Douleur physique et souffrance morale
Orpheline à 10 ans avec un bel héritage, Pauline Quenu est recueillie par son oncle et sa tante. Douce et calme, elle se fait aussitôt accepter par eux et par son cousin
Lazare, qui vient d'obtenir son baccalauréat mais ne rêve que de musique au grand dam de sa mère, qui nourrit beaucoup plus d'ambitions pour lui. Peu à peu, la petite se dévoue entièrement à
cette famille d'adoption et à tous ces pauvres gens du village qui envoient leurs enfants mendier auprès d'elle tous les samedis, mais plus encore pour Lazare pour lequel elle va consentir à
alléger le paquet de titres dont elle a hérités. Et plus les années passent, plus Lazare change de passions, plus le ménage de la famille vient à manquer, et tandis que le magot s'allège, la
famille, ayant mauvaise conscience, commence à beaucoup moins l'aimer...
Ce roman psychologique semble être le plus intimiste de Zola, en ceci que Lazare souffre comme lui de cette idée de sa mort prochaine. Zola essaie ainsi de réagir contre sa propre hantise
de la mort en brossant le portrait de ce personnage nerveux, jamais heureux, antinomique de celui de Pauline portée par une pulsion de vie et d'altruisme, contre le
scepticisme et le désespoir pour ceux qui sont trop instruits pour croire aux promesses religieuses. Toute une machinerie du corps est ainsi mise en branle dans le roman à travers les
maux dont souffrent l'oncle avec sa goutte, puis la tante, et enfin Louise dont l'enfantement est terrifiant. Zola confronte ainsi la maladie, la douleur physique, à la joie de
vivre, à la patience de Pauline qui croit en la médecine et en la toute-puissance de la volonté. C'est ainsi que Pauline, en lutte d'abord contre sa jalousie et son besoin d'être aimée,
puis pour son droit d'être pleinement femme et mère, atteindra l'ultime abnégation d'elle-même. A tel point que le lecteur est révolté devant cette souffrance morale, il a bien
envie de la secouer, et de rêver pour elle d'une autre vie possible que lui laisse entrevoir le cher médecin, seul à voir clair dans son dévouement sans borne.
Publié dans : Classiques français
Jeudi 26 juillet 2007
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15:34
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Tout à fait ! En fait le genre du roman social ou historique contraint à ce travail de recherches préalables. C'est moins le cas pour des romans psychologiques par exemple, qui peuvent du coup passer pour moins contraignants.
L'agonie de la femme et la naissance de la petite fille somptueusement et dramatiquement décrits font partie de ces morceaux de bravoure dans lesquels Zola est passé maître.
Bonne idée que de lire ou relire les Rougon-Macquart!
Oui, l'actualité nous pousse à lire les oeuvres contemporaines au détriment des classiques. Je me suis enfin donné le temps de lire un PléIade. Il me reste Germinal encore pour ce tome.
Je viens de lire Le professeur de Charlotte Brontë. Par contre, je ne sais si on peut totalement qualifier ce livre de "classique" parce qu'il a été ignoré du vivant de son auteur. Il s'agit pourtant du premier livre écrit par Charlotte Brontë, mais il est paru après sa mort.
Si tu as déjà une rubrique pour "Charlotte Brontë", je te prie de m'excuser pour avoir mal positionné ce billet parce qu'ici il est question de "Zola".