Petit traité de narcissisme intelligent
Philosophie – altérité
Le thème de l’autre apparaît d’abord en littérature chez les moralistes français du XVIIe siècle, comme La Fontaine, La Rochefoucault, La Bruyère, puis en
philosophie grâce à Husserl, pour enfin, après les deux guerres mondiales, être récurrent chez Martin Buber, Jean-Paul Sartre, Emmanuel Levinas, Paul Ricoeur, etc.
Qu’est que l’autre ? Dans la quête d’une définition, ce docteur en philosophie, psychopathologie, psychanalyste et psychologue clinicien, explore tous les domaines de Lacan à l’analyse filmique
de Eyes Wide Shut ou de Shining, de la sexualité au mythe du vampire, de Kimura Bin au phénomène de réseaux sociaux ou de rencontres comme Facebook ou Meetic. Sa conclusion ?
Que « l’autre, c’est l’éternel retour du sujet empirique dans la pensée. » et que « la différence entre moi et l’autre est ressentie comme un trouble. »
Un essai dense et complexe qui tente de définir l'autre comme ce qui échappe justement à toute tentative d'ancrage, d'immuabilité.
Larousse, 2009. – (Philosopher). – ISBN 978-2-03-584797-3 : 17 €.
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Dimanche 6 décembre 2009
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Cet ouvrage récapitule les principales étapes de l'histoire de la philosophie, de Parménide à Lévinas, en offrant
un aperçu des concepts développés par chacun de ces grands penseurs. C'est donc par la Grèce ancienne que Dominique Folscheid va débuter son historique, avec Socrate (le fameux "connais-toi
toi-même") mis en scène par Platon, puis Aristote et Plotin, mais aussi les épicuriens et les stoïciens. L'avénement du christianisme va ensuite marquer durablement la pensée
philosophique, Saint-Augustin et Saint-Thomas d'Aquin en étant les exemples les plus évidents, voire Descartes et son doute hyperbolique, Pascal, Leibniz et Spinoza. Au siècle des Lumières on
rencontrera le scepticisme de Hume, la critique du sens de l'existence et de l'acte moral chez Kant et la loi de l'immédiateté chez Rousseau. C'est à l'encontre du
cloisonnement de l'esprit des Lumières que s'opposera ensuite l'idéalisme allemand (Hegel, Kierkegaard). Suivront de nouveaux absolus avec Feuerbach, Comte, le marxisme, le nihilisme
de Stirner et de Schopenhauer, que dépassera Nietzsche avec sa mise en perspective de l'homme créateur de sa propre vie sans Dieu. Au XXe siècle la philosophie connait
une crise profonde : Maine de Biran, bergson, Blondel et Canguilhem se sont penché sur la vie, sur sa durée, sur l'homme sujet ; Moore et Wittgenstein y ont abordé la question du langage ;
Foucault s'est préoccuppé des relations entre savoir et pouvoir. Enfin on retiendra la phénoménologie de Husserl, le Dasein d'Heidegger, le mouvement existentialiste
(Sartre, Jaspers, Marcel), la métaphysique de Bruaire et enfin la réflexion éthique de Jonas et Levinas.
Avant de m'atteler à l'écoute de La
contre-histoire de la philosophie de Michel Onfray, j'avais envie de me remettre en tête le panorama historique des philosophies occidentales. Voilà ce que propose cet essai résumant dans
cette fresque chronologique la pensée des philosophes les plus célèbres. Une petite synthèse bienvenue pour les resituer à l'échelle de l'histoire avant de s'attaquer à leur pensée dans le
texte.
FOLSCHEID, Dominique. - Les grandes philosophies. - PUF, 2004. - 126 p.. - (Qau sais-je ? ; 47). - ISBN 978-2-13-054754-9 : 9 euros.
