La traçabilité du lecteur sur Internet

Publié le par S. L.

La traçabilité du lecteur sur Internet

Activité solitaire par excellence, la lecture était d’ordinaire peu partagée, si ce n’est dans le cercle restreint de l’entourage, et de façon unilatérale par les avis de prescripteurs professionnels. Or l’arrivée d’Internet semble avoir bouleverser la donne, en particulier avec l’émergence d’une communauté d’e-lecteurs laissant ses traces de lectures dans la blogosphère.  

Dans mon métier (professeur-documentaliste), nous parlons beaucoup d’Internet en terme d’évolution des pratiques de recherche documentaire.
Mais qu’en est-il des pratiques de lecteurs ? D’aucuns pourraient penser que seule la lecture documentaire s’est trouvée diversifiée par l’arrivée du multimédia dans un premier temps, puis par le raz-de-marée Internet… et non la lecture-plaisir de fictions, préservée du tout numérique. La question était donc de savoir si Internet, paradoxalement, avait également modifié les habitudes de ceux qui ont le goût de lire le traditionnel objet-livre. Et si oui, de quelle manière ?

A cet effet, un sondage a été proposé par distribution papier ou par mailing, dans mon lycée et sur Internet.
Le cœur de cible étant précisément ceux pour qui Internet avait changé les habitudes, il n’était nullement surprenant de voir les internautes répondre massivement à cette enquête (78 réponses, soit les deux tiers avec 67 %), proportionnellement aux autres individus, se sentant probablement moins concernés (38 réponses, soit le tiers avec 33 %). D’ailleurs, après coup, il semblerait que quelques réponses de belges, québéquois et canadiens se soient glissées dans le sondage, notamment parce qu’Internet fait désormais se côtoyer tous les francophones, indépendamment de leur nationalité. Autre profil attendu, 78% des répondants sont constitués par des femmes, plus grandes lectrices que les hommes, comme chacun sait. Voici le profil général des répondants :
 
 
 
  
 


INTERNET PRESCRIPTEUR DE LECTURES ?

Il s’agissait de dresser une typologie des prescripteurs, pour mieux montrer la diversité des médias et des influences extérieures, laquelle permettait ensuite de mesurer l’impact de l’arrivée d’Internet, et non pas d’embrasser toutes les motivations qui conduisent au livre. Aussi, beaucoup de sondés, particulièrement ceux qui ont répondu au sondage sur le support papier, mais pas seulement, m’ont confié suivre très peu de conseils, si ce n’est de proches partageant les mêmes goûts. Pour certains, le choix « s'effectue plus à l'instinct, en fonction d'un titre ou d'une couverture », de la « lecture d’une page ou deux » , à la vue d’un auteur déjà lu, en parcourant les rayons d’une bibliothèque ou d’une librairie, se réservant « le plaisir de la surprise. » Pour d’autres, professeurs ou bibliothécaires, il s’inscrit dans l’exercice de leur métier, dans le cadre d’un projet ou à la lecture d’un extrait qui met en appétit de lire le reste. Or, le hasard et le choix professionnel ou personnel intuitif, restent des données invariables, prépondérantes dans le plaisir de l’achat ou de l’emprunt du lecteur. Le plaisir de toucher, de feuilleter, de caresser l’objet-livre avant de l’acheter, de parcourir du regard ces dos ouvrant autant de fenêtres sur le monde et la littérature, ne s’inscrivent pas dans une logique de prescription, mais relèvent bien de quelque chose de l’ordre de l’affectif et de la curiosité, qu’une dématérialisation des librairies au profit de vitrines abondamment fournies telles qu’Amazon pourraient à terme faire disparaître.



A la demande de certains lecteurs, je me suis informée sur les possibilités d'obtenir notre revue professionnelle, habituellement uniquement sur abonnement, dans laquelle sera publié cet article.
Pour commander le numéro spécial de cet été sur les nouvelles pratiques de lectures (environ 120 pages en général), il faut envoyer la commande sur papier libre à l'adresse ci-dessous avec un chèque joint de 18 euros TTC port compris.
................................................................................................................
CEDIS - InterCDI
73, rue Saint-Jacques
91154 ETAMPES

Publié dans Blogosphère

Commenter cet article

Joelle 02/05/2007 21:57

Très beau travail et très intéressant ! Félicitations !

Essel 04/05/2007 13:58

Merci !

beatrix delarue 02/05/2007 09:25

Merci esel c'est très interessant tout ça quel travail!

Essel 02/05/2007 11:23

Merci !

Cuné 28/04/2007 20:05

C'est là où d'avoir le support papier pour lire ton enquête, en Juin, va se révéler pratique (et puis pour faire lire autour de moi surtout, ma mère par exemple, qui ne regarde jamais un ordi ni de loin ni de près, est pourtant une grande lectrice et a du mal à comprendre le rôle que peut avoir le net pour des lecteurs... ), certains camemberts ne passent pas trop bien à l'écran (ou mes yeux sont fatigués, aussi). Dans cette première partie, je relève aussi ce "quelque chose de l’ordre de l’affectif et de la curiosité", qui est tellement vrai. J'achète pas mal sur le net, quand je cherche quelque chose de précis, en occasion souvent. Mais ça ne remplace pas du tout, jamais, le plaisir de choisir par soi-même en flânant et en touchant, surtout !