Calendrier

Juillet 2008
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>

Carnets de SeL

immigration - vie quotidienne

Titre original : You have to be careful in the land of the free
Trad. de l'anglais (Ecosse) par Céline Schwaller

Ce soir-là, Jeremiah Brown débarque dans un motel dans l'attente de son vol pour l'Ecosse le lendemain, son pays natal où il n'a pas mis les pieds depuis une bonne douzaine d'années. Il en ressort aussitôt pour se changer les idées dans les pubs de la ville, mais il ne fait que se confronter à la méfiance et à la susceptibilité des autres, et, au cours de longs monologues intérieurs, à sa vie  peuplée de petits boulots, des souvenirs de son ex, musicienne, et de leur fille.

James Kelman évoque dans ce roman le sentiment d'insignifiance d'un homme ordinaire, trop lucide, qui ne réussit pas grand'chose dans sa vie d'amayrikin (d'américain) sans en être un d'ailleurs, puisqu'il est ayksay (écossais) et qu'on le lui fait sans cesse remarquer, lui demandant sa fameuse Carte Rouge dans ce "pays de la liberté". Le texte coule au rythme de la pensée de ce pauvre type, entrecoupée de jurons, allant et venant dans le temps, tournant autour de sa rupture encore fraîche d'avec Yasmin, son ex-amie, et de sa vision de sympathisant anarchiste de la société. Un roman sans intrigue, avec pour seul fil conducteur le chaos de ses pensées... si bien que je l'ai trouvé tout à la fois prenant mais lassant sur 400 pages.

KELMAN, James. - Il faut être prudent au pays de la liberté / trad. de l'anglais (Ecosse) par Céline Schwaller. - Métailié, 2006. - 405 p.. - (Bibliothèque écossaise). - ISBN : 2-86424-585-X : 23 €.

Lire également l'article de Lire.

publié dans : Littérature anglosaxonne
Mercredi 8 novembre 2006
recommander commentaires (0)    ajouter un commentaire
Le coeur de l'hiver / Dominic Cooper

traduit de l'anglais (Ecosse) par Bernard Hoepffner


    Ayant très tôt quitté l'école pour pouvoir aider son père veuf, se retrouvant seul après le décès de ce dernier et le départ de son frère, Alasdair Mor est resté envers et contre tout dans sa petite ferme écossaise près de Cragaig, village déserté par ses habitants partis ailleurs quérir de quoi subsister. Il vit de sa pêche au homard et des produits de ses bêtes. Sa vache, ses moutons, ses chêvres, ses poules, constituent les seules amies auxquelles il parle pour rompre sa solitude. Il se satisfait de peu, la nature et sa faune suffisant à son bonheur. Un couple s'installe alors au village, vivant aussi de la pêche au homard. L'homme, An Sionnach, ne semble vouloir se lier à personne. Et même, il semble nourrir à l'encontre d'Alastair une jalousie haineuse. Le jour où, à la suite d'une tempête, il perd tous ses casiers de pêche, il pille sans vergogne ceux d'Alastair qui, l'apercevant, le poursuit en barque sans succès.  Mais il n'en reste pas là...
   
  Le début du roman nous offre de
magnifiques descriptions de l'homme solitaire en osmose avec la nature, avec la mer. Le roman tout entier respire cette relation rude mais essentielle, ce retour aux sources, ces simples plaisirs de la vie. Alastair d'ailleurs n'aura jamais connu d'autres divertissements, aussi bien dans ses relations sociales, en amitié ou en amour, que dans d'autres lieux, plus citadins, puisqu'il n'a jamais quitté cette ville, pas même pour acheter ses provisions.

    Puis, peu à peu, l'intrigue se noue, faisant apparaître cet étranger comme incompréhensible et malfaisant, face à un Alastair candide et simple digne de figurer aux côtés de Lennie dans Des Souris et des hommes.

    Cet étranger va-t-il réveiller la bête sauvage ou le chasseur qui sommeille en ce brave homme ? Va-t-il devenir son ami ? Et son épouse, va-t-elle suivre Alastair ?
   
    Et précisément vous apprécierez bien davantage ce roman sans lire le résumé de la 4e de couverture, en allant de surprise en surprise, le roman nous emmenant bien loin dans sa démonstration sur la nature humaine.

    Un beau roman, poignant.

