Actualité littéraire étrangère

«Une femme, cuvée 1929 elle aussi, en tailleur noir à col blanc, leur ouvrit. C’était comme si elle les invitait à franchir le seuil du premier chapitre d’un roman gothique. En toute logique, vu l’aspect de la réceptionniste, ils n’en ressortiraient pas vivants. On les assassinerait avant d’aller vendre leurs dépouilles au factotum d’un médecin psychopathe et sans scrupules. » (p. 35)

En cette fin des années 80, à Madrid, Paco claque la porte de celui qui fut son éditeur durant 22 ans, et décide d'ouvrir une agence de détectives et de ne plus écrire. Désormais, le personnage principal, ce sera lui, celui qu'il veut être, celui qui s'invente lui-même ! Sa première enquête arrive plus vite qu'il ne l'aurait cru : son beau-père est retrouvé assassiné. Alors que le club des Amis du Crime Parfait, où chacun porte le nom de son héros préféré, édicte les règles du roman policier, Paco, alias Sam Spade, mène une enquête qui va le conduire à s'intéresser au passé politique du défunt...

Alors quelles sont les règles pour écrire un bon roman policier ? A en croire nos personnages, ce serait...
1- le lecteur doit avoir autant de chances que le détective de résoudre l'énigme,
2- l'auteur ne doit pas user de subterfuges autres que ceux employés par le criminel pour induire en erreur le détective,
3- pas d'intrigue amoureuse
4- le coupable ne peut être le détective ou un membre de la police,
5- le coupable doit être démasqué par des déductions, et non par hasard, par accident ou par un aveu.


Quelle jubilation cela doit être d'écrire un roman policier dans lequel les personnages qui ont choisi pour nom Poe, Marlowe, Sherlock ou Maigret, s'entendent sur les règles d'or du parfait roman policier, appellent l'héroïne de leur roman du nom de leur épouse, et laissent leur imagination prendre le pas sur la réalité. Malgré tout, l'histoire a dû mal à partir, le suspens semble secondaire, d'ailleurs l'auteur ne respecte pas vraiment ses propres règles (la 3e par exemple entre Hanna et Poe), et on en retient surtout les notes d'humour et les jeux littéraires plus que la résolution du crime, fondée sur la mémoire.

Faites-vous une opinion avec d'autres blogs qui s'en sont aussi fait l'écho, comme Bric à Book (qui a un avis positif) et Le grenier de choco (qui lui l'est un peu moins).
TRAPIELLO, Andrés. – Les amis du crime parfait / trad. de l'espagnol par Caroline Lepage. - Paris : La Table ronde, 2009. - 363 p.. - (Quai Voltaire). - ISBN 978-2-82710-33149-0 : 21,50 €.

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Lundi 30 novembre 2009 1 30 11 2009 20:34
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Titre original : Il tailleur grigio (2008)

"Quand elle décidait comment se vêtir, elle n'avait pas de repentir. Sauf que, étrangement, les gestes qu'elle faisait pour se vêtir s'avéraient beaucoup plus provoquants que ceux d'un striptease. Si, par exemple, elle enfilait un pantalon, les mouvements sinueux de son bassin et de ses flancs mimiaient impitoyablement un autre mouvement." (p. 32)

Un ancien directeur de banque, complètement déstabilisé par son premier jour de retraite, reporte toutes ses pensées vers sa jeune et ravissante épouse trentenaire, Adele, que veuf, il a épousé en secondes noces.  Il regrette de ne plus pouvoir assister à son rituel de la salle de bain, accordé à d'autres, comme ce Daniele, ce "neveu", grand beau et blond, accueilli sous son propre toit, tandis qu'il se retrouve exilé à l'autre bout de la villa. Il devine d'ailleurs les manoeuvres de sa femme pour le savoir occupé ailleurs. C'est peine perdue puisqu'il apprend le lendemain qu'il a une tumeur...
 
