La littérature en péril*/Tzvetan Todorov

Publié le par S.L.

« En règle générale, le lecteur non professionnel, aujourd'hui comme hier, lit ces oeuvres non pas pour mieux maîtriser une méthode de lecture, ni pour en tirer des informations sur la société où elles ont été créées, mais pour y trouver un sens qui lui permette de mieux comprendre l'homme et le monde, pour y découvrir une beauté qui enrichisse son existence : ce faisant, il se comprend mieux lui-même. La connaissance de la littérature n'est pas une fin en soi, mais une des voies royales conduisant à l'accomplissement de chacun. Le chemin dans lequel est engagé aujourd'hui l'enseignement littéraire, qui tourne le dos à cet horizon ("cette semaine on a étudié la métonymie, la semaine prochaine on passe à la personnification"), risque, lui, de nous conduire dans une impasse - sans parler de ce qu'il pourra difficilement aboutir à un amour de la littérature." (p. 24-25)

 

Voilà en quelques mots l'objet de cet essai. Tzvetan Todorov, sans blâmer les professeurs de lettres pour autant, lesquels ne font qu'appliquer le programme et les instructions officielles, se désole de l'état de l'enseignement en France, où l'on arme les élèves d'outils critiques pour analyser une oeuvre, mais où l'on n'essaie pas de leur faire aimer la littérature en tant que telle, la littérature pour elle-même, pour ce qu'elle offre au lecteur, ce qu'elle lui fait partager à travers sa vision du monde et ses personnages. Partant de là, rien de plus évident de constater que les oeuvres contemporaines, écrites par toute une génération ayant connu cet enseignement, illustrent une conception soit formaliste, soit nihiliste, soit solipsiste, telle que "l'autofiction".  

 

Après avoir esquissé brièvement son parcours autobiographique et ses travaux universitaires, Tzvetan Todorov explique pourquoi le formalisme qu'il a prôné pendant longtemps, avec Gérard Genette et Roland Barthes, ne peut faire l'objet d'un enseignement dans le secondaire, sous peine de faire fuir de futurs lecteurs. Il y a du vrai, effectivement, dans ce qu'il dit, et c'est effectivement la raison pour laquelle je n'ai pas choisi cette carrière mais une autre dans l'espoir de donner le goût de lire à toute une génération qui, une fois le bac en poche, n'aura sur sa route quasiment plus de prescripteurs de lecture capables d'éveiller ce plaisir.

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