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Carnets de SeL

David Le Breton caractérise le passage de l'adolescence comme un "moment de croissance physique et psychique, mais aussi de l'élargissement de la relation aux autres." (p. 14). Orcontrairement à l'adulte qui est capable de relativiser ses expériences personnelles, "le jeune n'a pas encore ce recul que procure le fait d'avancer dans son expérience du monde. Un conflit avec ses parents ou ses amis, une rupture amoureuse, une déception ont pour lui la dimension d'un drame sans recours." (p. 18)
"Le terme de
conduites à risque s'applique à cette période difficile. Ce mot-valise englobe une série de comportements disparates mettant symboliquement ou réellement l'existence en danger."


"Quatre figures anthropologiques se croisent dans les conduites à risque des jeunes, elles ne s'excluent pas les unes les autres, mais s'enchevêtrent : ordalie, sacrifice, blancheur et affrontement." (p. 20-21). L'ordalie est une manière de jouer le tout pour le tout (chapitre 3). Le sacrifice joue la partie pour le tout (chapitre 4). La blancheur est plutôt l'effacement de soi dans la disparition des contraintes d'identité (chapitre 5). L'affrontement est une confrontation brutale aux autres (chapitre 11).
Les conduites à risque, c'est aussi fabriquer une douleur, contrôlable, pour endiguer une souffrance inhérente à la quête d'un sens à donner à sa vie, d'où le rapport à la drogue, à l'alcool, à la nourriture (chapitres 6 et 7). L'entrée dans la sexualité peut en constituer une aussi, par le choix de l'abstinence ou au contraire par la multiplication des partenaires (chapitre 8). La vitesse sur les routes, autre manière de jouer avec la mort, touche essentiellement les garçons en quête de virilité (chapitre 9). D'ailleurs,
dès le second chapitre, David Le Breton avait abordé la dimension sexuée des conduites à risque. La honte fait partie du paysage contemporain juvénile, à l'instar des émissions-culte comme Jackass ou des happy-slapping (chapitre 10). Quant à la délinquence, elle montre que le paraître pour ses pairs est bien plus important que le respect d'autrui et les règles sociales.
Car "Ces épreuves que les jeunes s'infligent sont des formes inédites de rites visant à la mise en question de soi, mais dans un contexte solitaire (ou parfois avec quelques amis)." (p. 23)

David Le Breton nous livre là un essai accessible et passionnant, passant en revue les différentes raisons psychologiques des conduites à risque, invitant parents et enseignants à mieux comprendre le malaise de ces adolescents en pleine crise d'identité.

LE BRETON, David. - En souffrance : adolescence et entrée dans la vie. - Métailié, 2007. - 361 p.. - (Traversées). - ISBN : 978-2-86424-630-5 : 18 €.

publié dans : Ethnologie, société, religions,...
Jeudi 10 juillet 2008
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La Chine des gens ordinaires

Ancien correspondant du Monde à Pékin, Frédéric Bobin entend nous dévoiler l'envers du décor qu'offre la Chine à nos yeux de touristes de passage, éblouis par les vestiges d'une civilisation multimillénaire ou le luxe du nouveau capitalisme des grandes villes chinoises. Car pour la majorité des Chinois, la vie est un combat quotidien, faite de combines et de corruptions. C'est un kaléidoscope de ces innombrables portraits, de ces témoignages habituellement réduits au silence, que nous offre l'auteur dans ce carnet de route inhabituel.

BOBIN, Frédéric. - Voyage au centre de la Chine. - Picquier, 2008. - 365 p. : couv. ill. en coul.. - (Picquier poche). - ISBN : 978-2-8097-0006-0 : 9 €.

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Vendredi 4 juillet 2008
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Connaître le bonheur au travail

Fable à méditer :
A trois tailleurs de pierres, on demande : "Que faites-vous ?"

Le premier répond : "Je taille une pierre."
Le deuxième : "Je gagne ma vie."
Le troisième : "Je construis une cathédrale."

Le premier tailleur n'a pas d'autre horizon que la pierre qu'il taille.
Le deuxième n'a qu'un rapport utilitaire au travail : celui-ci lui permet de gagner sa vie.
Le dernier a le sentiment de participer à la construction d'une oeuvre.

Et vous, qu'auriez-vous répondu ?


"Choissez un travail que vous aimez et vous n'aurez pas à travailler un seul jour de votre vie !"(Confucius).
C'est le principal conseil que nous donne l'auteur, consultant en communication et management.

Celui-ci commence par dresser un historique sociologique et philosophique de la conception du bonheur au travail, avant d'analyser en quoi aujourd'hui le travail paraît plus subi que choisi, les salariés travaillant seulement pour vivre, "de plus en plus seuls pour affronter les lois de la performance, l'arbitraire hiérarchique, et parfois la souffrance qui en découle." (p. 46).
Car "Travailler, c'est non seulement accomplir des activités de production, mais aussi "vivre ensemble"." (p. 46)

Jean-Paul Guedj s'appuie alors sur l'ouvrage du psychiatre Christophe Dejours, Souffrance en France, qui définit les causes majeures du malheur au travail : la peur d'être incompétent, l'insuffisance de conditions réunies pour pouvoir bien travailler, l'absence de reconnaissance. Or le travail devrait avoir, à l'instar de la famille, une fonction psychologique structurante, offrir des repères stables et sécurisants.

En effet, l'auteur
démontre aussitôt dans le chapitre suivant combien les sources de satisfaction peuvent être nombreuses au travail, avant de fournir quelques exemples et conseils pour modifier les mentalités et les organisations hiérarchiques.

S'inspirant de Freud, l'auteur a cette réflexion : "Le plaisir au travail (...) est ambivalent. Il relève autant de la pulsion de vie (eros) lorsqu'il est désir de travailler, lien avec les autres, énergie, risque, créativité, aventure, que de la pulsion de mort (thanatos), lorsqu'il devient "principe de diminution de la tension", bref, lorsque le travail n'est plus que plate répétition, pure sécurité, ou ennui." (p. 72)

Selon Abraham Maslow, les besoins humains "peuvent être hiérarchisés en cinq niveaux" :
1. Les besoins physiologiques (faim, soif, sommeil,...)
2. Les besoins de sécurité (protection, ordre,...)
3. Les besoins sociaux (appartenance à un groupe, amour...)
4. Les besoins d'estime (réussite, reconnaissance...)
5. Les besoins de réalisation de soi (créativité, développement personnel...).

Tant qu'un besoin n'est pas satisfait, il constitue une source de motivation." (p. 74)
 

Enfin, à trois reprises, il incite le lecteur à amorcer un travail introspectif en lui proposant une série de tests lui permettant de mieux cerner ses attentes, ses réactions, son niveau de stress, ses forces et ses faiblesses au travail.

Au premier abord, le titre peut laisser sceptique, donnant l'impression d'être un instrument de propagande au service des chefs d'entreprise. C'est finalement un guide fort intéressant, pratique et incitant à la réflexion, s'appuyant sur des références philosophiques et sociologiques.

GUEDJ, Jean-Paul. - Vive le lundi ! : Connaître le bonheur au travail. - Larousse, 2008. - 219 p. : couv. ill. en coul.. - ISBN : 978-2-03-583338-9 : 19,90 €.

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Mercredi 2 juillet 2008
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L'histoire d'une boisson gazeuse souhaitant conquérir le monde

C'est à Atlanta en 1886 que John Pemberton, un pharmacien cherchant à gagner facilement de l'argent, s'inspire d'un chimiste corse Mariani et réunit deux plantes, le coca d'Amérique et le kola d'Afrique, pour inventer une boisson gazeuse sucrée stimulante et rafraîchissante. Son succès est immédiat aux fontaines à soda, bientôt renforcé par la publicité et, pour que cette dernière puisse être transportée aisément, par la création de sa belle bouteille cannelée comme une dame en fourreau.
Depuis lors, la progression de ses ventes dans le monde est constante, malgré la concurrence de sa rivale, Pepsi Cola, pour les multiples variétés qui ont pu être déclinées.


On a beau aimer ou ne pas aimer la boisson ou l'ambition démesurée de cette entreprise, on ne peut que se laisser entraîner par la lecture de cette fantastique épopée pleinement resituée dans son contexte social, politique et économique au siècle dernier, voire parmi les préoccupations de développement durable en ce début de 21e siècle, et ce avec toute l'impartialité de l'historien.



NOURRISSON, Didier. - La saga Coca-Cola. - Larousse, 2008. - 285 p. : couv. ill. en coul.. - ISBN : 978-2-03-583356-3 : 18 €.

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Lundi 23 juin 2008
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La famille en héritage : comprendre les liens entre générations

Les auteurs font ici la démonstration que nous héritons tous de ce que que nous a transmis notre famille, que ce soit évidemment notre relation avec nos parents, mais aussi avec nos frères et soeurs, et même avec nos grands-parents, voire les divers cadavres qui peuvent traîner dans les placards depuis des générations. Ils prouvent, à partir d'exemples précis, l'impact inconscient de certains événements refoulés de l'histoire familiale sur notre vie : relations de couple, éducation des enfants,... Ils dévoilent enfin à travers un dernier exemple les coulisses d'une thérapie familiale.

Nul doute que la famille joue un rôle important dans la construction de notre personnalité et le conditionnement de nos relations avec autrui. Voilà qui est conforté ici par deux spécialistes de la thérapie familiale.

JEREMIC, Zorika, VINOIS, Patrick. – La famille en héritage : comprendre les liens entre générations. - Larousse, 2008. – 253 p.. - (L'univers psychologique). – ISBN 978-2-03-583659-5 : 19,90 €.

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Vendredi 6 juin 2008
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Les rituels de l'angoisse : comprendre les tocs et les phobies

Alors qu'ils prévoient de partir au ski, Mathilde, 25 ans, n'ose pas dire à son mari ni à ses amis qu'elle n'a jamais skié, de peur d'être rejetée. Elle ne dort plus et déprime. Emeline, retraitée, remet en place chaque objet que son mari touche et le contredit chaque fois qu'il veut prendre une décision, puisque, selon elle, ce n'est pas la bonne. Jérôme, 35 ans, souffre d'une difficulté à s'affirmer et a honte que ses deux enfants le trouvent "trop timoré". Depuis l'âge de 13 ans, Elodie est "celle qui a peur des chiens". Etc.

Chacun de nous peut trouver dans cet essai un toc (trouble obsessionnel compulsif) ou une phobie qui l'handicape plus ou moins depuis toujours. Des situations ordinaires pour leur entourage peuvent être vécues comme traumatisantes pour certains individus, comme prendre le métro, déjeuner avec ses collègues, exprimer son désaccord, faire une activité devant quelqu'un,... S'appuyant sur des exemples précis, l'auteur caractérise chacun des troubles et signale quelles thérapies peuvent être mises en oeuvre pour les guérir.

Accessible, cet ouvrage n'apporte pas de réponse mais permet d'identifier clairement certains troubles dont on avait conscience sans vraiment pouvoir les cerner, souvent assez répandues, comme la phobie des chiens, des animaux rampants, ou la phobie sociale, la phobie d'impulsion. A nous ensuite de nous fixer progressivement des objectifs pour lutter contre, ou de nous faire aider par le biais d'une psychothérapie.

LECLERE, Maryvonne. – Rituels de l'angoisse : comprendre les tocs et les phobies. - Larousse, 2008. – 223 p.. - (L'univers psychologique). – ISBN 978-2-03-583314-3 : 19,90 €.

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Dimanche 1 juin 2008
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Qu'ils sont jolis finalement, ces corons !
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habitation - architecture urbaine

Au Nord, c'était les corons. Oubliées, depuis, ces cités du bassin minier du Nord et du Pas-de-Calais. Pourtant, pendant plus d'un siècle, les ingénieurs ont imaginé ces maisons, et fait le choix de la maison individuelle plutôt que de l'immeuble collectif. Certes, le pavillon était de construction moins coûteuse, plus rapide et additionnable à l'infini, mais l'ingénieur protégeait aussi les mineurs d'une trop grande promiscuité (sujet à querelles comme à des discussions politiques), et lui offrait un potager (loisir plus paisible et rentable), transformant ainsi la ville en cité-jardin. Reconnaissables entre mille par leur alignement, leur gémellité et leur brique au ton rouge, elles étaient pourtant bien différentes d'une ville à l'autre, et souvent d'un quartier à l'autre. De nos jours, les plus vétustes ont été détruites, mais beaucoup ont été entièrement rénovées, et forment de nouveau un ensemble attractif, offrant l'atout d'une maison avec jardin.

Un documentaire intéressant, richement illustré de plans, schémas et photographies, même s'il m'a un peu laissée sur ma faim. Un autre regard, plus scientifique, sur les corons.

Mardaga, 1995. – 124 p. : ill. en n.b. et en coul.. – (coll. Modèles urbains). - ISBN 2-87009-617-8 : 25 €. 
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Mardi 12 février 2008
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