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Mercredi 30 septembre 2009
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Socrate aborde Alcibiade, jeune homme beau, fortuné et ambitieux, dont il est amoureux. Il
connait en effet son projet d'entrer en politique et lui demande pourquoi il pense
être apte à être de bon conseil et à bien gouverner la cité. Quelles sont ses compétences ? Devant la
faiblesse de son argumentation, Socrate lui fait comprendre que pour pouvoir conseiller la cité, il faut d'abord savoir comment en prendre soin. Or Socrate fait comprendre à Alcibiade que ce
dernier n'a en cela aucune connaissance.
"SOCRATE
Et si tu naviguais sur un bateau, aurais-tu une opinion sur la manière de diriger le gouvernail en dehors ou en dedans, et, faute de le savoir, t'égarerais-tu ou bien t'en remettrais-tu en toute
tranquillité au pilote ?
ALCIBIADE
Je m'en remettrais au pilote.
SOCRATE
Donc, au sujet de ce que tu ne sais pas, tu ne t'égares pas si tu sais que tu ne sais pas.
ALCIBIADE
Non, sans doute.
SOCRATE
Remarques-tu donc que les erreurs dans l'action sont causées par cette ignorance qui est de croire savoir ce que l'on ne sait pas ?" p. 132
"SOCRATE
Une bonne preuve en effet pour ceux qui ont un savoir quelconque de ce qu'ils savent, c'est qu'ils soient capables de transmettre ce savoir à un autre." (p. 136)
Aussi lui faut-il s'améliorer et donc à se connaître lui-même pour remédier à ses lacunes. A une question d'ordre
publique, concernant la sphère politique, Socrate trouve une solution psychologique, le fameux "Connais-toi toi-même."
Ce dialogue est-il vraiment de Platon ou lui est-il postérieur, écrit par un disciple ou
un moine copiste? C'est ce qui fait débat, ce dialogue ayant constitué onze siècles durant une excellente introduction à la pensée platonicienne sans qu'il y ait véritablement échange ici et
proposant un véritable condensé.
Voici un dialogue un peu léger auquel on préférera la lecture du
Banquet, de La République et de Gorgias, que j'ai pris la résolution de relire avant la fin de l'année !
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Lundi 14 septembre 2009
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Pour une érotique solaire : relecture.
"De quelle façon aimer sans renoncer à sa liberté, son autonomie, son indépendance - et en tâchant de préserver les mêmes
valeurs chez l'autre ?" (p. 34)
De nos jours encore, la norme établie par l'idéal ascétique judéo-chrétien et platonicien , liberticide et mysogine, est restée profondément ancrée dans nos coutumes, à tel point que
notre destin semble tout tracé : trouver sa moitié, fusionner en un couple, faire des enfants. Il nous faut trouver notre moitié pour être complet, voilà la définition de "l'amour comme recherche de la complétude originaire", comme vide à combler, absence à conjurer. Le mariage conclu, le désir est nié, interdit, refoulé. On devient mari ou femme fidèle, puis père ou mère s'oubliant pour éduquer ses enfants.
Or "il n'y a rien à trouver", s'exclame Michel Onfray : la moité perdue est mythique. On s'épuise peine perdue à
sa recherche pour finalement arrêter son choix et ses désirs sur une seule personne jusqu'à la mort. A cette vie sclérosante, niant le désir et les plaisirs, Michel Onfray oppose une
érotique hédoniste, formulée par Lucrèce et Epicure, celle du libertinage ("cet art de rester soi dans la relation
à autrui", p. 35), à laquelle s'initient les enfants et adolescents en découvrant leur corps et celui des autres, dans l'ignorance encore des
codes sociaux qui les enfermeront ensuite dans une monogamie procréatrice. Car "le désir est naturellement polygame, insoucieux de la descendance,
systématiquement infidèle et furieusement nomade. Accepter le modèle dominant suppose une violence infligée à sa nature et l'inauguration d'une incompatibilité d'humeur radicale avec autrui en
matière de relation sexuée." (p. 26)
Aussi comment peut-on être épicurien aujourd'hui dans le domaine des relations sexuées ? Que nous propose Michel
Onfray en s'inspirant de Diogène de Sinope, d'Aristippe de Cyrène, d'Epicure, de Lucrèce, d'Ovide et d'Horace, entre autres penseurs hédonistes cyrénaïques, cyniques, épicuriens ?
