Claudel et Jauffret de retour pour la rentrée !

Publié le par S.L.

A chaque retour des vacances, cette rentrée des livres nous fait un peu oublier notre véritable rentrée, ce retour au travail, aux jours moroses, aux feuilles qui tombent, à cette longue parenthèse avant le retour des beaux jours et des congés. Elle s'accompagne de toutes ces polémiques qui la font vivre, cette année Houellebecq et Nothomb, l'un exploitant des thèmes qui me sont chers - mais de quelle manière ! -, l'autre surfant sur l'avenir de toutes ces télé-réalités qui gangrènent le paysage télévisuel. Bref, la science-fiction fait du moins peau neuve en France avec ces deux auteurs ultra-médiatisés qui ont choisi de distiller ce genre quelque peu méprisé par l'intellegentsia française au coeur de la littérature générale. En fait, parmi cette floraison de romans, comme beaucoup, je me suis d'abord tournée vers ceux qui m'avaient déjà bluffée : Régis Jauffret avec Univers, univers (à noter qu'il a changé de cantine, quittant les éditions "Verticales" qui avaient bien joué leur rôle de dénicheurs de talent, pour entrer chez Gallimard, l'unique et l'impitoyable) et Philippe Claudel avec Les Ames grises (qui lui est resté fidèle à sa crèmerie), de retour avec deux petits romans.

*** Asiles de fous de Régis Jauffret 

Il vient de la quitter, sans préavis. Lâchement, il a envoyé son père à sa place, retournant dans le giron parental. Le père prend le prétexte d’un robinet à changer pour annoncer à la jeune femme la décision de son fils, dont il récupère non sans mal les affaires. Elle n’est qu’incompréhension, et, comme une harpie, harcèle de ses reproches tous les hommes qu’elle rencontre. Arrive la mère, frustrée de cette rupture qui s’est faite sans elle… Distillant un cynisme et un humour au vitriol qui m'avaient explosé à la figure dans « Univers, univers », Régis Jauffret remet le couvert avec l’histoire de cette séparation pleine de sarcasmes, avec cette fois un quatuor de voix aussi névrosées les unes que les autres. Un « asile de fous » moins enthousiasmant que le précédent, l’effet de déstabilisation dans les habitudes de lecture s’étant émoussé. Un roman qui dérange malgré tout, qui se démarque des autres, bien sûr. Un auteur à suivre.

*** La petite fille de Monsieur Linh de Philippe Claudel

Monsieur Linh vient de tout perdre, son pays, sa terre, sa famille massacrée par les bombes. De ce charnier seule a survécu sa petite-fille, âgée de quelques semaines, dont il ne se sépare jamais, docile et sage, attaché à elle comme à la prunelle de ses yeux. Pour la voir s’épanouir loin de tous ces mauvais souvenirs, ce petit vieillard chétif a embarqué pour un pays dont il ignore les coutumes et la langue. Hébergé dans un foyer de réfugiés, il fait alors la rencontre d’un gros gaillard, veuf. Jusqu’à leur nom, ils ne se comprendront jamais l’un l’autre, et c’est sans doute la douleur d’avoir tous deux perdu des êtres chers qui va les rapprocher… Touchant, sensible, ce roman fait l’économie de personnages, de noms de lieux, de descriptions, pour se concentrer sur la relation muette qui se noue entre deux hommes qui portent le deuil, entre un vieillard et sa petite-fille. Parfois, le lecteur peut se montrer dubitatif, mais le dénouement lui apportera tous les éclaircissements, et laissera son empreinte dans le souvenir de sa lecture. D’une facture simple et somme toute assez classique, ce court récit m'a assez émue, sans néanmoins me convaincre autant que "Les âmes grises".

 
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