Côtoyer les grands, les puissants, voilà ce qui a toujours comblé Sylvain Vasseur, fin rédacteur
de réponses aux lettres de réclamations chez Air-Hexagone. Aussi, mis en demeure de prendre sa pré-retraite, lorsque son patron croit voir en lui des projets d'écriture, il n'ose le contredire,
prétend avoir en projet un roman de science-fiction métaphysique et se voit déjà auréolé de gloire. Dès le lendemain, il chasse de sa petite chambre son épouse Arlette et ses couchers de soleil sur
capitales en point de croix, pour en faire son cabinet, y installe son PC
flambant neuf que ses collègues lui ont offert au pot de départ, et planche sur un plan constamment revu et corrigé. Délaissant son épouse pour sa vocation littéraire, il clame haut et fort à ses
amis et à qui veut l'entendre qu'il écrit. D'ailleurs il suffit de lire pour le croire ces articles de presse, commandés par son mécène d'ancien patron, qui évoquent sa carrière naissante et
prometteuse...
Plus d'un sourira à la lecture de ce pamphlet sarcastique sur le monde de l'édition, de la presse, et de ces "écrivains du dimanche" qui écrivent bon an
mal an, courent les concours de nouvelles puis les maisons d'édition, cherchant par tous les moyens à se faire publier, s'approchant parfois du Saint-Graal en rencontrant par hasard ceux qui déjÃ
connaissent cette félicité, mais qui humainement ne valent pas grand'chose. Ainsi, ce professionnel de la correspondance recevra à son tour toutes les formulations possibles pour lui notifier un refus de le publier.
Si le roman n'avait été aussi irrésistiblement drôle,
d'aucuns, ayant peut-être traversé ces épreuves avec plus ou moins de bonheur, s'y seraient reconnus, effrayés d'autres renonceraient définitivement à l'entreprise. Mais cet anti-héros dont
l'aveuglement égoïste dans sa marche vers la gloire n'a d'égal que son orgueil déplacé, ne suscite tant chez l'auteur que chez son lecteur que railleries, et fort peu d'empathie et de pitié. La
littérature n'est en effet pour cet écrivaillon qu'un tremplin pour lire respect et admiration dans les yeux d'autrui, et non
un appel, un besoin, une vocation comme il s'en est lui-même persuadé. Du
reste, personne dans ce tour d'horizon n'y est épargné, exceptée son épouse...
Si ce n'est une petite coquille (les lycéens sans
bibliothèque) et la toute dernière page un peu décevante du dénouement, voici un roman qui, lui aussi, ne demande qu'à être connu et apprécié par le bouche à oreille, et il le mérite
franchement. C'est en effet avec beaucoup de plaisir que j'ai lu ces malheureuses aventures d'un apprenti-écrivain bercé d'illusions !
FLIPO, Georges. - Le vertige des auteurs. - Bordeaux : Le Castor Astral,
2006. - 272 p.. - ISBN : 978-2-85920-695-6 : 15 €.
Voir aussi d'autres éditeurs indépendants sur http://www.lekti-ecriture.com/
D'autres critiques :
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Publié dans : Actualité littéraire française
Dimanche 11 février 2007
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Mais chacun sait que ce qu'il y a de plus difficile à écrire c'est une fin car elle sonne le glas à toutes les hypothèses de lecture et à l'imaginaire du lecteur qui ne se voyait pas du tout emporté dans cette direction.
Un roman drôle, et, pour quelqu'un qui comme moi n'a pas d'humour, c'est dire.