Sachant que "la somme des plaisirs doit toujours être supérieure à celle des déplaisirs"
(p. 91), on choisira d'obéir à la libido, de consentir au désir sexuel et sensuel, de séduire, de plaire, de conquérir, de découvrir, de jouir, ou de refuser
une volupté trop chèrement payée, une solitude appréhendée ou encore une séparation douloureuse si l'on s'attache à son/sa partenaire. On prendra soin de conserver sa liberté à tout moment et
de réviser son jugement, si les déplaisirs commencent à peser plus lourds que les satisfactions.
Car on est toujours seul : "naître, vivre, jouir, souffrir, vieillir et mourir révèlent l'incapacité à endosser une autre histoire que la sienne propre et
l'impossibilité viscérale, matérielle, physiologique, de ressentir directement l'émotion de l'autre." (p. 96)
"Carpe diem, quam minimum credula postero"
cueille le jour, sans
te fier le moins du monde au lendemain.
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Dimanche 7 juin 2009
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L'image : ce que l'on voit, ce que l'on crée
"A l'origine,
tout notre corps, nos postures et nos expressions restent tributaires de l'image qu'on se fait du regard d'autrui sur nous. L'image de notre corps dans le miroir nous renvoie d'ailleurs au regard
d'autrui qui nous sépare de nous, impuissants de voir notre propre corps, séparés par un néant de ce que nous sommes. La menace que constitue le regard infernal et chosifiant de l'autre est en
même temps ce qui nous pousse à reconnaître notre identité et à nous dépasser en regardant le regard de l'autre. C'est là où, pour Sartre, en tant que reflet-reflétant, nous éprouvons notre
liberté comme présence à soi." (p. 50)
Qu'est-ce qu'une image et qu'est-ce qui lui donne un sens ? Quels sont ses pouvoirs et ses enjeux ? Professeur de philosophie de l'art à l'université de Tunis et critique d'art, Rachida Triki va interroger, à travers un débat fictif entre Jean-Paul Sartre et le philosophe arabe Abdelkébir
Khatibi, le concept d'image en explorant les multiples domaines dans lesquels elle s'inscrit : image de soi et de l'autre créée par l'écriture, image dans l'art, la religion, la peinture, la
caricature, image télévisée fantasmée, image photographique de l'instant, image manipulée, image au théâtre ou au cinéma,...
"C'est pourquoi, selon Sartre, ce que permet la littérature serait plutôt de se dessaisir des représentations qu'on se fait facilement des autres et de soi-même.
Par l'écriture et le poids des mots, on peut plutôt suggérer les mutations d'une existence aux prises avec les situations, dans l'infini des projets et des possibles : sorte de portrait aux
multiples entrées dans l'inachèvement de sa réalité humaine." (p. 44)
"Abdelkébir Khatibi s'accorde avec Sartre pour dire qu'il n'y a pas d'image définitive de soi ou d'autrui. Il insiste cependant sur le fait que
l'écriture dont il est question est créatrice d'images vivantes. Elle appartient à cette langue "traversée par une subversion intraitable qui va de Sade à Genet." Elle permet, dès lors, de saisir
l'image de l'autre en mutation." (p. 44)
Un essai intéressant et accessible, sans avoir nécessairement lu les deux penseurs dont elle s'inspire.
TRIKI, Rachida. - L'image : ce que l'on voit, ce que l'on crée. - Larousse, 2008. -221 p.. - (Philosopher...). - ISBN 978-2-03-583681-6 : 17 €.