Nulle enquête dans ce nouveau titre de Métailié noir, car l'énigme n'est autre qu'une femme, celle du narrateur, ou plutôt non, car ce dernier la devine trop bien, et la voit venir, avec ses stratégies machiavéliques, jusqu'au jour où on lui apprend son cancer. Se serait-il trompé à son sujet ? L'aimerait-elle ? Ici, l'a
uteur sicilien de La disparition de Judas (2002) et de La Pension Eva** (2007) préfère placer le suspens au coeur de la sphère privée, même si la mafia n'est pas loin. L'énigme est d'autant plus cruelle à résoudre, le narrateur étant on ne peut plus lucide sur son mariage sans amour avec une femme plus jeune que lui, avec qui il ne peut espérer partager ses années d'oisiveté de retraité. On pourrait le plaindre, mais non, et puis quoi encore : quand on n'a vécu que pour son travail sans savoir à quoi occuper son temps libre, et que l'on épouse quelqu'un uniquement pour sa jeunesse et sa beauté, pourquoi s'étonner de s'ennuyer à la retraite et voir sa femme lui préférer des hommes plus jeunes ? Peu d'empathie donc pour le narrateur. Nonobstant, l'originalité du noeud de l'intrigue placé dans l'intimité du couple mérite d'être saluée. A ne pas offrir à un retraité.  

CAMILLERI, Andrea. - Le tailleur gris / trad. de l'italien par Serge Quadruppani. - Métailié, 2009. - 135 p.. - (Bibliothèque italienne). - ISBN 978-2-86424-701-2 : 16 €.

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Mercredi 28 octobre 2009 3 28 10 2009 14:40
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Qu'il serait doux d'échapper à cette vie dont elle n'espère plus aucun bonheur. Elle n'a qu'un souci : maquiller son suicide en accident pour ne pas le faire peser sur sa famille, qui s'occupera de son petit garçon de deux ans qui n'a jamais parlé. Oui, mais voilà, du mur du beau voisin à son balcon, il n'y a qu'un petit pas à franchir, un pas que le fils de ce dernier va faire chaque jour pour les rejoindre...

Une nouvelle douce-amère comme la vie, une vie que seul l'amour peut faire supporter, que seul l'amour entre deux êtres peut faire aimer. L'amour aussi d'enfants pour leurs parents qui ne peuvent plus les aimer, déchirés eux-mêmes de l'intérieur par la souffrance d'une séparation, d'une rupture de désir qui lui rappellent l'autre. Mais rien n'est dit, tout est suggéré. Ce sont ces petits riens de la vie banale d'une vie en Sardaigne, écrasée par un soleil toujours trop cuisant. Mais sous cette apparente légèreté du style de Milena Agus, auteur de Mal de pierres (2007) et de Battement d'ailes (2008), derrière ces actes anodins, c'est tout un monde de pensées intimes qu'elle révèle, ces peurs de la maladie, de la mort, ou au contraire ces envies de mourir plus fortes que tout, toutes naissant d'un manque d'amour et mourant lorsque renaît le désir.

"Vivre était vraiment terrible. Bien sûr, pas toujours. Il y avait eu aussi pour elle des moments où elle avait désiré vivre. Par exemple quand le père du bébé lui parlait en enroulant autour de ses doigts ses cheveux qu'elle avait très longs, ou quand ils allaient manger des pizzas et qu'ils s'asseyaient l'un près de l'autre et les choisissaient différentes parce que, de toute façon, ce qui était dans l'assiette de l'un était aussi à l'autre, ou dans les excursions à la montagne, lui, attentif, derrière dans les montées, devant dans les descentes, ou bras dessus bras dessous en ville, parce que le père du bébé marchait vite et elle lentement, et alors elle s'accrochait et se laissait entraîner par ce doux courant, ou au lit : comme il lui plaisait, au lit."  (p. 42).

Une petite nouvelle toute simple qui ne m'a pas tant conquise que cela, contrairement à d'autres critiques dithyrambiques dans la presse - Télérama - et dans la blogosphère - Des livres et des champs, Culturofil, Brik à book, etc...  


AGUS, Milena. - Mon voisin / trad. de l'italien par Françoise Brun. - Editions Liana Levi, 2009. - 51 p.. - (Piccolo ; 60). - ISBN 978-2-86746-500-0 : 3 euros.

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Dimanche 25 octobre 2009 7 25 10 2009 15:22
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"Comment pouvait-il quitter tout cela ? Chaque pierre, chaque coin de rue, chaque détail éveillait un souvenir dans son esprit embrouillé. Ces souvenirs étaient pour la plupart mauvais, porteurs d'instants de tristesse et de douleur au fil des ans. Même les quelques bons moments, remontant aux premiers mois qu'il avait connus avec Margaret, même ces rares souvenirs de bonheur étaient diminués par ce qu'ils étaient devenus. Oui, Acheninver l'avait vu traverser des années noires. Et pourtant, c'était ce qu'il connaissait, ce qui constituait sa vie. Aussi terrible que cela avait pu être, comment pouvait-il, lui, un homme de plus de cinquante ans, mettre en pièces tout ce qui s'était passé avant et se lancer dans un avenir imprévisible ?" (p. 24)


