L'histoire de l'amour *** / Nicole Krauss (2005)

Publié le par Essel

The history of love, traduit de l'américain (Etats-Unis) par Bernard Hoepffner avec la collaboration de Catherine Goffaux (Gallimard, 2006)


Léo Gursky attend son heure. Il vit seul depuis toujours. Pas tout à fait : depuis qu'il a retrouvé par hasard, dans les rues de New-York, Bruno, un ami d'enfance polonais, ce dernier, devenu veuf, est venu habiter le petit appartement juste au-dessus du sien. Ils se voient, se surveillent l'un l'autre, comme pour se prouver qu'ils existent encore, ne pas être découverts morts plusieurs jours après, comme cette vieille femme dans l'immeuble. Aussi Léo a besoin de se montrer, d'attirer l'attention, il pose même nu dans des cours de dessin. A son arrivée à New-York, il a appris à ouvrir toutes les portes, toutes les serrures, mais pas celles de son coeur, qu'il met en mots, déchiré par son amour perdu, remarié, et un fils, écrivain célèbre, dont il a promis à sa mère de taire la paternité.
Son prénom est Alma. C'est celui de "toutes les jeunes femmes qui se trouvaient dans un livre que (son) père lui a offert et qui s'appelait L'Histoire de l'amour." Elle a quatorze ans et vit ses premiers émois d'adolescente. Son père est mort, sa mère, inconsolable, se réfugie dans la lecture et la traduction, sa profession, et son frère se prend pour une sorte de Messie. Un jour, sa mère reçoit par courrier la commande d'un homme qui lui demande de traduire pour lui de l'espagnol à l'américain... L'Histoire de l'amour. L'inconnu a éveillé la curiosité d'Alma qui cherche à lui faire rencontrer sa mère.

Je n'ai pas éteint la lumière de mon chevet tant que je n'ai pas eu terminé ce roman dimanche soir. Toujours dans la perspective de mon prochain voyage à New-York,  j'avais choisi de lire ces deux romans d'un jeune couple américain installé à Brooklyn, qui avait beaucoup fait parler de lui en cette rentrée littéraire de septembre dernier : j'avais commencé par son époux, Jonathan Safran Foer, avec Extrêmement fort et incroyablement près, qui s'est révélé être un beau coup de coeur, et j'entamais ce roman, ayant encore en tête des bribes de critiques l'annonçant meilleur, et ce malgré un titre à l'eau de rose, peu prometteur, mettant en abîme l'histoire d'amour entre deux adolescents polonais juifs, séparés par un exil contraint par les persécutions antisémites, en cette veille de la seconde guerre mondiale.

Au début, je l'avoue, je n'ai pas tout de suite été emportée par le récit, comme je l'avais été très facilement par Extrêmement fort et incroyablement près.
J'ai trouvé bien sûr quelques points communs entre les deux oeuvres - le deuil, une jeune histoire d'amour interrompue par les horreurs de la seconde guerre mondiale, l'écriture, les retrouvailles entre une génération de grands-parents, qui n'ont pas fait le deuil de leur amour et de leur adolescence volés, et celle de leurs petits-enfants qui sumontent tant bien que mal la perte de leur père-, des clins d'oeil (le vide entre les deux dents, les serrures). Mais je n'ai, par la suite, pas pu le reposer avant de l'avoir achevé, la gorge nouée, émue, prête à le rouvrir pour en relire des passages afin de mieux appréhender cet enchevêtrement d'histoires mêlant filiation naturelle et paternité légitime d'une oeuvre littéraire, qui n'est autre que L'Histoire de l'amour. Quels terribles secrets met en exergue ce roman d'amour polymorphe, amour de l'écriture, de la lecture, de l'amour entre deux adolescents, entre un père et son fils, entre une fille et sa mère ! Celui de publier une oeuvre dont on n'est pas l'auteur, pour l'amour d'une femme et de soi, comme celui de devoir taire à jamais à son fils être son père, de ne jamais connaître l'amour d'un fils après avoir perdu celui d'une femme,...

Polymorphe (narratif, épistolaire, journalistique, nécrologique,...),
polyphonique ce roman perd son lecteur dans un labyrinthe d'histoires allant et venant dans le temps et l'espace (Pologne, Chili, New-York), avant de de le bouleverser tout à fait, ne lui donnant qu'une envie, celle de tout recommencer, de suivre le bon chemin, bref, aussitôt fini, de le relire.

KRAUSS, Nicole. - L'histoire de l'amour / traduit de l'américain (Etats-Unis) par Bernard Hoepffner avec la collaboration de Catherine Goffaux. - Gallimard, 2006. - 356 p.. - ISBN : 2-07-077308-6 : 21 €.

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Pazpatu 28/04/2007 08:35

Et "la ballade de l'impossible" ? Ca s'annonce comment ? Il est sur ma table de chevet, dans les starting-blocks ;-)

Pazpatu 27/04/2007 22:42

Arrivé par hasard sur ce blog (bravo pour l'étude sur la traçabilité du lecteur sur Internet, passionnante), je constate avec beaucoup de plaisir que mon dernier coup de coeur de lecteur y est mis en exergue. "L'histoire de l'Amour" est un livre magnifique et sensible. Je l'ai même préféré à "Extrêmement fort et incroyablement près", qui m'avait pourtant fait très forte impression (http://andre.dziezuk.free.fr/2006/10/extrmement-fort-la-fin.html).Je vais continuer ma visite; j'ai cru comprendre qu'on disait du bien de Murakami sur une autre page. Un proverbe japonais dit qu'un blog qui dit du bien de Murakami ne peut pas être un mauvais blog ;-)

Essel 27/04/2007 23:00

Kafka sur le rivage ? Il doit encore se trouver dans "actualité étrangère". C'était un de mes coups de coeurs de l'année 2006, et ma révélation pour l'étranger.

clochette 23/03/2007 18:36

J'ai beaucoup aimé ce livre aussi, décidément nous sommes en phase.

Anne-Sophie 20/03/2007 14:59

Bonjour Essel,j'ai vraiment beaucoup aimé ce roman polyphonique comme tuy dis, et touché par ce thème de l'absence traité avec pudeur et délicatesse. Le personnage de l'adolescente est très émouvant.

Florinette 19/03/2007 15:10

J'ai mis un petit article en ligne sur mon blog pour t'aider dans ton enquête j'espère que tu pourras atteindre ton objectif !J'ai hâte de lire ce livre, mais pour l'instant il est toujours emprunté quand je vais à la biblio ! ;-)