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Dimanche 29 mars 2009
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Acte manqué, inconscient, surmoi, Groddeck, incorporation, mathème, honte, syndrôme de Cotard, vie sexuelle, sublimation,... Ce dictionnaire de la
psychanalyse, le seul d'inspiration lacanienne, en est à sa quatrième édition, dix ans après la troisième, enrichie d'articles nouveaux et toilettée par de nombreuses mises à jour. Abordant
tous les concepts freudiens et lacaniens et les connaissances théoriques, cliniques et thérapeutiques, il reste un outil remarquable, aux côtés de l'indétrônable Vocabulaire de la
psychanalyse de Laplanche et Pontalis, daté de 1967.
"Que le champ de l'amour et du désir prenne ses marques dans l'ordre psychosexuel inconscient permet de comprendre que des traits de
perversion affleurent dans la sexualité dite normale et que la surestimation idéalisante de ce qui est aimé puisse conduire à l'impuissance psychique." (...) "Ainsi "presque toujours
l'homme ne développe sa pleine jouissance qu'avec un objet sexuel rabaissé, du fait qu'intervient aussi dans ses buts des composantes perverses qu'il ne se permet pas de satisfaire avec les
femmes qu'il respecte" (Freud, Sur le plus général des rabaissements de la vie amoureuse,
1912)"
CHEMAMA, Roland, VANDERMERSCH, Bernard. - Dictionnaire de la psychanalyse. - Larousse, 2009. - 601 p.. - (in
extenso). - ISBN 978-203-583942-8 : 26 €.
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Mardi 24 mars 2009
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"L'homme est condamné à être libre." (p. 39)
Chacun connait cette citation de Jean-Paul Sartre. Mais, privée de son contexte, elle était à l'époque mal perçue, d'où cette
conférence donnée à Paris le lundi 29 octobre 1945, pour tordre le cou aux préjugés ou divagations qui courraient à son sujet. En voici l'explicitation des termes aux lignes suivantes
:
"Condamné, parce qu'il ne s'est pas créé lui-même, et par ailleurs cependant
libre, parce qu'une fois jeté dans le monde, il est responsable de tout ce qu'il fait."
Par responsabilité, Jean-Paul Sartre entend plusieurs choses, d'abord celle envers l'humanité et le monde : "mais si tout le monde faisait comme ça ?" (p.
34) Si l'on entreprend une chose et ne répond à cette question que par la mauvaise foi, c'est que l'action
entreprise n'engage pas que soi, mais aussi l'environnement ou les autres. L'homme existe d'ailleurs par le biais d'autrui , c'est
là le concept d'intersubjectivité cher à Jean-Paul Sartre :
"L'homme
qui s'atteint directement par le cogito découvre aussi tous les autres, et il les découvre comme la condition de son existence." (p. 58)
Etre responsable, c'est aussi assumer ses choix et ne pas se dissimiler derrière la fatalité, le destin, ses origines sociales et familiales, pour
excuser le sentiment de ne pas avoir fait de sa vie ce qu'on aurait aimé qu'elle soit :
"L'homme n'est rien d'autre que son projet, il n'existe que dans la mesure où il se réalise, il n'est donc rien d'autre que l'ensemble de ses actes, rien d'autre que
sa vie." (p. 51)
C'est enfin toujours choisir, et même lorsqu'on demande conseil, on choisit la personne selon le conseil qu'on sait qu'elle va nous
donner, et on n'écoute que celui que l'on s'apprêtait à faire :
"Le choix est
possible (...), mais ce qui n'est pas possible, c'est de ne pas choisir. Je peux toujours choisir, mais je dois savoir que si je ne choisis pas, je choisis encore." (p.
63)
A méditer...
SARTRE, Jean-Paul. - L'existentialisme est un humanisme.
- Gallimard, 1996. - 108 p.. - (Folio essais). - ISBN 2-07-032913-5.
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Mardi 22 juillet 2008
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