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Carnets de SeL

Histoire, engagement politique

gangreneetloubli Professeur d'histoire du Maghreb contemporain à l'INALCO, Benjamin Stora explique les raisons d'un non-dit collectif de part et d'autre de la Méditerranée, avec d'un côté l'amnésie française des "événements", qui se nourrit du refus à reconnaître la moindre culpabilité), et de l'autre la frénésie algérienne de commémorations (qui fonde une légitimité militaire étatique).

 

Considéré à juste titre comme le spécialiste de la guerre d'Algérie, Benjamin Stora explique ici avec précision quelle censure exerça l'Etat et quelle image il donna à ses "entreprises de pacification", de même qu'il examine dans le détail pourquoi la guerre d'Algérie, les différents massacres comme celui du 17 octobre 1961 à Paris, et la question des Harkis, restent autant de tabous dans la mémoire collective française.

 

Un excellent travail de documentation et d'analyse, pour mieux comprendre notre histoire contemporaine et ses relents de racisme.

 

STORA, Benjamin. - La gangrène et l'oubli : la mémoire de la guerre d'Algérie. - Paris : La Découverte / Poche, 1998. - 376 p.. - ISBN 978-2-7071-4626-7 : 12 €.

 

Guerre d'Algérie - mémoire


Publié dans : Histoire, engagement politique
Vendredi 3 septembre 2010 5 03 /09 /Sep /2010 12:43
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appelesenAlgerie-Mauss Claire Mauss-Copeaux procède en 1998 à une étude systématique de la mémoire de 39 simples appelés du contingent, originaires des Vosges, traumatisés et honteux. Ouvriers ou paysans pour la plupart. Sa démarche va mettre en branle un travail d’introspection, rendu difficile par la solitude de ces anciens combattants qui n’ont pas osé en parler à leur père ou à leur grand-père, lesquels ont fait des guerres mieux reconnues, ni à leurs enfants.

 

Beaucoup avaient commencé à travailler à 14 ans : des ouvriers et les paysans pour la majorité, les autres, les riches, les fils d’ingénieur, les médecins, les journalistes, bénéficiaient d’un sursis, ou pouvaient remplir des fonctions administratives et logistiques.

Là-bas, ils avaient tous entre 20 et 22 ans. Le service militaire durait alors de 27 à 30 mois, dont 18 à 24 mois en Algérie pour les opérations de « maintien de l’ordre ». Cela relevait du devoir civique, même s’ils étaient quelques-uns à s’interroger sur le bien-fondé de leur mission : pourquoi aller se battre là-bas ? pour sauvegarder les richesses et les privilèges des colons ?

L’esprit de groupe, la fraternité prévalaient dans cet univers parallèle où les règles étaient différentes, qu’ils considéraient d’abord comme absurdes avant de s’y habituer, où la morale n’était pas la même. Pour eux, la guerre, cela relevait du massacre, mais aussi de toutes ces violences quotidiennes : les vérifications d’identité, les ratissages, les bouclages, les embuscades au quotidien. Ils étaient bouleversés par les « corvées de bois » pour lesquelles on demandait des volontaires. Quand ils partaient en mission, ils n’en savaient pas plus. Ils ne savaient pas si cette guerre allait s’arrêter, si l’un ou l’autre prenait le dessus. Face à la faible motivation des appelés, il y avait le courage des Algériens qui se battaient pour leur terre. Et ils étaient blessés par l’ingratitude des colons, choqués par leurs richesses et leur confort, qui n’avaient pas l’air de se rendre compte qu’ils étaient en guerre.

 

Edifiante, passionnante, cette somme de témoignages, cette mémoire orale de simples appelés au cœur du conflit, avec leurs doutes, leurs opinions, leurs expériences, est encadrée par l’analyse fine de l’historienne, qui croise les sources, débusque les fantasmes et préjugés, et donne la parole à ceux qu’on a mis en première ligne.

 

MAUS-COPEAUX, Claire. – Appelés en Algérie : la parole confisquée. – Hachette littératures, 1998. - 333 p.. – (Pluriel). – ISBN 978-2-012-79052-0 : 7,60 euros.

