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Carnets de SeL

Titre original : the bride stripped bare (2003)
Traduit de l'anglais (Australie) par Alfred Boudry


"Leçon 1 L'honnêteté est de la plus extrême importance

Votre mari ignore que vous écrivez ceci. Il est assez facile d'écrire juste sous son nez. Presque aussi facile, peut-être, que de coucher avec d'autres. Nul ne saura jamais qui vous êtes, ni ce que vous avez fait, car vous avez toujours été considérée comme une bonne épouse
."
(p. 11)


Cole et vous êtes mariés. Depuis longtemps vous préférez lire, regarder la télé ou aller vous coucher plutôt que faire l'amour. Il est restaurateur de tableaux des 15e et 16e siècles. Vous ne travaillez plus depuis que vous êtes mariée. Vous enseigniez auparavant à l'université. Vous dépendez à présent de lui financièrement. C'est contraire à tout ce que votre mère, archéologue, vous a enseigné. Vous aimez Cole calmement, sereinement, sans étincelle. Et puis, un jour, c'est un demi-aveu, et le doute qui s'insinue : vous a-t-il trompée avec Théo, votre meilleure amie, si envahissante, si incontournable dans votre vie ? Vous le ressentez comme une double trahison. Alors quand vous le rencontrez, Gabriel, un peu plus jeune, acteur, à la terrasse d'un café, l'homme à la nuque excitante, et le retrouvez quelques mois après à la Bibliothèque de Londres, ce bel homme craquant qui vous avoue être encore vierge, vous vous lancez dans une expérience dont rêve toute femme, celle de lui apprendre tout sur la sexualité et surtout comment vous faire plaisir, enfin...

"Leçon 33 La vie a grand besoin de changement dans la continuité.

Est-ce que vous voulez que la relation survive ?

Il est plus facile de rester que de partir.

Vous ne pouvez vous faire à l'idée de sortir à nouveau, de lire les annonces de célibataires, d'assister à des dîners intimes qui ne donnent rien, de vous trouver quelque chose à faire les vendredis soirs. Dire que vous comptiez bientôt avoir un bébé." (p. 92)

Un roman qui se lit d'une traite, scandé par des leçons d'une à quelques pages, rythmé en trois temps, le temps pour une femme mariée de vouloir échapper à la routine dans laquelle son couple s'est enfermé, puis de laisser éclore, s'épanouir et assouvir ses fantasmes sexuels inavouables, pour enfin redevenir une bonne épouse et une mère comblée, en gardant pour elle son jardin secret. Déjà j'en ai trop dit ! Voilà une "fausse" autobiographie qui nous rend tout simplement complice de cette femme qui confie ses doutes sur la pérennité du mariage et sa découverte à 36 ans d'une sexualité extraconjugale décomplexée.

A en voir la couverture, on aurait pu croire à un roman léger, frivole, superficiel. Il n'en est rien : l'analyse de la psychologie féminine y est fine, sensible et intelligente. Une vraie découverte, qui en fera peut-être rougir certaines, car dans cet hymne à l'émancipation sexuelle, l'auteur ose tout y dévoiler, quitte à paraître parfois crue (le roman, parait-il, fit scandale à sa publication, d'abord anonyme, jusqu'à ce qu'un journaliste ne dévoile son auteure, et a été traduit en 15 langues).

Une confession qui a à la fois quelque chose de singulier et d'universel, un roman parfait pour les femmes, trentenaires au moins, et surtout mariées. A n'offrir qu'à vos amies intimes, qui ne le prendront pas mal...

"Vous  allez vous faire plaisir, en égoïste bornée, avant que le mariage et la maternité ne se referment sur vous." (p. 118)
"A vos yeux, le meilleur moment était toujours celui de l'attente, le frisson de donner aux hommes ce qu'ils voulaient, mais dès que les vêtements avaient été ôtés, quelque chose se perdait." (p. 119)
"Vous vous sentez si vivante, rien que par sa présence. Vous avez toujours adoré les gens qui font cela : ceux qui exaltent, pas ceux qui rabaissent." (p. 139).