COOPER, Dominic. - Le coeur de l'hiver / trad. de l'anglais par Bernard Hoepffner. - Métailié, 2006. - 186 p.. - ISBN : 2-86424-577-9 : 18 €.






publié dans : Littérature anglosaxonne
Mardi 16 mai 2006
recommander commentaires (2)    ajouter un commentaire
Jocaste / Brian ALDISS

Traduit de l'anglais (Grande-Bretagne) par Catherine de Léobardy


Oedipe règne sur Thèbes, entouré de la Sphinge, enceinte, qu'il retient prisonnière, de ses deux fils et deux filles, Antigone étant sa préférée, et de leur mère Jocaste, dont la grand-mère Sémélé, vieille sorcière, chasse les harpies, avec pour animal de compagnie un griffon. Mais Thèbes vit sous le poids d'une malédiction. Les Dieux semblent attendre l'expiation d'un péché, d'un crime : Oedipe lance alors un appel pour retrouver et punir le meurtrier de son prédécesseur, le roi Laïos, dont il a épousé la séduisante femme, Jocaste. Cette dernière l'a pourtant supplié de n'en rien faire, perturbée par les prédictions de Sophocle lui-même, rencontré dans une autre dimension, puis du devin Tiresias. Que cache Jocaste à son époux ? Qui est vraiment Oedipe ?

Brian Aldiss propose ici sa version romanesque de la tragédie d'Oedipe, fils de roi ayant
sans le savoir assassiné son véritable père et épousé sa mère, devenant doublement coupable de parricide et d'inceste. Il offre cette fois à Jocaste le premier rôle, celui de la mère et épouse qui sait tout mais ne lui avouera jamais rien, et donc la véritable responsable de sa tragédie.
 
J'avoue avoir failli reposer ce roman au bout des vingt premières pages : Brian Aldiss semblait au début vouloir revisiter le mythe d'Oedipe de façon déconcertante, avec tout un bestiaire mythologique proche de l'héroïc-fantasy et avec d'innombrables anecdotes salaces. Puis le récit prend forme, et, une première intrusion de Sophocle dans la narration nous surprend et perturbe Jocaste, à qui il affirme qu'elle n'est qu'un personnage secondaire dans cette tragédie grecque qu'il a écrite sur Oedipe, pour mettre en exergue l'inéluctabilité du destin et de la fatalité. D'autres incursions suivront, dont celle, finale, de ce jeune Karimov prêt à être exécuté pour avoir osé présenter à son Président Oedipe roi et Antigone, qui apparaîtra à son tour aux yeux de la jeune femme prête à enterrer son frère, encourant la mort, préférant accomplir son devoir moral que respecter la loi d'un seul homme, fusse-t-il Roi de Thèbes.

Une version troublante, dont la violence et la sexualité incestueuse à peine contenue mettent le lecteur plus mal à l'aise que dans la tragédie de Sophocle.

ALDISS, Brian. - Jocaste. - Métailié, mars 2006. - 213 p.. - (Bibliothèque anglo-saxonne). - ISBN : 2-86424-575-2 : 17 €.


publié dans : Littérature anglosaxonne
Vendredi 14 avril 2006
recommander commentaires (0)    ajouter un commentaire
** Un lit de ténèbres / William Styron

Un père, Milton Loftis, attend sur le quai d’une gare l’arrivée du cercueil de sa fille, Peyton, qui vient de se suicider. Des souvenirs affluent, ceux de Peyton enfant délicieuse qu’il chérissait plus que tout, de Maudie, son autre fille, infirme dès la naissance, morte elle aussi, que couvait Helen, son épouse, dont il s’est séparé depuis… Des souvenirs douloureux qui suivent le corbillard, retraçant les relations conflictuelles entre Peyton et Helen, cachant sous sa foi sa haine pour sa fille, des souvenirs embués par l’alcool qu’il buvait plus que de raison…

De fait, c’est un portrait de famille bien triste que nous brosse William Styron, dans cette région du Sud encore enlisée dans ces années 30-40 par un relent raciste et puritain. Mais cette histoire de famille déchirée finit par nous prendre aux tripes, et nous refermons ces 600 pages complètement remués, et éberlués : comment ? Ce lacis d’introspections de personnages fragiles, de focalisations internes d’une finesse psychologique incroyable, enchevêtrées les unes aux autres pour basculer vers cette description de la folie palpée de l’intérieur, ce serait un premier roman ? 

STYRON, William. – Un lit de ténèbres. – Paris : Gallimard, 2004. - 603 p.. – (L’imaginaire ; 497). - ISBN : 2-07-077062-1 : 11,90 €.

publié dans : Littérature anglosaxonne
Jeudi 8 décembre 2005
recommander commentaires (3)    ajouter un commentaire
* Le crépuscule des clochards / Raymond FEDERMAN, George CHAMBERS

Visiblement fort influencé par son ami Samuel Beckett, Raymond Federman met en scène deux clochards anonymes, minables, non pas dans une pièce de théâtre, mais dans des épisodes brefs émaillés de courts dialogues, tout aussi absurdes et provocateurs les uns que les autres. Une « microfiction » expérimentale qui ne manque vraiment pas de sel.

