Littérature japonaise

Futago no hoshi, Kumo to namejuji to tanuki, Neko no jimusho, Mekura budo to niji, Yodaka no hoshi.
Contes traduits du japonais par Elisabeth Suetsugu



Imprégné du bouddhisme pratiqué par sa famille, la Vraie Secte de la Terre pure (Jôdôshinshû), Kenji Miyazawa met en scène, dans ces quatre contes écrits à partir de 1918,  des animaux, des insectes, des végétaux, et même des phénomènes climatiques et des étoiles, pour y traiter de la notion de bien et de mal. Le conte Les Jumeaux du ciel, trois histoires en une de l'arroseur arrosé avec L'araignée, la limace et le blaireau, la fable absurde si humaine du bureau des chats, le bref récit de La vigne sauvage et l'arc-en-ciel, et enfin le destin solitaire du Faucon de nuit devenu étoile : aucun n'est écrit pour les enfants, mais au contraire pour atteindre cet âge universel auquel seuls peuvent prétendre les contes. Aussi Miyazawa n'épargne en rien son lecteur ni ses personnages confrontés à la cruauté de la vie voire à son ironie. Mon préféré ? Celui qui a donné son titre au recueil, petite comédie humaine où l'injustice et l'envie régnant dans le microcosme bureaucratique éclatent sous l'absurdité de leur raison d'être.    

MIYAZAWA, Kenji. - Le bureau des chats / trad. du japonais par Elisabeth Suetsugu. - Arles : éditions Philippe Picquier, 2009. - 101 p.. ; 17*11 cm. - (Picquier poche). - ISBN 978-2-8097-0118-0 : 6 €.

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Vendredi 7 août 2009 5 07 08 2009 16:08
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Titre de l'édition originale : Supûtoniku no koibito

Traduit du japonais par Corinne Atlan

K., le narrateur, est amoureux de son amie Sumire, lectrice passionnée comme lui et écrivain en herbe, laquelle, au cours de sa vingt-deuxième année, tombe amoureuse pour la première fois... de Miu, une élégante femme mariée, de dix-sept ans son aînée, qui décide de l'embaucher comme secrétaire particulière. Mais Miu, qui semblait promise à une grande carrière internationale comme pianiste, semble comme cassée à l'intérieur : un événement, dont elle refuse de parler, aurait blanchi en une nuit ses cheveux à l'âge de vingt-cinq ans. Jusqu'où son secret va-t-il entraîner Sumire ?

"A l'époque, Sumire menait littéralement un combat désespéré pour devenir écrivain et vivre de sa plume. Peu lui importait la diversité des choix qui s'offrent à l'accomplissement d'une destinée humaine ; pour elle, il n'existait qu'une seule voie : écrire. Cette décision inébranlable ne pouvait souffrir aucun compromis. Sa vie et sa foi en la littérature ne faisaient qu'un." (p. 9-10)

Ce roman réunit toute une thématique susceptible de séduire ses lecteurs, constitués statistiquement de femmes : la passion de la lecture, de la littérature, de l'écriture, de la musique, le désir et l'amour. Dès l'incipit, en effet, on est d'ores-et-déjà conquis.  Que le narrateur soit un homme n'y change rien, au contraire : son regard amoureux valorise les deux protagonistes sans mise à distance. Pourtant, la solitude est omniprésente : K. et Sumire restent seuls avec leur désir, Miu s'est désolidarisée du monde des vivants, du monde des désirs. Chacun se côtoie sans jamais se toucher, se posséder, s'aimer, comme des satellites à la dérive. 
Dans toute la première partie du roman, le narrateur assiste à la métamorphose de son amie, d'ordinaire peu soucieuse de son apparence extérieure et mettant sa vocation d'écrivain au-dessus de toute autre activité, qui, par amour, prend une allure féminine et assagie, appliquée et consciencieuse, délaissant totalement l'écriture. Dans une seconde partie, ce n'est plus à une métamorphose que l'on assiste, mais à l'étrange disparition de Sumire : c'est là que le surnaturel intervient... Avec habileté, Haruki Murakami détourne le thème du miroir, qui fut beaucoup exploité dans la littérature fantastique, pour nous proposer une situation bien plus angoissante... à laquelle peut-être on a pu être confronté une fois,
heureusement sans cette issue, mais qui désormais nous trottera dans la tête chaque fois que l'occasion se présentera... Machiavélique.
Excellent. Vous serez conquis dès la première page. 