GEMMEL, Nikki. - La mariée mise à nu / trad. de l'ang. (Australie) par Alfred Boudry. -
Au Diable Vauvert,2006. - 356 p.. - ISBN : 9782846261203 : 22 euros.


publié dans : Actualité littéraire étrangère
Lundi 7 juillet 2008
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El color de la piel (Chili, 2003)
Traduit de l'espagnol (Chili) par Bertille Hausberg


Au Chili, ce sont les Péruviens qui immigrent clandestinement et s'entassent à une vingtaine dans un hangar. L'un d'eux, jeune et beau, venu à Santiago pour y chercher aussi du travail, vient de disparaître et c'est vers Heredia, détective privé, que se tourne son aîné sans le sou... 

Sans prétendre proposer une intrigue bien haletante, ce petit polar n'en est pas moins sympathique : nous retrouvons avec plaisir Heredia (Les Yeux du coeur*, 2007), ce détective privé mélancolique atypique, à qui son chat Simenon et ses chers livres tiennent compagnie, que Ramon Diaz-Eterovic fait plonger dans l'univers glauque d'un Santiago xénophobe, jalonné de personnages secondaires hauts en couleurs. Ainsi, après la chasse aux sorcières de la CIA, l'auteur dénonce cette fois le racisme qui gangrène la capitale chilienne, tout en en faisant sentir la chaleur humaine de ses laissés pour compte.

DIAZ-ETEROVIC, Ramon. - La couleur de la peau. - Métailié, 2008. – 227 p.. - ISBN : 978-2-86424-655-8 : 18 €.

publié dans : Actualité littéraire étrangère
Dimanche 22 juin 2008
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Titre original : Chuin no hana (Japon, 2001)

Médium, Mme Ume a prédit sa propre mort, laquelle s'accompagne de phénomènes inhabituels qu'observe Sokudô, jeune bonze qui a la charge d'un petit temple dans les montagnes, sans en dire un mot, tandis que sa femme Keiko lui confie l'avoir consultée après sa fausse couche...

Sous-directeur du temple Fukujuji de la secte zen Rinzai-Myôshinji, Genyû Sôkyû a reçu en 2001 le prix Akutagawa (le Goncourt japonais) pour cette histoire tirée de son expérience personnelle de bonze. Il n'en faut pas moins pour susciter l'intérêt, mais ce court "roman" le fait vite retomber, ne dégageant rien de vraiment intéressant, ni au niveau de l'intrigue, ni au niveau de la réflexion spirituelle.

"Il s'était bien dit que s'il gardait fortement la conscience qu'il était bonze, tout devrait aller bien : plus de cauchemars et pas question d'envoûtement." (p. 57)

GENYÛ, Sôkyû. – Au-delà des terres infinies / trad. du japonais par Corinne Quentin. - Picquier, 2008. – 117 p.. – ISBN 978-2-8097-0014-5 : 12,50 €.

publié dans : Actualité littéraire étrangère
Mercredi 28 mai 2008
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Titre original : Velocemente da nessuna parte (Italie, 2006)

Bologne, dans la chaleur de l'été. Une blonde, assez belle pour être mannequin, recourt aux services de Cinzia Cantini, détective privée célibataire en surpoids, la quarantaine, à l'humour noir, pour rechercher sa meilleure amie et collègue, à qui elle ressemble comme deux gouttes d'eau. Mais les pistes sont nombreuses pour retrouver une prostituée de luxe, mère célibataire d'un garçon de dix ans...

"La toxicité de l'amour commence toujours comme ça : tu rencontres quelqu'un, tu couches avec, et en un tournemain tu es déjà prête à donner un autre nom au sexe. Comme si un organe dans un autre suffisait pour construire un roman. Comme si nous ne pouvions pas résister à la tentation de meubler le silence avec le mobilier vide de nos mots." (p. 193)

Voici le second roman mettant en scène Giorga Cantini, un tantinet défaitiste ou cynique, au choix, dont le personnage noir à souhait, à lui seul, sauve l'intrigue sans éclat ni surprise de ce polar italien.

