans un foyer d'étudiants à Tokyo, Watanabe, alors âgé de dix-huit ans, retrouve par hasard une amie d'enfance, Naoko. Un fantôme se dresse entre eux, celui de Kizuki qui s'est suicidé à l'époque du lycée, ami de l'un, petit ami de l'autre qui le connaissait depuis toujours, fantôme qui les unit dans son souvenir mais les empêche aussi de s'aimer. Ils passent ainsi tous deux leurs journées à marcher l'un derrière l'autre, sans un mot. Un jour, Naoko disparaît, sans laisser de trace. Il rencontre alors Midori, étudiante comme lui, fantasque, qui, après avoir perdu sa mère, donne les derniers soins à son père.
Quelques mois passent, et une lettre de Naoko arrive : perturbée, elle est partie s'isoler dans une maison de repos, en montagne...

Haruki Murakami prend le pouls de son lecteur pendant toute la première partie, l'intégrant lentement dans l'atmosphère estudiantine, où chacun peut se sentir très seul : l'amitié est rare pour ceux qui se sentent un peu à part, la prise de conscience de la mort faisant partie intégrante de la vie est brutale, le deuil difficile, voire impossible pour les êtres les plus fragiles, la communication avec les autres compliquée, d'autant qu'on ne se comprend pas soi-même... et l'amour, l'amour ne se devine pas au premier coup, lorsqu'on est à cet âge aveuglé par d'autres préoccupations. Ainsi, Haruki Murakami a dépeint une kyrielle de personnalités en lutte avec elles-mêmes : Watanabe, solitaire, grand amateur de Gatsby le magnifique, tiraillé par ses pulsions érotiques, le facho, maniaque passionné de cartographie, Nagasawa, personnage charismatique dont la vie comme la carrière n'est qu'un jeu, réussissant tout sans en tirer de satisfaction, Naoko, hantée par ses morts, quasi vierge au corps magnifique, Midori, jeune étudiante délurée en quête d'amour et d'attention, et Reiko, ancienne pianiste d'âge mûr, rayonnante, alors qu'elle reste persuadée de ne plus qu'être l'ombre de ce qu'elle aurait pu être. Quelle détresse poétique exhale ce roman, faisant succomber la plupart de ses adolescents à la tentation du suicide ! Car c'est un véritable roman d'apprentissage que voici, ses protagonistes devant surmonter la solitude, la souffrance et la mort de leurs proches, pour embrasser la vie et l'âge adulte, et enfin vivre pleinement leur amour. Un roman d'une remarquable sensibilité.
 
Merci à Flo de m'avoir offert ce roman, qui figurait depuis un bon moment sur ma liste !

Seuil (Points). - ISBN : 2-02-057939-1 : 8 €.

publié dans : Littérature japonaise
Samedi 5 mai 2007
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Tristesse et beauté / Yasunari Kawabata (1965)

Titre original : Utsukushisa to kanashimi to
Commencée en 1961 avec une publication en feuilleton, publiée en février 1965, ce sera la dernière oeuvre de Kawabata publiée de son vivant. Il sera traduit et publié en France en 1981.
Prix Nobel de Littérature en 1968.


Oki, écrivain vieillissant, décide d'aller à Kyoto écouter sonner les cloches des monastères annonçant le passage d'une année à l'autre. Sur place, il appelle Otoko, artiste peintre âgée à présent d'une quarantaine d'année. Il ne l'a pas revue depuis plus de vingt ans. A l'époque, Fumiko, son épouse, venait d'avoir son premier enfant, Taichirô, et cet homme alors âgé de trente ans avait abandonné cette jeune maîtresse de seize ans à son triste sort, après qu'elle ait perdu son bébé et tenté de se suicider, l'aimant toujours éperdument. Il a immortalisé cet amour passionné dans son roman le plus connu, Une jeune fille de seize ans. Mais cette nuit-là, Oki ne soufflera mot de ce passé à Otoko, qui ne restera jamais seule avec lui, semblant inséparable de Keiko, sa jeune élève d'une beauté époustouflante. Un jour, cette dernière se déplace jusque chez lui lui apporter ses toiles et rencontre son fils. A son retour, elle avoue à Otoko qu'elle souhaite la venger...

Quel ravissement que ce dernier roman de Kawabata, dont la subtilité laisse une impression de perfection, une fois sa lecture achevée ! Il exprime en notes toutes plus délicates les unes que les autres les thèmes de l'amour, de la beauté et de la jalousie : amour hétérosexuel, amour lesbien, amour maternel constituent les trois faces de cette relation quasi-triangulaire. Par le passé, les liens naissants d'une jeune famille y étaient plus puissants qu'une passion irrationnelle, dont ont souffert en silence la jeune épouse ainsi que la mère d'Otoko. Dans le présent, ils seront mis à mal par la jalousie diabolique de cette autre jeune fille passionnée, qui veut venger sa bien-aimée. Au fil de cette intrigue sont distillées sans cesse de très belles descriptions, tant de paysages que de blasons du corps féminin ou de scènes érotiques, ainsi que de profondes réflexions sur ces deux arts que sont la peinture et l'écriture. Toute critique est vaine devant ce petit bijou de raffinement. Un coup de coeur semblable au magnifique Fusil de chasse de
Inoué Yasushi. Décidément, ces Japonais....

