Vers l'aube **/Dominic Cooper

Publié le par S.L.

"Comment pouvait-il quitter tout cela ? Chaque pierre, chaque coin de rue, chaque détail éveillait un souvenir dans son esprit embrouillé. Ces souvenirs étaient pour la plupart mauvais, porteurs d'instants de tristesse et de douleur au fil des ans. Même les quelques bons moments, remontant aux premiers mois qu'il avait connus avec Margaret, même ces rares souvenirs de bonheur étaient diminués par ce qu'ils étaient devenus. Oui, Acheninver l'avait vu traverser des années noires. Et pourtant, c'était ce qu'il connaissait, ce qui constituait sa vie. Aussi terrible que cela avait pu être, comment pouvait-il, lui, un homme de plus de cinquante ans, mettre en pièces tout ce qui s'était passé avant et se lancer dans un avenir imprévisible ?" (p. 24)


Au mariage de Flora, sa fille unique, Murdo Munro prend soudain conscience qu'il va désormais se retrouver seul avec cette femme qu'il a épousée il y a tout juste vingt-six ans et avec qui il n'a jamais été heureux. Il quitte l'église et, arrivé chez lui, décide de mettre le feu à sa maison, à sa maison à elle qui l'a toujours méprisé et avec qui il n'a rien partagé, même pas  l'amour de leur fille qu'elle a manipulée. Il fuit sa maison, son village, son travail dans les forêts de cette île de l'ouest de l'Ecosse, sa vie passée. Sans toit, il décide de rejoindre sa soeur Bessie, avec la peur du gendarme au ventre. Un incident met rapidement un terme à son séjour : il reprend la fuite, pareil à un animal traqué...

 

La beauté des descriptions de paysages mélancoliques est à l'image des tourments intérieurs de cet homme livré à lui-même, et souffrant d'un manque d'amour. Cet  homme qui a tiré violemment un trait sur son passé, cet homme n'ayant plus rien, se retrouvant à vagabonder sur les routes, n'est pas sans rappeler les personnages solitaires touchant le fond de Paul Auster. Mais lui ne semble avoir ni l'énergie ni le désir de recommencer une nouvelle vie. Aucune échappatoire ne s'ouvre à lui. Dominic Cooper signe là un roman sombre et sans espoir, comme si n'était pas libre qui voulait.

 

COOPER, Dominic. - Vers l'aube / trad. de l'anglais (Ecosse) par Céline Schwaller. - Métailié, 2009. - 185 p.. - (Bibliothèque écossaise). - ISBN 978-2-86424-700-5 : 18 euros.

 

Ecosse - solitude

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ted fox 10/11/2009 09:13


Un très beau livre de lutte personnelle et de fuite desespérée vers un meilleur avenir très hypothétique...merci du conseil!


S.L. 10/11/2009 18:25


C'est juste. Tout bien réfléchi, je trouve que j'ai été très exigente en ne lui mettant qu'une petite étoile.


keisha 19/10/2009 11:00


Un livre dont j'ai vraiment adoré le style et les descriptions!


S.L. 19/10/2009 16:13


Très belle écriture, en effet, comme pour de nombreux romans écossais que j'ai pu critiquer : y aurait-il une niche ???


Marie 19/10/2009 09:27



J'ai adoré ce roman ! La plume très poétique de Dominic Cooper a été une bien belle découverte pour moi !  Les descriptions sont somptueuses !




cathulu 19/10/2009 08:17


Ouh là, mieux vaut avoir le moral alors!:)