Ceinture rouge précédé de Corvée de bois ** de Didier DAENINCKX

Publié le par S.L.

corvee de boisCorvée de bois **


 A la sortie d’un concert de Gilbert Bécaud, deux amis étudiants en médecine, Jacques et le narrateur, se retrouvent au commissariat de l’Opéra Garnier, inculpés pour dégradation de biens privés, saccage et vol. Pour leur éviter la prison, on leur propose de mettre un terme à leur sursis en les envoyant directement en Algérie. Dès lors, le narrateur s’intègre très vite à son commando de paras…


« Je relève le canon de ma mitraillette vers son torse. Ce n’est pas son refus qui a décidé de son sort, mais la moue méprisante qu’il a laissée traîner sur ses lèvres. La rafale disperse les pièces du boîtier, le verre concave du flash, puis il s’affaisse sans un râle sur son scoop inutile. » (p. 33)


Au début, on s’interroge, notamment lors de l’impassibilité du narrateur en assistant au viol d’un appelé qui a refusé de sauter, une gonzesse, un dégonflé. Et puis, dès son arrivée en Algérie, tirant sans sourciller sur femme, vieillard, journaliste, on comprend qu’on regarde cette guerre à travers les yeux d’un salaud. C’est écœurant. Didier Daeninckx a choisi de frapper fort en concoctant ce petit concentré de tout ce qui a pu être commis d’innommable au cours de cette « opération de pacification ». 


Ceinture rouge


 A la mort de sa grand-mère qu’il connaissait à peine, le narrateur est chargé de trier ses affaires. Dans le grenier, à l’intérieur d’une valise, une dizaine de clichés font apparaître sa grand-mère, de 1961 à 1975, aux côtés de nombreux immigrés, issus du Maghreb, d’Afrique, de Chine, de Russie, d’Espagne. A partir des adresses laissées dans le cahier de condoléances, le narrateur décide alors de partir à la recherche de toutes les personnes qui figurent sur ces photographies, pour apprendre qui était vraiment sa grand-mère.


« La famille s’était retrouvée au grand complet autour d’une immense paëlla, au stand du Parti communiste espagnol. Rose était là, en bout de table. J’ai fait un effort pour ne pas perdre son image, obligeant à revenir de l’enfance les senteurs mêlées de forêt mouillée, de riz, de safran. Elle s’est levée et s’est mise à parler, en français d’abord, puis en castillan. Quand elle a eu terminé, ils se sont tous levés pour chanter El Paso del Ebro, un hymne de la république espagnole. » (p. 96-97)


La quête du narrateur sert de prétexte à un rapide tour d’horizon des différentes vagues d’immigration qu’a connu la banlieue parisienne, formant une ceinture rouge par ces  réfugiés politiques, pour la plupart communistes. Un aperçu des banlieues du monde.


DAENINCKX, Didier. - Ceinture rouge précédé de Corvée de bois. – Gallimard, 2003. – 106 p.. – (Folio. 2 euros ; 4146). – ISBN 2-07-030533-3 : 2 euros.

Emprunté

 

Guerre d’Algérie – torture - Immigration – réfugié politique.

 

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