Rencontre avec Patrice Pluyette

Publié le par S.L.



Patrice Pluyette, intervenant le dernier, en avait profité pour goûter avant de prendre la parole. Âgé de 31 ans, ce fut le benjamin des auteurs rencontrés à Nantes. C'est pourtant déjà son 4e roman et son 5e livre. Il nous est apparu à l'image de son roman, parodie de roman d'aventures, et de sa plume : facilement déconcentré, désinvolte, espiègle, joueur.

"C'est parti du titre. Je me suis dit que j'aimerais beaucoup écrire un livre qui s'appelle comme ça."
 
"Je suis parti dans un roman d'aventures qui n'en était pas vraiment un, mais un pastiche de roman d'aventures."


Seule l'imagination a suffi pour écrire ce roman ?
Patrice Pluyette :
  "Non, car du coup j'ai lu des romans d'aventure. (J. London, E. Poe, Conrad,...). Avant j'avais écrit trois romans intimistes, autobiographiques. Là, j'avais envie d'un flottement gentiment flou..."


"
Ecrire, c'est quelque chose de sérieux et de grave (recherches littéraires pendant un an), mais aussi de fou (quand il y a fiction, il y a imagination). C'est un moment de liberté incroyable, un peu comme du patinage artistique. C'est comme un monde qui est là, on est habité par ce monde imaginaire."

Marie : Pourquoi le thème de la chasse au trésor ? Vous n'aviez pas peur des comparaisons ?
Patrice Pluyette :
  "Non, je vois cela comme un hommage. Je suis tombé un jour sur un article du National Géographic, parlant d'un trésor. J'ai voulu terminer mon histoire en queue de poisson, avant l'arrivée sur l'île. Comme le trésor était le sujet principal, je voulais désamorcer la chose importante. Mais ma femme n'a pas vraiment approuvé l'idée, car tous mes livres finissent comme cela, alors il a fallu que je cherche dans une bibliothèque des informations pour la ville Inca."


"J'apprends beaucoup de choses mais je ne me sers pas de tout."

"C'est un livre qui devait être pétillant. J'avais envie de réveiller le lecteur par le choix des mots et du sujet."
Clémentine : Vous êtes-vous inspiré du capitaine Haddock ?

Patrice Pluyette :
  "Non ! Car d'abord je n'ai pas lu Tintin. J'étais assez attiré par les personnage de 69-70 ans. Belalcazar, c'est vraiment le nom d'un conquistador espagnol qui a pillé les contrées d'Amérique Latine. J'étais attiré par des personnages vieux car ils ont une certaine sagesse acquise par l'expérience."

Jean-Thomas : Pourquoi les péripéties s'arrêtent-elles sans être achevées ?

Patrice Pluyette :
  "Parce que, quand j'écris, j'arrive souvent dans une impasse, et je m'en sors par une pirouette, par quelque chose d'invraisemblable. Qu'est-ce que la littérature ? C'est cela. Donc par moments, je commence un épisode et je ne le finis pas. Les personnages sont comme des marionnettes, le lecteur aussi."

Fabien : Pourquoi la quête tourne en rond ?
Patrice Pluyette :
  "Parce que la vie est absurbe et vaine. Mon roman a un ton ironique car je suis moi-même ironique. Mon ironie se revèle donc dans mon roman."

"Quand j'écris, j'ai l'impression de recréer la vie."

"Le bonheur pour moi, ce serait de regarder pousser un arbre
. C'est avoir ce côté optimiste et ce côté pessimiste car l'arbre peut être coupé."

Celine : Pourquoi votre roman est-il si atemporel?
Patrice Pluyette :
  "J'aime bien être déboussolé et offrir de la liberté au lecteur sans fixer de date ou d'heure.Dans ce roman-ci, vous avez le côté de ma personnalité extravertie et délirante ; alors qu'avant j'ai écrit 3 romans du "je"."
"Un écrivain, ça doit être comme un acteur :
se lancer des défis, changer de style et de sujet à chaque fois.
"


"La morale de ce roman, c'est la vanité de cette course au bonheur, lequel ne se trouve pas forcément très loin. Dans le voyage, il ne faut pas chercher à  se fuir soi même, que le voyage devienne une fuite."


Wassily : Etes-vous aussi décalé que votre roman ?
Patrice Pluyette :
  "Tout dépend de mon humeur, soit décalé soit muet."
Ce jour-là, il était bien décalé !

Publié dans Entrevues

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