 

Guerre d’Algérie – service militaire


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Jeudi 26 août 2010 4 26 /08 /Août /2010 20:24
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Mémoiresd'unappeléd'Algérie-Kyklos A 19 ans, René Malet tombe amoureux de Michèle et voilà qu'il reçoit une lettre officielle lui demandant de se présenter à la mairie pour passer le conseil de révision. Au programme  se retrouver avec les autres nu  comme un ver, passer sur la balance puis sous la toise. Six mois après, il est convoqué pour un stage de 3 jours à la caserne du Château de Vincennes : les tests, la visite médicale où il est déclaré apte alors qu'il ne voit pas à trois mètres. Départ ensuite pour Evreux, pour dix mois de monotonie et de marches au pas cadencé, avant de partir en "mission de pacification" en Algérie. Là-bas, c'est rester à attendre ou partir en opération, la peur au ventre, cerné par les vagues de ta-ta-ta-ta-ta-ta-ta-ta ! des fellagahs tapis dans les anfractuosités du terrain, c'est voir un homme en train se faire torturer,  brûlé à la cigarette pour le plaisir sadique ou ligoté à un arbre avec du fil de fer barbelé muni d'un tourniquet pour le faire entrer dans les chairs. C'est vivre l'absurdité et la monstruosité de la guerre.

 

Un beau témoignage que nous livre là René Malet, clair et vivant.


MALET, René. - Mémoires d'un appelé d'Algérie : 1959-1961. - Kyklos éditions, 2009. - 195 p. : photogr. n.b.. - ISBN 978-2-918406-01-3 : 17 euros.


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Dimanche 18 juillet 2010 7 18 /07 /Juil /2010 16:01
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DSC04797 Rien de plus rien de moins qu'un album de photographies d'appelés prises en Algérie par Marc Flament, photographe aux armées, commentées par un récit de Michel Le Cornec, d'après une première édition datant de 1964 aux éditions de la Pensée Moderne. Les photographies, s'étalant sur toute une page bien souvent, ont beau être plus ou moins floues, elles restituent à elles seules les marches, les paysages parcourus, les amitiés naissantes, l'Autre qui ressemble tant à soi-même, la peur, l'odeur du sang, de la sueur et de la mort. Un aller-retour dans cette guerre qui ne disait pas son nom.


Editions du Patrimoine, 2000. - ISBN 2-7339-0706-9 : 29,80 euros.


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Mardi 13 juillet 2010 2 13 /07 /Juil /2010 10:29
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appelsdu18juin Les appels du 18 juin ? Comment cela ? N’y a-t-il pas un seul et unique fameux appel du 18 juin 1940 lancé depuis Londres par le général de Gaulle ? Gilles Ragache va nous raconter toute l’histoire de cet appel, son contexte et ses obstacles, et la difficulté d’en retrouver les traces, si ce n’est le manuscrit du texte radiodiffusé ce jour-là, celui de l’affiche du 3 août, l’affiche elle-même et l’enregistrement radiophonique du 22 juin.

Un documentaire qui se lit comme un roman.

 

RAGACHE, Gilles. – Les appels du 18 juin. – Larousse, 2010. – 238 p.. – ISBN 978-2-03-585054-6 : 15 €.

 

De Gaulle – guerre mondiale : 1939-1945.


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Mercredi 7 juillet 2010 3 07 /07 /Juil /2010 11:27
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guerre d Algerie-Mme Grinderche

"Un homme qui souffre n'a pas de patrie, c'est avant tout un être humain !" (p. 190)


Le devoir de mémoire, on le ressent d'autant plus vivement lorsque l'on a été témoin des atrocités d'une guerre, que l'on a préféré taire, tout au long de sa vie, pour ne pas en revivre le traumatisme ou pour ne pas lire dans les yeux de ses auditeurs l'incompréhension.


Comme beaucoup de Français, Jean-Claude Potty est parti en guerre d'Algérie. Ordonné prêtre en 1990, il nous livre ce témoignage presque cinquante après. Il nous raconte ici moins la censure de la presse écrite, qu'il remarque aussitôt son arrivée, que l'institutionnalisation de la torture au 2e bureau, sous les ordres de Monsieur Jean, qui frappe des innocents et le révolte.   


Guerre d'Algérie : un appelé se souvient... / Jean - Claude Potty. - JMG éditions, 2004. - 263 p.. - ISBN 2-915164-17-7 : 15 €.


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Jeudi 1 juillet 2010 4 01 /07 /Juil /2010 13:40
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decleyre Cet ouvrage très court est composé de moitié par les extraits d'une courte biographie qu'a retracé Chris Chras de Voltayrine de Cleyre, et de l'autre par la conférence que cette dernière donna en réponse au plaidoyer de la Dr Henrietta P. Westbrook en faveur du mariage, dans les locaux de la Radical Liberal League, à Philadelphie le 28 avril 1907.

 

Née en 1866 dans le Michigan, Voltairine de Cleyre fut influencée par un père libre-penseur et socialiste, grand admirateur de Voltaire et de sa critique de la religion, et par un grand-père ardent défenseur des positions abolitionnistes. Pour qu'elle ne connaisse pas la pauvreté, son père la place néanmoins pour étudier trois années dans un couvent, dont elle sortira réfractaire à toute autorité. Elle assure alors sa subsistance en donnant des cours particuliers de musique, de français, d'écriture et de calligraphie, tout en commençant à donner des conférences et à écrire dans différents hebdomadaires libre-penseurs. Découvrant l'anarchisme puis le socialisme, sans en épouser les conceptions étatistes, elle défend l'idée d'un anarchisme sans étiquettes, tolérant, féministe et non-violent. En 1905, elle ouvre avec plusieurs de ses amies anarchistes la Bibliothèque révolutionnaire.

 

Voltairine entame son argumentation par deux questions :

- Comment peut-on distinguer entre une bonne et une mauvaise action ?

- Quelle est ma définition du mariage ?


Pour la première, elle observe que la tendance sociale actuelle s'oriente vers la liberté de l'individu, ce qui implique la réalisation de toutes les conditions nécessaires à cette liberté.


Pour la seconde, elle considère non pas la cérémonie en elle-même, civile ou religieuse, qui rend publique une affaire strictement privée, mais "son contenu réel, la relation permanente entre un homme et une femme, relation sexuelle et économique qui permet de maintenir la vie de couple et la vie familiale actuelle."(p. 39).

En ce qui concerne la vie de couple, elle a la conviction que

 

"le moyen le plus facile, le plus sûr et le plus répandu de tuer l'amour est le mariage"


car il est voué à être souillé par les "mesquineries indécentes d'une intimité permanente."(p. 40). Mieux vaut garder une certaine distance que fusionner en une entité.

 

Quant à la vie familiale, elle remarque qu'à notre époque, on peut avoir d'autres soucis que l'effort reproductif pour perpétuer l'espèce. Donc 

"l'épanouissement de l'individu n'implique plus nécessairement d'avoir de nombreux enfants, ni même d'en avoir un seul." (p. 47) "Pour une minorité, l'éducation des enfants représentera le besoin dominant de leur vie tandis que, pour une majorité, cela constituera seulement un besoin parmi d'autres", physiques et spirituels, élémentaires et sexuels, artistiques et intellectuels. L'enfant d'ailleurs n'a pas forcément besoin d'un couple sclérosé pour grandir, bien au contraire.

 

Enfin, au bout de quelques années d'existence commune, l'interdépendance croît au point d'handicaper chacun dans sa liberté individuelle : sans l'appui économique d'un mari, l'épouse ne peut subsister, tandis que ce dernier, se retrouvant sans elle, se déclare incapable de tenir une maison, de se nourrir et de se vêtir décemment.

 

Les deux individus ne savourent plus la présence de l'autre, les petits détails mesquins de la vie commune les irriteront, et leur attirance physique, au fil des ans, s'émoussera avec l'altération de leur corps et l'habitude.

 

Sa conclusion ? "Le mariage défraîchit l'amour, transforme le respect en mépris, souille l'intimité et limite l'évolution personnelle des deux partenaires." (p. 59-60)

 

Une conclusion ferme et catégorique s'il en est... A nous de faire en sorte que la personnalité de l'un n'absorbe pas l'autre, mais qu'elle aille dans le sens du partage.

 

 

D'autres pistes de libre-penseurs :

Wendy Mc Elroy, auteure féministe canadienne,

Thomas Paine, journaliste et pamphlétaire britannique,

Mary Wollstonecraft, écrivaine britannique féministe, épouse de l'anarchiste communiste William Godwin et mère de la future Mary Shelley,

Emma Goldman, célèbre figure de l'anarchisme américain,

Natasha Notkin, militante révolutionnaire russe,

Perle McLead, militante anarchiste d'origine écossaise,

Jean Grave, cordonnier autodidacte, vulgarisateur des thèses de Kropotkine,

Francisco Ferrer, pédagogue et anarchiste espagnol,

Sharon Presley,

Ricardo Flores Magon.


Traduit et annoté par Yves Coleman. - Paris : éditions du Sextant, 2009. - 59 p.. - (Les increvables). - ISBN 978-2-84978-029-9 : 7 euros.


Publié dans : Histoire, engagement politique
Mercredi 30 juin 2010 3 30 /06 /Juin /2010 01:43
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