Histoire, engagement politique

Professeur émérite à l'Université de Paris X, Henri Arvon a écrit de nombreux ouvrages sur l'anarchisme et le bouddhisme. Dans ce petit "Que sais-je", il évoque les origines historiques et philosophiques de l'anarchisme, brosse le portrait et les idées des principaux théoriciens de l'anarchisme, dont il donne les conceptions philosophiques, sociales et morales, pour enfin en dresser l'historique.

Sachez donc : 

1- que l'anarchisme prend sa source au moment de la Révolution française,
qui n'est autre que le triomphe du libéralisme puisqu'elle
« proclame que l’individu est une fin en soi et que toutes les formes politiques et sociales ne sont créées que pour contribuer à son plein et entier épanouissement. » (p. 6). Son principe, la liberté, n'est finalement pour quelques-uns qu'un mirage car

a) le libre jeu de la concurrence écrase celui insuffisamment armé pour la lutte,

b) le maintien de la propriété privée garantit l’indépendance des possédants mais aussi la dépendance voire l’esclavage des non-possédants.


Or cette contradiction hypothèque le libéralisme :

« L’organisation politique repose sur les principes éternels de la liberté, de l’égalité et de la fraternité, alors que la vie sociale est dominée par l’esclavage économique, l’inégalité sociale et la lutte des classes. » (p. 6), d’où la Conspiration des Egaux dirigée par Babeuf.

Autre problème : comment concilier la liberté individuelle avec la liberté de tous ?


Car si l’égalité politique est inséparable de la liberté individuelle, l’égalité sociale, qui est le gage de la liberté de tous, postule une certaine limitation de la liberté individuelle.


D'aucuns commencent à être convaincus que le citoyen ne jouit pas de la liberté véritable dans une société qui ne garantit pas sa vie matérielle. Adoptent cette position antilibérale
Victor Considérant, Le Socialisme devant le vieux monde actuel, Louis Blanc, L’Organisation du travail, Moïse Hess, Philosophie de l’action, et Karl Marx qui, dans  La question juive, évoque ce dualisme de l’Etat et de la société qui transparait dans la séparation des Droits de l’homme et du citoyen. En effet, quels sont ses droits ? L'égalité, la liberté, la sûreté, la propriété, soit des droits de l’individu limité à lui-même, et qui justifient l’égoïsme.


2 - que l'anarchisme trouve ses fondements philosophiques dans :  


 a) le rationnalisme français (Rousseau)
 : l'homme est tiraillé entre deux sentiments contraires : l’instinct social qui lui fait découvrir son bonheur dans le bonheur général, c'est-à-dire l’altruisme, et l’instinct de conservation qui l’oppose à ses semblables, c’est-à-direl’égoïsme. Au cours de l’évolution de l’humanité, l’égoïsme a pris le pas sur l’altruisme : l’homme est devenu pour l’homme un « loup ».

b) l'idéalisme absolu allemand (Hegel) : l’anarchisme prêche la souveraineté du Moi « unique » et appelle à la révolte contre toutes les aliénations (religieuses – contre l’Eglise, politiques – contre l’Etat, humanistes – contre les lois du Nous)

c) le christianisme : « si l’anarchisme combat la religion en tant qu’elle constitue une contrainte identique à celle que l’Etat exerce sur l’individu », comme Jésus, il « écarte l’Etat pour porter l’accent sur la valeur absolue qui s’attache à la personne humaine. »


3- que les théoriciens de l'anarchisme sont : 

  • L’Anglais William Godwin (1756-1836) et sa Justice politique

  • L’Allemand Max Stirner(1806-1856) et L’Unique et sa propriété (1844),

  • Le Français Proudhon (1809-1864), pour L’AUTOGESTION en politique et en économie,
  • Le Russe Michel Bakounine (1814-1876), qui prône un fédéralisme politique et économique,
  • L'écrivain russe Léon Tolstoï (1828-1910), pour l'Amour altruiste, qui influencera Gandhi, avec qui il a correspondu, et conduira à la libération de l’Inde par la non-violence.

 

4- que L’ANARCHISME, c’est :

le refus de toute autorité pour la défense de l'autonomie individuelle, et donc pour des contrats librements conclus entre les intéressés, le fédéralisme,l'antidémocratisme, l'antisocialisme, et une responsabilité individuelle accrue et l'entraide.



5- que le mouvement commence lors de la Première Internationale fondée à Londres en 1864 et qu'il s'essoufle un peu, même si on reconnait un mouvement américain à tendance anarchiste dans les années 70.