FEDERMAN, Raymond, CHAMBERS, George. - Le crépuscule des clochards / trad. de l'américain par Nicole Mallet. - Marseille : Éd. le Mot et le reste, 2004. - 147 p. : couv. ill. en coul. ; 21 cm.
Titre original : The twilight of the bums. - ISBN 2-915378-07-X (br.) : 15 €.

publié dans : Littérature anglosaxonne
Dimanche 13 novembre 2005
recommander commentaires (0)    ajouter un commentaire

Science-fiction


Le monde inverti / Christopher PRIEST

Incipit : « J'avais atteint l'âge de mille killomètres. De l'autre côté de la porte, les membres de la guilde des Topographes du Futur s'assemblaient pour la cérémonie qui ferait de moi un apprenti. Au-delà de l'impatience et de l'appréhension de l'instant, en quelques minutes allait se jouer ma vie."

Helward Mann, ce jeune homme sans histoire âgé de mille kilomètres, vient de quitter la crèche pour devenir apprenti de la Guilde des Topographes du Futur. Le soir-même il est fiancé. Et le lendemain, pour la première fois de sa vie, il sort de la Ville, assiste à l'aurore et foule le sol de ses pieds. Au fur et à mesure de son apprentissage, il apprend que seules les Guildes sont chargées d'assurer le déplacement sans heurt de la Ville, appelée Terre, à travers le monde extérieur vers l'Optimum. Mais pourquoi laisser les femmes et enfants dans l'ignorance ? Pourquoi ne pas immobiliser la Ville une fois pour toutes ?

Christopher Priest a d'abord recours aux procédés du roman d'apprentissage pendant plus de la première moitié du roman, pour nous faire découvrir progressivement, et bien trop lentement, le système imaginé. Puis, dès que l'expédition vers le sud touche à sa fin, le rythme s'accélère enfin, accumulant révélations sur un monde inverti obéissant à des règles mathématiques et physiques extraordinaires, retournements inattendus de situations et de visions du mondes, nous laissant pantois d'admiration pour ce roman savamment construit. Et j'arrête là mes commentaires avant d'en dévoiler davantage ! Ecrit en 1974, "Le Monde Inverti" constitue au final un excellent roman de SF, ne brillant certes pas par son style, mais par l'originalité de ses idées et par son évidente résonnance à maintes notions philosophiques.

PRIEST, Christopher. – Le monde inverti. – Gallimard, 2004. – 387 p.. – ISBN 2-07-042149-X.


publié dans : Littérature anglosaxonne
Mardi 1 novembre 2005
recommander commentaires (1)    ajouter un commentaire

Prendre racine dans l'histoire d'un personnage déraciné...

 undefined

Attirés par les promesses des aciéries, les familles d’émigrants sont restés dans les rets de la ville nouvelle de Corby, désormais imprégnés par la poussière de ses cendres, qui ne laisse rien germer, si ce n’est l’espoir illusoire d’un retour au pays. Seuls Francis et Jan semblent différents, trop intelligents, portant un regard presque clairvoyant sur les choses et les êtres qui les entourent, avec ou sans LSD. Pour leurs frère et sœur, pour leurs parents, il est évident qu’ils sont destinés à un avenir plus singulier qu’une banale embauche aux aciéries. Un jour, l’un d’eux meurt sous les coups d’une bande de jeunes, l’autre s’enfuit…

Dès les premières pages, on sent qu’on tient quelque chose, un texte à la fois beau, puissant et profond, une prose sombre et poétique qui va nous sembler trop courte malgré ses quelques quatre cent pages. Mais, pour commencer, John Burnside va jouer à un petit jeu frustrant : il va d’abord emprunter à chaque chapitre le point de vue de chacun des membres des deux familles de Francis et Jan, leur accordant autant de poids et d’épaisseur que ceux qui apparaîtront plus tard comme les figures emblématiques du récit. Si bien qu’on aurait bien aimé connaître le passé d’Alma, la mère d’origine lettone de Jan, que l’on s’attache à Alina, sa sœur, dont est secrètement amoureux Derek, le frère de Francis, rêvant de vivre de sa musique… personnages que l’on ne retrouvera que vingt ans plus tard, car John Burnside choisit ensuite de ne plus s’intéresser qu’au parcours initiatique de Francis, errant seul de ville en ville, sans jamais ressentir la nécessité de s’installer nulle part. Le coup de cœur inattendu de la rentrée, un roman magnifique, à la noirceur pénétrante, à ne pas manquer.

BURNSIDE, John. – Une vie nulle part / traduit de l’anglais par Catherine Richard. – Métailié, 2005. – 427 p.. – (Bibliothèque écossaise). – ISBN : 2-86424-551-5 : 22 €.


La critique dans mes petits carnets de ses autres romans :
   
               2003 La Maison muette ***

                        2008 Les empreintes du diable *** 


publié dans : Littérature anglosaxonne
Samedi 17 septembre 2005
recommander commentaires (1)    ajouter un commentaire
blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus