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Carnets de SeL

Un diamant brut : Vézelay-Paris 1938-1950

Ses parents morts, Yvette Thomas reste chez maman Blanche, en Bourgogne, qui la traite comme sa fille et s'émerveille de son intelligence des choses. Mais l'Assistance Publique retire Yvette de ce foyer chaleureux pour la placer dans une famille d'accueil, chez des gens méchants qui la traitent comme une esclave et où elle régresse insensiblement. Mais voilà que les Zervos, éditeurs et mécènes, appartenant à l'intelligentsia parisienne, découvrent la beauté, l'intelligence et les talents de cette petite et décident de l'adopter. Commence alors son immersion dans un autre monde à Saint-Germain-des-Prés, fréquenté par des artistes comme Pablo Picasso, son professeur de dessin et ami, Paul Eluard ou René Char, un monde fascinant mais aux desseins troubles...

Nul doute que les références constantes à des artistes célèbres, à qui elle redonne couleur humaine, sont pour beaucoup dans l'intérêt éprouvé à la lecture de cette autobiographie, bien écrite au demeurant, prenant la suite au souffle tragique d'une enfance malheureuse et à la dénonciation du sort des enfants placés en Assistance Publique, utilisés à des fins diverses, utilitaires d'abord, puis en guise de faire-valoir et d'objet sexuel.


SZCZUPAK-THOMAS, Yvette. - Un diamant brut : Vézelay-Paris 1938-1950. - Métailié, 2008. - 438 p.. - ISBN : 978-2-86424-654-1 : 20 €.

publié dans : Actualité littéraire française
Vendredi 13 juin 2008
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A Kaifeng au XIe siècle chinois, Lin Zhao-de se voit tout tracé un bel avenir devant lui : beau, intelligent, fils d'un artisan détenteur du secret de fabrication de porcelaines en bleu-vert inégalé, il est sur le point d'épouser la fille d'un marchand richissime, Précieuse. Mais son père décède. Son ambition et sa cupidité n'ayant pas de limite, Wang Chun, son futur beau-père, dérobe à sa mère le document où son père avait déposé son secret, les dépouillant du coup de ce qui aurait pu leur assurer un train de vie décent. Il y a pire : Wang Chun veut à présent défaire les fiançailles contractées entre les deux jeunes gens. Mais c'est sans compter sur la volonté de ces derniers, violemment épris l'un de l'autre...

Nul besoin de vous faire un dessin au vu de cette intrigue : les obstacles que le marchand puissant et retors mettra sur le chemin du héros pour l'empêcher d'épouser sa fille constitueront autant de rebondissements pour ce roman d'aventures au parfum exotique de la Chine des Song. Un bon petit roman, gentillet et divertissant, qui se lit d'une traite, à emporter pourquoi pas dans son sac de plage.

BUGNON-MORDANT, Michel. – Le Secret du céladon. - Picquier, 2008. – 267 p.. – ISBN 978-2-87730-992-9 : 18,50 €.

publié dans : Actualité littéraire française
Dimanche 18 mai 2008
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Une fable moderne imaginée à partir de L'Homme qui rétrécit
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Dans un couple, l'homme se doit d'être plus grand que sa femme, sous peine de voir sa virilité en prendre un sacré coup, aux yeux de tous, y compris de ses enfants. Alors que dire du beau Léon, 1,66 m., marié à la rutilante Solange, 1,80 m., qui continue à perdre 39 cm à la naissance de chaque enfant, le quatrième le laissant réduit à la taille d'un orteil, et ô combien vulnérable...

Hélas, Pascal Bruckner manque de chance puisque j'ai relu en octobre dernier le formidable roman de Richard Matheson, écrit il y a plus de cinquante ans, L'Homme qui rétrécit***, et revu l'adaptation à laquelle il avait lui-même procédé au cinéma. Et le verdict est là : dans la lignée des oeuvres parcourues par ce même thème de l'homme confronté à un changement de proportion (Swift, Matheson et beaucoup d'autres avant lui), cet énième roman ne fait vraiment pas le poids !

C'est peut-être voulu, me direz-vous : la comédie se veut légère, la fable moderne, symbolisant le mal-être actuel de ces hommes qui ne savent plus où se trouve leur place, qui ont leur part des tâches et qui pouponnent, perdant dans leur mariage et leur paternité leur virilité. C'était déjà frapper à la mauvaise porte, ce genre de considération me semblant plus sexiste qu'autre chose.

"Léon faisait le tour du propriétaire, se disait : Tout ça est à moi ! Ouah, je suis riche. La Corpulente le fascinait. Il grimpait vers son visage, traversait la longue plaine qui sépare le haut des seins de la base du cou, se hissait, grâce à quelques plis judicieusement placés, jusqu'au promontoire du menton et s'asseyait en tailleur juste en dessous de la bouche. Il promenait alors le faisceau de sa torche sur le paysage tel un touriste assis au pied d'une pyramide. Quelle merveille que cette femme !" (p. 122-123)

Au demeurant, Pascal Bruckner s'est très probablement inspiré de certains épisodes du roman de Matheson pour construire son intrigue, déclinant sur un ton humoristique ce que le premier avait fait vivre de manière tragique à son protagoniste : le désir sexuel, l'interrogation sur ce qui fonde le rôle éducatif du père, la menace de l'animal domestique, le recours à une maison de poupée à sa taille,... tous ces éléments ont été repris et développés, faisant de ce "petit roman" quelque chose de tendre et de cruel, et de divertissant, émaillé de blasons du corps féminin. Enfin, sa jolie couverture qui en fait un bel objet m'empêcherait presque de m'en séparer pour qu'il aille courir sa chance chez d'autres lecteurs. Bref, une lecture qui pourrait être sympa si vous n'avez pas en tête ses précurseurs.

Vous trouverez des critiques plus élogieuses chez Lily et ses livres et dans Le journal d'une lectrice.

Grasset, 2007. – 211 p.. – ISBN 978-2-246-73141-2 : 13,90 €.
 

publié dans : Actualité littéraire française
Jeudi 14 février 2008
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Chroniques d'un enfant dans la guerre

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guerre d'Algérie : 1954- 1962

Des anecdotes d'un quotidien cruel, des épisodes atroces de la guerre d'Algérie, un exil forcé et caché, voici tous les souvenirs d'enfance de Philippe Aéri, une enfance volée parce qu'il est né Pied-Noir et parce qu'il a grandi dans un climat de haine et de peur. C'est donc la vision du conflit d'un enfant de dix ans que nous offre cette autobiographie, un garçon, toujours premier de sa classe, qui comprend le soulèvement de ce peuple colonisé méprisé, participe aux conversations familiales et regrette que même la cour de récréation reflète la division des adultes.

Près d'un demi-siècle plus tard, Philippe Aéri nous livre dans le désordre, en chapitres très courts, les souvenirs de son enfance dans une Algérie déchirée par la guerre, et en examine les cicatrices, avec une clairvoyance que lui ont transmise ses parents. Un récit sensible, lucide et bien écrit, sans frioriture aucune.

AERI, Philippe. – Avoir dix ans en Algérie : chroniques d'un enfant dans la guerre / préf. de Henri Alleg. – Le Temps des Cerises, 2007. – 229 p.. – (coll. Girofla). - ISBN 2-8410-9657-2 : 15 €. 
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publié dans : Actualité littéraire française
Samedi 2 février 2008
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Vivre intensément repose / Valère Staraselski


Un écrivain retrouve lors d’une dédicace son premier amour, remariée et embourgeoisée. Très vite, elle le mitraille de courriels pour renouer… Une infirmière vient faire à un vieillard sa piqûre et lui fait une révélation qui le tue… Un commande de police ayant dû interrompre ses études de philosophie laisse partir une prostituée russe étudiante lisant Hegel... Malgré son diplôme de conseiller juridique, Pascale ne trouve qu’un emploi dans une superette et croise dans le couloir de son immeuble un vieil homme qui l’insupporte… Un vieil homme et sa nièce prennent le train. Des gamins entrent dans leur compartiment et parlent football… Un vieil écrivain à qui on a fait la commande d’une nouvelle policière cherche désespérement l’inspiration lorsqu’il croit entendre les cris d’une femme au cœur de la nuit…

Huit nouvelles sur les relations sociales, sur cette incommunicabilité entre les êtres, sur cette méconnaissance de l’autre, promptes à faire passer subrepticement dans leur chute une moralité. 

STARASELSKI, Valère.- Vivre intensément repose. – Genouilleux : La passe du vent, 2007. - 109 p.. - ISBN : 978-2-84562-121-3 : 10 €.

Editions La passe du vent
La Callonne
01090 GENOUILLEUX

publié dans : Actualité littéraire française
Dimanche 2 décembre 2007
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Le chat dans la gorge ** / Colette PELLISSIER

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Deux garçons, une fillette, un père et une mère, voilà somme toute une famille ordinaire, et c’est bien parce que cela en est une, comme tant d’autres, que s’y jouent autant de drames qui jalonnent les multiples étapes de la vie commune de ses membres...

Par petites touches, l’auteur nous conte avec délicatesse les désirs contrariés et les colères rentrées de chacun des membres d’une petite famille. Un premier roman bien prometteur, mais je n'en dis pas plus !

Vous trouverez sur Amazon, directement en cliquant sur la couverture, les avis élogieux de Clarabel, Laure et Cuné : ce roman semble faire l'unanimité sur les blogs. Alors, n'hésitez pas, parlez-en, et, s'agissant en l'occurence d'un petit éditeur indépendant, de cette façon vous le soutiendrez.

PELLISSIER, Colette. – Le chat dans la gorge. – Queyrac : éditions Delphine Montalant, 2007. – 80 p.. – ISBN : 978-2-915779-06-6 : 12 €.


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Mercredi 21 novembre 2007
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Mort sur la route ** / David Le Breton (2007)
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Pour échapper à la violence de leur vie familiale, des adolescents survivent bon an mal an, livrés à eux-mêmes, dans des squats où règne la loi de la jungle. Quand l'un d'entre eux meurt, de froid ou d'overdose, personne n'est là pour s'en soucier. Et quand une fille disparaît non plus. Parallèlement, un réseau de prostitution se développe à Strasbourg, alimenté par les femmes de villages bosniaques réduites à l'esclavage sexuel. Parmi ces malheureuses, Ana, qui parle français, espère s'échapper pour pouvoir se venger d'Oszan. C'est donc par hasard, suite à une agression qui le laisse démuni et groggy, que Thomas, enseignant à l'université, rentré anéanti moralement de Bosnie, est ramené au squat par Laure et Olivier, âgés de seize ans. Aussi, quand Laure disparaît à la suite de Leila, Thomas semble se ranimer et cherche des pistes qui l'amènent à suivre Oszan et ses acolytes...

Brrrrr ! Ce roman nous plonge dans les affres de la misère humaine, d'autant plus effrayante et touchante qu'elle nous côtoie au quotidien, sans qu'on y prête attention. Lui-même, comme son protagoniste, professeur à l'université de Strasbourg, David Le Breton nous avait habitués à ses essais sociologiques ou philosophiques sur le corps, la douleur, la perception, et il signe là son premier roman, précisément un roman sur la douleur morale plus que physique de ce dénuement qui livre les jeunes au pire des maux. Il dénoue le fil de ces jeunes destins brisés par leurs propres parents, marqués à jamais par leurs preuves de désamour, voire d'inceste, et ce quelle que soit leur origine sociale. Il nous décrit ces autres oubliées du système, ces prostituées qui viennent de l'Est, ayant tout perdu, jusqu'à leur liberté. David Le Breton nous décrit là un
monde hostile et méconnu, où seul le présent compte, la survie à l'instant, où l'humain n'est plus si loin de l'animal, et peut mourir "bêtement" de froid. A la lecture de cette histoire très sombre mais véritablement passionnante, on ne peut qu'inciter David Le Breton à poursuivre sur cette voie romanesque.

LE BRETON, David. - Mort sur la route. - Métailié, 11 octobre 2007. - 269 p.. - (Hors collection. Noir). - ISBN : 978-2-86424-631-2 : 17 €.

publié dans : Actualité littéraire française
Dimanche 7 octobre 2007
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