VERASINI, Grazia. – Vite et nulle part / trad. de l'italien par Anaïs Bokobza. - Métailié, 2008. – 219 p.. – (Métailié noir ; 139). - ISBN 978-2-86424-648-0 : 10 €.

publié dans : Actualité littéraire étrangère
Mercredi 21 mai 2008
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Titre original :  Oki de matsu (Japon, 2004)

Pour avoir molesté son patron alors qu'il tripotait sa mère - elle, passe encore-, Kyôko se voit contrainte de démissionner et se retrouve à pointer au chômage et à rester vivre seule à 36 ans chez sa mère. Une voisine lui propose alors une rencontre arrangée avec un homme fou de son entreprise... Au travail, de solides liens d'amitié se tissent entre Oikawa et Futo, tous deux sortis de la même promotion et recrutés dans la même entreprise d'équipement sanitaire et la même ville. A tel point qu'un pacte les lie : si l'un d'eux meurt, l'autre devra détruire le disque dur de son ordinateur pour emporter avec lui ses secrets. Or Futo meurt accidentellement...

Conçue en diptyque, cette vision du monde du travail au Japon s'ouvre sur le regard désabusé d'une jeune femme lucide, en proie au chômage et au sexisme, et se referme sur une amitié entre collègues au travail si solide qu'elle va bien au-delà de l'amour et de la mort. Comme l'endroit et l'envers d'un décor quotidien. Mais l'impertinence du premier l'emporte sur l'affection du second :

"Chose bizarre, les femmes qui aiment les enfants ont l'air douces et celles qui disent les détester ont l'air méchantes. Bien sûr, tout le monde sait que les enfants ne sont pas des anges. Ils sont sales, ils mentent, ils font des caprices, ils sont niais et enquiquinants au possible." (p. 19)

ITOYAMA, Akiko. – Le Jour de la Gratitude au Travail / trad. du japonais par Marie-Noëlle Ouvray. - Picquier, 2008. – 100 p.. – ISBN 978-2-87730-990-5 : 13 €.

publié dans : Actualité littéraire étrangère
Mardi 29 avril 2008
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Titre original :  El origen de la tristesa (Argentine), 2004

Au Viaduc, dans un quartier populaire du Brésil dans les années 70, Gabriel traîne tantôt dans un cimetière pour gagner quelques sous avec Rolando, tantôt seul dans l'atelier de son père couvert d'affiches de jeunes femmes aguichantes comme Andrea C., tantôt avec ses amis pour jouer au foot dans les terrains vagues, se prendre ses premières cuites et ses premiers émois sexuels ou planifier la première passe du groupe avec des prostituées. Inéluctablement, il va quitter, avec ses treize ans, l'âge de l'innocence pour prendre de plein fouet le chemin du monde des adultes, hanté par le désir sexuel, la tristesse, le suicide et la mort...

"Je lui ai répondu que je savais aussi me la secouer tout seul mais j'ai tout de suite regretté : Fernando était en train de m'aider, avec sollicitude et beaucoup d'assurance dans la gestion de la situation. C'était injuste de lui avoir répondu comme cela. La maison de sa mère était une des seules, à l'époque, à avoir le téléphone, et la question de Fernando était logique, ou du moins bien intentionnée. Mais j'étais furieux. Je regardais maman et je faisais un effort pour ne pas la détester de toutes mes forces. Elle m'apparaissait soudain comme une menteuse. Elle nous avait toujours dit qu'elle nous aimait très fort mais là, elle n'avait même pas pensé à nous et elle avait essayé de se tuer." (p. 123)