190 pages - 5 €.

publié dans : Littérature japonaise
Samedi 6 janvier 2007
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Kafka sur le rivage / Haruki MURAKAMI

Traduit du japonais par Corinne Atlan

Haruki Murakami a ici dénoué le fil de deux histoires se construisant en parallèle. La première suit le parcours d'un garçon de quinze ans qui fugue de chez son père, s'y étant préparé depuis plusieurs années en suivant les conseils de Corbeau, un ami imaginaire. La seconde semble quasiment relever du traumatisme post-Hiroshima puis du merveilleux puisqu'elle relate la mission d'un vieillard, rendu à jamais débile par un événement surnaturel survenu dans son enfance, mais qui possède cette particularité de savoir parler aux chats et de faire pleuvoir tout ce qu'il souhaite. A partir du mythe d'Oedipe qu'il transpose dans le Japon contemporain et revisite avec les croyances d'un Japon ancestral, Murakami brode la trame tragique de ce jeune garçon qui se fait maintenant appeler Kafka Tamura, poursuivi par cette malédiction proférée par son propre père. Or une nuit il se réveille bel et bien couvert du sang de son père, qui réside pourtant à des centaines de kilomètres de l'île où il s'est réfugié...

Le traitement original du mythe d'Oedipe ne constitue absolument pas selon moi la grande réussite de ce roman. Ce qui m'a envoûtée, dans Kafka sur le rivage, c'est d'y retrouver un univers très proche, tout en demeurant différent, de celui de Paul Auster, où l'inexpliquable, l'absurde, le surnaturel parfois, intervient dans le quotidien de ses personnages quittant leur foyer, s'enfonçant au plus profond de leur dénuement et de leur solitude, pour se trouver eux-mêmes. C'est là la clé de ce roman d'apprentissage du fugueur qu'adolescent nous avons tous rêvé d'être, où la vie retourne à sa plus simple expression, où l'âme s'épure lentement, au contact du vieillard puis de la musique classique pour Hoshino, ou,
pour le jeune héros, de l'intimité d'une bibliothèque puis de l'austérité d'un refuge de montagne, rythmée par ses fantasmes et ses besoins naturels. C'est un grand roman, où sont distillées tout à la fois les essences du merveilleux, de la tragédie, du roman d'initiation et du roman d'aventures. Autant dire que ses 619 pages se lisent d'une traite !


publié dans : Littérature japonaise
Dimanche 16 juillet 2006
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Histoire d'un squelette / Eiki MATAYOSHI
traduit du japonais



    Célibataire, sans emploi, Meitetsu vient de perdre et la face et sa mère en se faisant arnaquer par un ancien collègue de sa boîte à bachot. Aussi, intrigué par un vieux fait divers découvert par hasard, relatant la découverte d'un squelette d'une femme enterrée au XIIe siècle, il décide d'aller voir, n'ayant rien à perdre. Là, il retrouve deux jeunes femmes qui l'ont connu au lycée, l'une protégeant sa découverte archéologique, l'autre son ancêtre qu'elle croit voir en ce squelette, toutes deux s'offrant à lui. La première l'embauche sur le site des fouilles, mais c'est de la seconde dont il s'éprend...
    Ce sont d'abord à l'histoire et aux moeurs profondément superstitieuses des habitants de l'île d'Okinawa,
annexée tardivement au Japon, que nous initie cet écrivain qui en est originaire, lauréat du prestigieux prix Akutagawa. Ainsi, en 45, le conflit meurtrier entre Japonais et Américains n'a pas épargné l'île, qui en fut la victime. Alimenté par de nombreux dialogues, ce roman contemporain oscille entre humour et croyances occultes, sans m'avoir séduite.

MATAYOSHI, Eiki. - Histoire d'un squelette. - Picquier, 2006. - 240 p.. - ISBN : 2-87730-839-1 : 19 €.

publié dans : Littérature japonaise
Dimanche 26 février 2006
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Mémoires d'une geisha / Yuki INOUE

Traduit du japonais

Vendue à l'âge de 8 ans à l'okiya Fukuya, en 1900, Kinu est destinée, comme beaucoup de fillettes pauvres à cette époque, à devenir une geisha. Alors que dix années d'ordinaire suffisent à rembourser la dette contractée dès son achat envers sa mère adoptive, ce sont quinze années qu'il lui faudra, toute sa jeunesse, pour s'acquitter de cet "emprunt" dû à sa vente, à ses maigres repas et à l'achat de ses vêtements. C'est le parcours initiatique d'une véritable esclave rebaptisée Suzumi que nous suivons. A l'âge de treize ans, Kinu subit le mizu-age, son dépucelage par un riche et vieux client, coutume lui faisant payer le prix fort : elle en gardera toute sa vie un terrible souvenir, et ne connaîtra jamais elle-même le plaisir jusqu'à l'âge de 30 ans où elle s'éprend de l'un de ses clients...

Plus qu'un récit, ce roman truffé d'explications sur les gestes et cérémonies traditionnels est un témoignage quasi-documentaire d'une geisha, émaillé de ses photographies : c'est une histoire vraie, un exemple parmi d'autres de la vie que pouvait mener ces femmes que leur condition sociale avait contraint les parents à les vendre comme esclave sexuelle. C'est en cet  aspect documentaire que réside son intérêt, l'histoire elle-même étant par ailleurs assez prenante.


INOUE, Yuki. - Mémoires d'une geisha / traduit du japonais par Karine Chesneau. - Picquier, 1997. - 279 p. : photogr. en n.b.. - ISBN : 2-87730-334-9 : 8,50 €.

publié dans : Littérature japonaise
Jeudi 23 février 2006
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