L'analyse d'Henri Arvon parait objective, ce dernier n'hésitant pas à qualifier de dépassée  la théorie de Tolstoï, et de critiquer certaines positions. En revanche, il passe un peu trop rapidement en revue, dans sa dernière partie, l'histoire du mouvement.
Cette lecture m'a permis de connaitre véritablement le fondement des idées anarchistes, dont on parle parfois sans savoir au juste de quoi il s'agit, ne retenant souvent que les comportements extrêmes et terroristes médiatisés. Certaines, d'entre elles, comme le fédéralisme, le crédit désintéressé ou le perfectionnement de l'individu, m'ont séduite.
Je ne peux que vous en conseiller vivement la lecture, si vous êtes curieux de connaître une autre manière de concevoir le fonctionnement de la société.

L’anarchisme / Henri Arvon. – Paris : Presses Universitaires de France, 1998. – 12e édition. 127 p.. – (Que sais-je ? ; 179). – ISBN 2-13-043463-0.

 


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Jeudi 10 décembre 2009 4 10 /12 /2009 07:30
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Militant de gauche et ancien communard déporté au bagne de l’île Nou, Gaston Da Costa relance après son amnistie le journal blanquiste Ni Dieu ni Maître et, pour réhabiliter cette grande insurrection du mouvement ouvrier qui eut lieu du 18 mars à fin mai 1871, il publie en 1903 en trois tomes ses mémoires sur cette période révolutionnaire, à l’appui de récits documentés, de discours, de textes de loi et de correspondances référencés. Les éditions Larousse en proposent ici une version allégée tenant en un seul tome, la rendant de nouveau accessible et toujours aussi instructive.

DA COSTA, Gaston. – Mémoires d’un communard : la commune vécue / préf. D’Alain Fillion. – Larousse, 2009. – 383 p. : ill. n.b.  coul. ; 16*22 cm. – ISBN 978-2-03-584835-2 : 25 €.



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Mardi 1 décembre 2009 2 01 /12 /2009 19:33
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Roman biographique

Synésios, promis à l’Eglise, avoue à son frère, Evoptios, avoir toujours partagé son temps à l’étude mais aussi à sa passion des armes et des chevaux, à laquelle il lui faudrait alors renoncer. Fin lettré, érudit, il aime voir jouer Les Oiseaux d’Aristophane, lire l’Alcibiade de Platon, et se rendre aux cours de mathématiques, de géométrie, d’astronomie, de sciences de la nature et de philosophie d’Hypathie, d’une beauté sans égale, de deux ans son aînée, à la tête d’un cénacle des meilleurs mouvements platoniciens du monde. Et, après avoir aimé à Cyrène Démétria, esclave scythe, admiré Hypathie à Alexandrie, il rencontre à Constantinople, où il a été envoyé, Paulina, la femme du sénateur, avant de fuir, échappant de justesse au tremblement de terre de 402. De retour à Pentapole, et bien qu’il ne soit pas pratiquant, marié et père de trois enfants, Synésios est nommé évêque…

Synésios a bel et bien existé, et c’est donc par l’intermédiaire de sa biographie retracée par Michel Buenzod, que l’on découvre avec lui en voyageant en Lybie, en Egypte puis en Turquie, les idées et les mœurs de l’Antiquité, auxquels il déroge souvent, considérant par exemple bien mieux la gente féminine, esclave ou non, que ses pairs.

BUENZOD, Michel. – L’Evêque de Cyrène. – Pantin : Le Temps des cerises, 2008. – 207 p.. – ISBN 978-2-841-09708-1 : 14 €.

Philosophie – chrisianisme – Antiquité.

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Samedi 28 novembre 2009 6 28 /11 /2009 16:35
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Titre original : Hold everything dear

Dans cette vingtaine de chroniques pour la plupart publiées entre 2001 et 2006 dans de grands journaux internationaux comme Le Monde diplomatique, El Pais ou le Times, John Berger traite de sujets allant du conflit israëlo-palestinien à la vision de Bacon, celle d’un monde sans pitié, de la bombe atomique sur le territoire japonais en 1945 à la question de savoir pourquoi on en arrive à devenir un martyr dans l’action terroriste. Et c’est avec intérêt qu’on a lu les articles et récits de « voyage » de cet intellectuel anglais dont la plume allie sensibilité et esprit critique, poésie et analyse sociale, politique et psychologique.

Lire l’article de Pierre Assouline à son sujet.

BERGER, John. – Tiens-les dans tes bras : chroniques de la résistance et de la survie / trad. de l’anglais par Claude Albert et Michel Fuchs. – Le Temps des cerises, 2009. – 165 p.. – ISBN 9782841097708 : 14 €.

Essai – Actualité internationale

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Mercredi 25 novembre 2009 3 25 /11 /2009 13:45
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La Commune de Paris telle qu'en elle-même : une révolution sociale aux avant-postes de la République et des libertés municipales / René Bidouze

Cet intitulé est inspiré d'une phrase de Mallarmé :
"La Commune de Paris telle qu'en elle-même
, enfin l'éternité la change."

