Signer Sartre pour la bonne cause

Publié le par S.L.

* Sartre et la Citroneta / Mauricio Electorat

Chili – humour – dictature

Pablo est dans une bien mauvaise passe : son boulot consiste à traduire des textes aussi palpitants qu’un catalogue de montres, sa femme souhaite le divorce, le laissant errer dans Paris à la recherche d’un nouveau toit, et il vient d’apprendre la mort de sa mère ! D’annonce en annonce de location, passant d’un quartier à d’autres, plus ou moins glauques, il retrouve par hasard les traces d’un ancien ami de ses années de fac, et se souvient… Il se remémore ses années au Chili, ses quatre cent coups au lycée, son exclusion de la première année de faculté, taxé d’être communiste, et juif par–dessus le marché. Il se rappelle aussi cette imposture à laquelle il s’était essayé comme à un jeu littéraire, quand l’Union des écrivains l’avait incité à écrire des lettres d’encouragement signées Jean-Paul Sartre, Françoise Sagan ou encore Brigitte Bardot, à l’adresse de leur groupuscule de jeunes militants. Avec beaucoup d’humour, Mauricio Electorat nous offre, dans un chassé-croisé entre le présent et ses années passées racontées dans un désordre calculé, un roman-bouffon sur une adolescence vécue sous la dictature de Pinochet. Car le « je » narrant a forcément plus de recul ironique que le « je » narré. D’aucuns apprécieront, d’autres moins (j'en fais partie), cette focalisation interne qui pousse au mimétisme d’un langage parlé et pensé en phrases tronquées et en dialogues bruts, et permet d’épouser parfaitement le point de vue de Pablo. L'épisode seul des pastiches ayant marqué le plaisir de ma lecture, ce roman ne rejoindra pas hélas les étagères de ma bibliothèque.

ELECTORAT, Mauricio. – Sartre et la Citroneta. – Métailié, 2005. – 326 p.. – (Bibliothèque hispano-américaine). – ISBN : 2-86424-548-5 : 21 €

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