Au mariage de Flora, sa fille unique, Murdo Munro prend soudain conscience qu'il va désormais se retrouver seul avec cette femme qu'il a épousée il y a tout juste vingt-six ans et avec qui il n'a jamais été heureux. Il quitte l'église et, arrivé chez lui, décide de mettre le feu à sa maison, à sa maison à elle qui l'a toujours méprisé et avec qui il n'a rien partagé, même pas  l'amour de leur fille qu'elle a manipulée. Il fuit sa maison, son village, son travail dans les forêts de cette île de l'ouest de l'Ecosse, sa vie passée. Sans toit, il décide de rejoindre sa soeur Bessie, avec la peur du gendarme au ventre. Un incident met rapidement un terme à son séjour : il reprend la fuite, pareil à un animal traqué...

 

La beauté des descriptions de paysages mélancoliques est à l'image des tourments intérieurs de cet homme livré à lui-même, et souffrant d'un manque d'amour. Cet  homme qui a tiré violemment un trait sur son passé, cet homme n'ayant plus rien, se retrouvant à vagabonder sur les routes, n'est pas sans rappeler les personnages solitaires touchant le fond de Paul Auster. Mais lui ne semble avoir ni l'énergie ni le désir de recommencer une nouvelle vie. Aucune échappatoire ne s'ouvre à lui. Dominic Cooper signe là un roman sombre et sans espoir, comme si n'était pas libre qui voulait.

 

COOPER, Dominic. - Vers l'aube / trad. de l'anglais (Ecosse) par Céline Schwaller. - Métailié, 2009. - 185 p.. - (Bibliothèque écossaise). - ISBN 978-2-86424-700-5 : 18 euros.

 

Ecosse - solitude


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Dimanche 18 octobre 2009 7 18 10 2009 16:14
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"Il n'y avait aucun livre dans la maison de Grialet : c'était la maison tout entière qui était un livre. L'immeuble, comme je le sus par la suite, avait appartenu à l'éditeur Fussel, qui avait fait construire portes et fenêtres comme si elles avaient été des couvertures de livres. Les escaliers à colimaçon s'élevaient comme des arabesques ; des pièces imprévues surgissaient de-ci de-là comme des notes de bas de page ; les couloirs s'allongeaient telles des gloses exagérées. Et sur les murs blancs s'étalaient des écritures, tracées parfois avec soin et d'autres avec l'urgence que donne l'inspiration subite." (p. 150)

Fils de cordonnier à Buenos Aires, Sigmundo Salvatrio n’aspire qu’à devenir l’un des grands détectives privés rassemblés au sein du Cercle des Douze. Aussi, lorsque l’un d’entre eux, Renato Craig, propose un cours, il s’y précipite dans l’espoir de devenir peut-être son assistant. C’est chose faite lorsque celui-ci, malade, le délègue pour le représenter à Paris à une réunion du Cercle au complet. Pas vraiment au complet puisque l’un d’entre eux, Darbon, meurt avant l'ouverture de la fameuse exposition universselle de 1889, en chutant de la Tour de Monsieur Eiffel. Pour les besoins de l'enquête, Sigmundo devient alors l'assistant de Viktor Arzaki, détective polonais vivant à Paris, le meilleur ami de son maître…
  

Pablo de Santis ancre avec habileté ce polar dans cette période un peu trouble où le positivisme, le progrès scientifique et technique, angoissent tous ceux qui aiment à cultiver le mystère et les réunions secrètes. Mettant son érudition au service d’un roman policier jouant tant sur le registre des vieux romans populaires que sur celui aux frontières d'un fantastique philosophique hérité de Borges, il nous offre ici une lecture des plus passionnantes.

Vous trouverez aussi du même auteur
Le Calligraphe de Voltaire* critiqué dans mes Carnets de SeL.


SANTIS, Pablo de. - Le Cercle des douze / trad. de l’espagnol (Argentine) par René Solis. - Métailié, 2009. -  270 p.. - ISBN 978-2-86424-692-3 : 19 euros.

Policier – exposition universelle – Paris.