Fonctionnaire des finances, dirigeant national du mouvement syndical CGT des fonctionnaires, puis directeur du cabinet du ministre chargé de la fonction publique et des réformes administratives et Conseiller d’État en service extraordinaire, René Bidouze a publié plusieurs ouvrages et diverses études consacrés au syndicalisme des fonctionnaires, à l’administration et à la fonction publique, avant de s’intéresser à la Commune de Paris de 1871. Dans cet ouvrage réédité, bénéficiant de davantage d’ilustrations,  il expose les faits majeurs de la commune qui « est après la révolution de 1789, et celles de 1830 et 1848, la dernière des révolutions que notre pays ait connues." (p. 200). Karl Marx la qualifiera d’ailleurs de révolution "prolétairienne" et non pas "bourgeoise" comme celle de 1789. Car la Commune demeure une composante importante de l'histoire du mouvement ouvrier et révolutionnaire français et international. Le régime renversé, elle s’est nourrie de :

- la "résistance patriotique du peuple de Paris à la capitulation devant les armées prussiennes",
- la "volonté de sauvegarder la République face aux visées de restauration monarchique",
- la "revendication de l'autonomie communale",
- et l'"aspiration du prolétariat parisien à la démocratie sociale".

René Bidouze s’attache ici à en exposer les faits précis et à en oblitérer tout trait caricatural. Pourtant largement oubliée dans la mémoire collective et bannie des programmes scolaires, la Commune a pris des décisions, comme celle de séparer l’Eglise de l’Etat, soulevé des questions qui restent toujours d’actualité, celles du mandat impératif, de la révocabilité des élus et de la démocratie directe. La Commune de Paris s'efforçait d'être, à son époque, une expérience de "gouvernement du peuple par le peuple" à l'échelle de la capitale. Un grand moment de l’Histoire du mouvement ouvrier que la lecture de ce documentaire permettra de rappeler.

BIDOUZE, René. - La Commune de Paris telle qu'en elle-même. - Le Temps des cerises, 2009. - 241 p. : ill. n.b. ; cm. - ISBN 978-2-841-09759-3 : 22 €.

Maison d’édition « Le Temps des cerises » (port offert)

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Mardi 24 novembre 2009 2 24 /11 /2009 12:00
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Trop souvent laissées dans  l'ombre de leur époux ou de leur amant, se trouvent ici réunies les biographies, longues de quatre à six pages, de pas moins de vingt-cinq reines et favorites de France, de Brunehaut et Frédégonde à l'Impératrice Eugénie, en passant par Marie-Antoinette.

Larousse a voulu séduire le grand public avec un bel objet-livre, inspiré de trouvailles en illustrations pour la jeunesse , avec une vingtaine de fac-similés : les lettres que l'on tire d'une pochette, des feuillets collés, des doubles-pages... On aurait aimé moins de textes à peine cachés et davantage de choses à toucher, à sentir, à écouter, sans avoir forcément à lire. On ne va pas encore assez loin pour les grands. Dommage... A noter aussi un poster, assez kitsch, offert à l'intérieur. Nonobstant, cela ne reste qu'un regret et n'enlève rien à l'intérêt que l'on peut trouver à ce documentaire historique.


THOMAZO, Renaud, GODARD, Delphine. - Reines et favorites de France. - Larousse, 2009. - 128 p. : ill. en coul. ; 290*230 mm. - (Les documents de l'histoire). - ISBN 978-2-03-584606-8 : 29,90 €.

Cote Dewey : 944 THO


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Mercredi 11 novembre 2009 3 11 /11 /2009 13:44
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L'Afrique, c'est tout un continent, composé de 53 pays, mais une seule conjoncture, héritée de l'histoire, du racisme des occidentaux et de leur longue exploitation de sa main-d'oeuvre humaine et de ses ressources naturelles. Et un même visage, gangréné par le sida, le paludisme, les maladies respiratoires, la misère, la famine, que fuient les cerveaux, mais surtout par la corruption à tous les niveaux, les conflits et la dictature dont les anciens pays développés se sont rendu complices. Aujourd'hui la Chine à son tour est devenue un acteur majeur dans presque tous les aspects de la vie en Afrique. Va-t-elle donner un nouvel élan au continent ?

On ne peut sortir que révolté par la lecture de cet essai sans concession pour la très large responsabilité des pays développés envers la situation actuelle de l'Afrique subsaharienne. C'est nous qui avons toujours une dette envers ces pays, et non l'inverse... A lire !

CAPLAN, Gérard. - L'Afrique trahie / trad. de l'anglais (Canada) par Elodie Leplat. - Actes sud junior, 2009. - 188 p.. - ISBN 978-2-7427-8514-8 : 9,80 euros.

colonialisme - Afrique subsaharienne - dictature - condition féminine

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Vendredi 9 octobre 2009 5 09 /10 /2009 10:00
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