MURAKAMI, Haruki. - Les amants du Spoutnik / traduit du japonais par Corinne Atlan. - 270 p. : couv. ill. en coul.. - ISBN : 978-2-264-03932-3.

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Mercredi 20 août 2008 3 20 08 2008 10:08
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Titre original : Chuin no hana (Japon, 2001)

Médium, Mme Ume a prédit sa propre mort, laquelle s'accompagne de phénomènes inhabituels qu'observe Sokudô, jeune bonze qui a la charge d'un petit temple dans les montagnes, sans en dire un mot, tandis que sa femme Keiko lui confie l'avoir consultée après sa fausse couche...

Sous-directeur du temple Fukujuji de la secte zen Rinzai-Myôshinji, Genyû Sôkyû a reçu en 2001 le prix Akutagawa (le Goncourt japonais) pour cette histoire tirée de son expérience personnelle de bonze. Il n'en faut pas moins pour susciter l'intérêt, mais ce court "roman" le fait vite retomber, ne dégageant rien de vraiment intéressant, ni au niveau de l'intrigue, ni au niveau de la réflexion spirituelle.

"Il s'était bien dit que s'il gardait fortement la conscience qu'il était bonze, tout devrait aller bien : plus de cauchemars et pas question d'envoûtement." (p. 57)

GENYÛ, Sôkyû. – Au-delà des terres infinies / trad. du japonais par Corinne Quentin. - Picquier, 2008. – 117 p.. – ISBN 978-2-8097-0014-5 : 12,50 €.

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Mercredi 28 mai 2008 3 28 05 2008 14:37
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Titre original :  Oki de matsu (Japon, 2004)

Pour avoir molesté son patron alors qu'il tripotait sa mère - elle, passe encore-, Kyôko se voit contrainte de démissionner et se retrouve à pointer au chômage et à rester vivre seule à 36 ans chez sa mère. Une voisine lui propose alors une rencontre arrangée avec un homme fou de son entreprise... Au travail, de solides liens d'amitié se tissent entre Oikawa et Futo, tous deux sortis de la même promotion et recrutés dans la même entreprise d'équipement sanitaire et la même ville. A tel point qu'un pacte les lie : si l'un d'eux meurt, l'autre devra détruire le disque dur de son ordinateur pour emporter avec lui ses secrets. Or Futo meurt accidentellement...

Conçue en diptyque, cette vision du monde du travail au Japon s'ouvre sur le regard désabusé d'une jeune femme lucide, en proie au chômage et au sexisme, et se referme sur une amitié entre collègues au travail si solide qu'elle va bien au-delà de l'amour et de la mort. Comme l'endroit et l'envers d'un décor quotidien. Mais l'impertinence du premier l'emporte sur l'affection du second :

"Chose bizarre, les femmes qui aiment les enfants ont l'air douces et celles qui disent les détester ont l'air méchantes. Bien sûr, tout le monde sait que les enfants ne sont pas des anges. Ils sont sales, ils mentent, ils font des caprices, ils sont niais et enquiquinants au possible." (p. 19)

ITOYAMA, Akiko. – Le Jour de la Gratitude au Travail / trad. du japonais par Marie-Noëlle Ouvray. - Picquier, 2008. – 100 p.. – ISBN 978-2-87730-990-5 : 13 €.

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Mardi 29 avril 2008 2 29 04 2008 18:58
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Titre original :  Keritai senaka (Japon, 2003)

Depuis son entrée au lycée, Hasegawa regarde sa meilleure amie, Kinuyo, s'éloigner d'elle pour se fondre dans un autre groupe, sans un mouvement pour la rejoindre et feindre leur bonne humeur. Elle se retrouve ainsi confinée à l'intérieur de cette solitude qu'elle a tissée autour d'elle, comme un cocon qui la protègerait des autres et du monde extérieur. Dans sa classe, il y a pourtant encore plus solitaire qu'elle, un garçon, Ninagawa, qui s'intéresse brusquement à elle quand elle lui apprend avoir rencontré un jour un top model dont il est fan jusqu'à l'obsession...