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Dimanche 4 octobre 2009 7 04 10 2009 14:18
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"Le regard de Milene allait de Felicia aux Mata rassemblés en cercle entre elle, le mur et les draps suspendus, et elle savait que leur nom, à ces gens de la troisième vague, était très court, très simple, très facile à prononcer, d'une syllabe ou deux, mais en cet instant même elle ne s'en souvenait plus. Il se passerait la même chose quand ses oncles et ses tantes arriveraient, elle ne réussirait pas non plus à se cacher d'eux ni à leur parler. Elle sentait à l'intérieur de sa tête un nuage en spirale, un carrousel d'informations, de détails proches et lointains, tous pêle-mêle, dont elle n'arrivait pas à extraire l'essentiel devant ces visages plantés autour d'elle dans l'attente de ses paroles, alors qu'elle ne leur répondait pas." (p. 50)

A Valmares, dans un Algarve tragique et sauvage, une province pauvre du sud du Portugal, Milene évolue entre ses tantes et oncles de la vieille famille Leandro, attachée à sa représentation sociale et les Mata, une famille nombreuse cap-verdienne vivace pour laquelle la musique irrigue la vie. Pour les uns elle est cette orpheline non désirée, attardée ; pour les autres  elle est cette gamine toute maigre en état de choc provoqué par la mort de sa grand-mère Regina, venue mourir seule aux portes de sa fabrique, personne d'autre de la famille n'ayant pu assister à ses funérailles, alors partie à l'étranger. Entre ces deux familles si différentes, un lien va se tisser, inexorablement, c'est l'amour naissant entre Milene et le fils Mata, Antonio, le grutier, un amour qui se vit caché d'abord pour enfin éclater au grand jour...

Indubitablement on est happé par ce roman dont l'atmosphère est très vite plantée : sous une chaleur accablante, entre un quartier décadent et une bâtisse au milieu de nulle part, un drame se noue, lentement mais implacablement. On est séduit par l'écriture sensuelle et envoûtante de Lidia Jorge qui écrit là son sixième roman, un roman où les femmes dominent le théâtre de la vie, où les inégalités sociales s'exacerbent lorsqu'il est question de l'alliance entre deux familles que tout oppose, où la cruauté et la lâcheté apaisent les consciences. Un grand roman.

"S'ils n'avaient pas d'argent sur les livrets d'épargne, c'était bien parce que ce même argent se trouvait là, éparpillé par terre, dans toutes ces machines qui remplissaient les maisons et la cour. Pensa-t-elle dans sa langue. Pourquoi dépensaient-ils tant d'argent dans des objets inutiles ? Dans des fils électriques ? Des lampes ? Des montres ? Rien que les montres, dans cette maison, il y en avait vingt-cinq, elle les avait comptées. Dans des disques, des revues, des photos ? Des charretées et des charretées d'objets complètement inutiles." (p. 283)

Roman sorti en poche

Ce roman a reçu le grand Prix de l’Association Portugaise des Ecrivains 2003, l’un des prix littéraires les plus prestigieux du Portugal, et le prix Correntes d'escritas 2004.
 
   

JORGE, Lidia. - Le Vent qui siffle dans les grues / traduit du portugais par Geneviève Leibrich. - Métailié, 2009. - 448 p.. - (Suite Portugaise). - ISBN 978-2-86424-679-4 : 12 euros.

Portugal - discrimination raciale - relation parent-enfant



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Dimanche 27 septembre 2009 7 27 09 2009 11:00
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La muneca rusa

 
Après avoir été à la tête des miliciens à la guerre d'Espagne, Africa de las Heras, désormais à la solde du KGB et formée par Oleg, amoureux d'elle, commence par être la secrétaire de Trotski, séjournant alors à la Casa Azul de Diego Rivera et Frida Khalo, avant d'être chargée de séduire un poète uruguayen, Felisberto, anticommuniste déclaré, pour l'épouser et introduire sur le sol américain des espions soviétiques.

"Et si la clé ne se trouvait pas dans ce que l'on conserve, mais dans ce que l'on perd, ou dans l'interstice existant entre les deux ?" (p. 244)

A partir d'une histoire vraie, Alicia Dujovne-Ortiz nous brode une romance totalement farfelue et fantaisiste sur fond d'espionnage en pleine guerre froide, qui se lit sans déplaisir.

DUJOVNE-ORTIZ, Alicia. - L'étoile rouge et le poète / trad. de l'espagnol (Argentine) par Claude de Frayssinet. - Métailié, 2009. - 243 p.. - (Bibliothèque hispano-américaine). - ISBN 978-2-86424-689-3 : 18 €.

polar - espionnage - guerre froide - artiste

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Samedi 5 septembre 2009 6 05 09 2009 16:07
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