Une éducation libertine **à***/Jean-Baptiste del Amo

Publié le par S.L.

RENTRÉE LITTÉRAIRE 2008
SELECTION GONCOURT
Prix Laurent-Bonelli



«C'est un homme sans vertu, sans conscience. Un libertin, un impie. Il se moque de tout, n'a que faire des conventions, rit de la morale. Ses mœurs sont, dit-on, tout à fait inconvenantes, ses habitudes frivoles, ses inclinations pour les plaisirs n'ont pas de limites. Il convoite les deux sexes. On ne compte plus les mariages détruits par sa faute, pour le simple jeu de la séduction, l'excitation de la victoire. Il est impudique et grivois, vagabond et paillard. Sa réputation le précède. Les mères mettent en garde leurs filles, de peur qu'il ne les dévoie. Il est arrivé, on le soupçonne, que des dames se tuent pour lui. Après les avoir menées aux extases de l'amour, il les méprise soudain car seule la volupté l'attise. On chuchote qu'il aurait perverti des religieuses et précipité bien d'autres dames dans les ordres. Il détournerait les hommes de leurs épouses, même ceux qui jurent de n'être pas sensibles à ces plaisirs-là. Oh, je vous le dis, il faut s'en méfier comme du vice.» (p. 112-113).

C'est de cet homme, Etienne, que tombe amoureux Gaspard, modeste employé d'un perruquier en ce 18e siècle, dormant dans une cave avec les rats, après avoir laissé derrière lui Quimper pour la capitale, puis les bas-fonds de la Seine et Lucas qui l'avait pris sous sa protection, pour la Rive Gauche. Devenir lui, telle est son ambition. Et c'est après avoir connu les bordels de Paris qu'il aura un sursaut et s'introduira coûte que coûte de nouveau dans les salons mondains...

"Je n'ai jamais rien désiré. Je n'ai jamais eu le temps de désirer. Chacune de mes attentes est comblée avant même que je ne l'éprouve. Tu souhaitais connaître la noblesse ? La voici. La noblessse, c'est l'ennui et tant de fantômes naissent de l'ennui. Des envies, il faut m'en créer pour me sentir vivant. Mais sitôt consommées, elles m'ennuient à nouveau. De tout temps, c'est l'ennui qui me ronge, un profond, un sempiternel ennui me dévore comme une gangrène. Et déjà je m'ennuie de toi." (p. 207)

Dans ce roman on passe facilement de la fange dans laquelle pourrissent peu à peu les gens du peuple au cercle plus convoité des nobles et parvenus, sans que le sort d'aucun d'entre eux ne soit plus enviable. De peur de l'abîmer précocement dans les eaux de la Seine, le protagoniste du récit n'hésite pourtant pas à vendre son corps pour sortir de sa condition, et c'est de cet apprentissage, de cette abnégation de son propre corps, de cette éducation libertine dont il s'agit ici. Une violation, une souillure de ce corps dont hélas il ne se rétablira pas, le violentant, le meurtrissant, l'abîmant pour tenter d'en extraire tous les sacrifices auxquels il a consenti pour survivre puis pour accéder au gratin modain, pour obtenir sa place parmi les nobles.
C'est un roman bien troublant que voilà, un premier roman d'un auteur de 26 ans seulement, le seul dans la sélection qui aurait pu suffire à réhabiliter le prix Goncourt qui, s'il suivait à la lettre le testament des deux frères, récompenserait la première oeuvre d'un jeune auteur prometteur.
Du Parfum de Patrick Süskind, il en a l'odeur, les odeurs, celles nauséabondes du peuple comme les senteurs de la noblesse destinées à masquer leurs faiblesses, et celle des aisselles de ses multiples partenaires.
Un très bon roman (2 à 3 étoiles), époustouflant par sa maîtrise du verbe, de la progression, de l'analyse des sentiments et surtout des sensations, un jeune auteur à suivre, mais qui, à coup sûr, n'aura pas le prix Goncourt des lycéens, son sujet en ayant choqué plus d'un.


envoyé par hadrienl

Ici le blog de Jean-Baptiste Del Amo.


DEL AMO, Jean-Baptiste. - Une éducation libertine. – Gallimard, 2008. –  434 p.. – ISBN 978-2-07-011984-4 : 19 €.

P.S. : L'odeur d'aisselles des partenaires mutliples, le goût de sel de sa peau, de sa sueur, cela ne vous rappelle un certain pseudo qui écrit dans certains carnets ???

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G.F 06/01/2009 12:51


Je viens de le terminer.
Quel talent magnifique, extraordinaire. Une écriture puissante, intense, existentielle. C’est Cioran qui épouse Anne Rice ! Les personnages sont fascinants, cinématographiques … on pense immédiatement à un film, à des acteurs …
En revanche, ma gérontophilie en a pris un sacré coup ! Les Daddy sont décrits avec une telle … violence.
Ces pages resteront encore très longtemps gravées dans ma mémoire. Grâce à elles, j’ai vécu un prodigieux voyage. Je n’avais pas lu de roman aussi palpitant et surtout bien écrit depuis fort longtemps. Une lecture qui m’a convaincu de refaire confiance aux nouveaux auteurs.
Gérard.

S.L. 07/01/2009 21:46


Ce commentaire est encore plus enthousiasmant que ma critique !  


Richard Tissot 21/12/2008 14:22

Bonjour.J'éprouve une grande sympathie pour l'homme que vous êtes, et une admiration pour votre oeuvre littéraire (une éducation libertine).J'aurais aimé m'inscrire à votre "newsletter" mais, n'ayant ni pseudo, ni mot de passe reconnus par votre site, il m'est impossible de m'y connecter...Auriez-vous l'amabilité de me donner les clés qui me permettraient de continuer à vous suivre ?Merci par avance.Cordialement. Richard Tissot.

S.L. 23/12/2008 09:42


Bonjour,
Je crains qu'il n'y ait un malentendu. Je ne suis absolument pas l'auteur, je suis une lectrice qui évoque son roman.
Sincèrement désolée,
Cordialement