Alors âgée de 19 ans, Wataya Risa est la plus jeune lauréate jamais couronnée du prix Akutagawa (le Goncourt japonais). Nul doute qu'elle se soit inspiré de sa propre adolescence pour imaginer ce journal d'une jeune fille tiraillée entre l'envie de sortir de cette solitude dans laquelle elle s'est elle-même murée et le refus de se livrer à la mascarade des groupes constitués. Son personnage va ainsi se sentir irrésistiblement attiré par l'autre "rebut" de la classe, encore plus replié sur lui-même qu'elle, partagée là encore entre le désir de le voir souffrir une bonne fois pour toutes en se sentant rejeté par ce mannequin vedette et celui de poser les lèvres sur les siennes, sans bien savoir qu'il s'agit là des premiers tourments de l'amour :  

"Je veux que quelqu'un délie un à un tous les fils noirs qui sont pris dans mon coeur comme on détache un à un les cheveux pris dans un peigne, et les jette à la corbeille." (p. 105)

Un petit roman d'apprentissage charmant, oscillant entre la lucidité acerbe jusqu'au malaise de l'adolescence et la sensibilité de cet âge innocent qui se découvre petit à petit.

WATAYA, Risa – Appel du pied / trad. du japonais par Patrick Honnoré. - Picquier, 2008. – 163 p.. – (Picquier poche). - ISBN 978-2-8097-0016-9 : 6 €.

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Dimanche 13 avril 2008 7 13 04 2008 17:58
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roman traduit du japonais par Gérard Siary et Mieko Nakajima-Siary (2007)

Park Life a été couronné en 2002 du prix Akutagawa, le Goncourt japonais.
En librairie le 20 septembre.

Park Life ! Oui, c'est bien un titre de Blur, mais aussi celui d'un petit roman japonais qui a été couronné par le prix Akutagawa en 2002. Il s'agit du parc de Hibiya à Tôkyô, où l'on s'assoit sur le banc préféré d'un employé de l'un des buildings environnants, qui chaque jour y vient déjeûner, se détendre, se vider l'esprit, comme "soulagé". A la suite d'une bévue dans le métro, le jeune homme entre en contact avec une autre habituée du parc, qui aimerait bien aussi faire la connaissance de ce vieil homme qui s'exerce à faire voler un aérostat rouge...

Même si, à travers ce court roman, ce genre de parc urbain est comparé à une sorte de parenthèse calme et oisive dans la vie trépidante des habitants de Tokyo, c'est plutôt l'immense solitude de chacun de ces milliers de citadins qui m'a touchée, aucun d'entre eux n'osant franchir l'interdit, le tabou, celui d'adresser la parole à un inconnu, comme le prouve le passage dans le métro, si ce n'est au cours de cette histoire, vécue alors comme une exception à la règle, comme un brin de folie. Mais n'est-ce pas vers quoi nous nous acheminons ?


YOSHIDA, Schuichi. - Park life / trad. du japonais par Gérard Siary et Mieko Nakajima-Siary. - Picquier, 2007. - 95 p.. - ISBN : 978-2-87730-962-2 : 12,50 €.

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Dimanche 9 septembre 2007 7 09 09 2007 14:41
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Pays de neige / Yasunari Kawabata

Titre original : 雪国 (Yukiguni), trad. du japonais par Bunkichi Fujimori


Dans le train qui l'emmène de Tokyo à une petite station thermale du Pays de neige où il compte retrouver Komako, une geisha pleine de talents et d'abnégations, Shimamura, un mari désoeuvré, reste ébloui par la pureté du visage et de la voix de Yôko, une jeune femme du pays prenant soin d'un malade. Or Shimamura finit par apprendre que Komako s'est sacrifiée pour cet homme malade avec lequel elle a grandi chez sa maîtresse, professeur de musique, et dont s'occupe à présent Yôko dans la même maison. Pourtant c'est lui qu'elle aime, et elle devine la fascination que Yôko peut exercer sur lui...

Le roman s'épanouit autour de cette relation triangulaire pleine d'on-dits et de non-dits, la blancheur et la pureté de la neige où est nettoyé le linge se reflétant sur le visage de ces deux jeunes femmes, comme la vitre du train les yeux magnifiques de Yôko (qui constitue mon passage préféré). Il se consumera dans un dénouement dramatique tout aussi ambigu que cette relation qui semble totalement dépasser cet homme vivant uniquement le moment présent. La poésie qui se dégage de ce paysage à la blancheur éclatante au sein duquel se blottit le village, se protégeant du froid, la subtilité avec laquelle sont exprimés les sentiments des personnages, quelques ellipses laissant imaginer plus sûrement leurs pensées, ne parviennent pourtant pas à me laisser l'image forte que j'ai conservée de Tristesse et beauté.


Albin Michel
252 p.


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Mardi 21 août 2007 2 21 08 2007 19:52
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