Comme dans La guerre des boutons, on suit les jeux et mésaventures de ces gamins de rue : Gabriel, Alejandro le grand frère, Te Deum, le gros Carlos, le Rat, la Perche, le Chinois, le Roux et Rindone, accompagnés de Marisa, un garçon manqué que tout le monde veut dans son équipe au foot, mais dont le corps se transforme aussi. Pablo Ramos a su croquer un petit bonhomme un peu rebelle, plein d'énergie à revendre pour se faire une place dans un monde qui n'a rien de tendre, et cueillir la fraîcheur mêlée de dangers et de peurs de cette transition entre deux âges, où déjà il y a derrière chaque acte, chaque pensée, chaque intention, un désir de s'affirmer, d'imiter les grands en secret, en se masturbant devant les pin-ups, en buvant du vin à outrance, ou en gagnant pour la première fois un peu d'argent afin d'offrir un beau cadeau à sa mère au ventre prêt à exploser, comme un fruit trop mûr, pour donner naissance à une petite soeur. Un roman d'apprentissage, tout à la fois drôle et émouvant, qui se lit d'une traite.

RAMOS, Pablo. – L'origine de la tristesse / trad. de l'espagnol (Argentine) par René Solis. – Métailié, 2008. – 149 p.. – ISBN 978-2-86424-652-7 : 17 €.

publié dans : Actualité littéraire étrangère
Dimanche 27 avril 2008
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Titre original :  O vôo da guara vermelha (Brésil), 2005

"Les faims et les envies du corps, il y a beaucoup de façons d'en prendre soin car depuis toujours vivre, c'est ça, mais maintenant, de plus en plus, c'est une faim de l'âme qui tourmente Rosalio, au fond de lui, une faim de mots, de sentiments et de gens, une faim qui est comme une solitude entière, une obscurité dans le creux de la poitrine, une cécité aux yeux grands ouverts, voyant tout ce que l'on peut voir ici, pas un être vivant, pas une fourmi, une odeur de néant, les murs de planches sèches et grises, les monticules de gravier et de sable, gris, l'énorme ossature en béton armé, sans couleurs, les édifices interdisant tout horizon, un plafond lourd, gris et bas, touchant le haut des immeubles, chape de nuages de plomb immobiles, qui ne dessinent ni oiseaux, ni brebis, ni lézards, ni têtes de géant, n'apportent aucun message, et c'est tout ce qu'il y a à voir, sans distinguer ni levant, ni couchant, ni matin ni soir, tout réellement présent, si proche que le regard y bute et revient, limité, sans pouvoir s'étendre plus loin, ni vers l'extérieur ni vers l'intérieur, s'agitant comme un petit oiseau qu'on vient de mettre en cage, se noyant, cécité." (Incipit, p. 13).

Cette première phrase, très longue, annonce la couleur, ou plutôt les couleurs déclinées en toutes lettres tout au long de ce roman dont les mots coulent, harmonieusement :
Irène n'est plus que l'ombre d'elle-même, son corps décharné trahissant le sida qui poursuit son oeuvre, prostituée vieillie trop vite par l'absence d'espoir. Un jour, elle fait monter avec elle un jeune manoeuvre aux yeux verts, Rosalio, qui s'avère ne pas avoir un sou en poche, mais des histoires plein la tête, emportant partout avec lui un coffre rempli de livres qu'il ne peut lire. Avec ses récits, il la transporte loin de cette vie. Elle, telle Shéhérazade, lui lit ces caractères indéchiffrables sur les pages et lui apprend à écrire. A eux deux, ils vont rendre leur vie plus supportable...

Dans un style musical qui nous emporte dès ses premières notes, comme une mélopée douce-amère, Maria Valéria Rezende nous transporte dans les favelas du Brésil, dans les pensées et le parcours hasardeux de deux laissés pour compte, entremêlés aux répertoires populaire ou culturel (Don Quichotte, Les Mille et une nuits). Exceptée l'une des dernières histoires un peu simplette, c'est là un roman particulier, à la fois dur et tendre, entre réalité et fantaisie, dont on sort un peu comme d'un rêve éveillé.

REZENDE, Maria Valéria. – Le vol de l'ibis rouge / trad. du brésilien par Leonor Baldaque. – Métailié, 2008. – 183 p.. – ISBN 978-2-86424-646-6 : 18 €.

publié dans : Actualité littéraire étrangère
Lundi 24 mars 2008
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