Une vie nulle part ****/ John Burnside (2005)

Publié le par S.L.

Prendre racine dans l'histoire d'un personnage déraciné...

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Attirés par les promesses des aciéries, les familles d’émigrants sont restés dans les rets de la ville nouvelle de Corby, désormais imprégnés par la poussière de ses cendres, qui ne laisse rien germer, si ce n’est l’espoir illusoire d’un retour au pays. Seuls Francis et Jan semblent différents, trop intelligents, portant un regard presque clairvoyant sur les choses et les êtres qui les entourent, avec ou sans LSD. Pour leurs frère et sœur, pour leurs parents, il est évident qu’ils sont destinés à un avenir plus singulier qu’une banale embauche aux aciéries. Un jour, l’un d’eux meurt sous les coups d’une bande de jeunes, l’autre s’enfuit…

Dès les premières pages, on sent qu’on tient quelque chose, un texte à la fois beau, puissant et profond, une prose sombre et poétique qui va nous sembler trop courte malgré ses quelques quatre cent pages. Mais, pour commencer, John Burnside va jouer à un petit jeu frustrant : il va d’abord emprunter à chaque chapitre le point de vue de chacun des membres des deux familles de Francis et Jan, leur accordant autant de poids et d’épaisseur que ceux qui apparaîtront plus tard comme les figures emblématiques du récit. Si bien qu’on aurait bien aimé connaître le passé d’Alma, la mère d’origine lettone de Jan, que l’on s’attache à Alina, sa sœur, dont est secrètement amoureux Derek, le frère de Francis, rêvant de vivre de sa musique… personnages que l’on ne retrouvera que vingt ans plus tard, car John Burnside choisit ensuite de ne plus s’intéresser qu’au parcours initiatique de Francis, errant seul de ville en ville, sans jamais ressentir la nécessité de s’installer nulle part. Le coup de cœur inattendu de la rentrée, un roman magnifique, à la noirceur pénétrante, à ne pas manquer.

BURNSIDE, John. – Une vie nulle part / traduit de l’anglais par Catherine Richard. – Métailié, 2005. – 427 p.. – (Bibliothèque écossaise). – ISBN : 2-86424-551-5 : 22 €.


La critique dans mes petits carnets de ses autres romans :
   
               2003 La Maison muette ***

                        2008 Les empreintes du diable *** 

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clochette 26/01/2008 16:45

Je n'ai pas réussi à mettre de commentaires sur "Les empreintes du diable" alors j'en mets un sur celui là, je ne connais pas cet auteur mais devant ton enthousiasme je note d'autant que tes 3 et 4 étoiles sont rares !

Essel 27/01/2008 21:10

Du coup, je viens de lire son premier, à qui j'offre aussi bcp d'étoiles !