Une nuit à Pompéi */Alain Jaubert

Publié le par S.L.

RENTRÉE LITTÉRAIRE 2008
SELECTION GONCOURT


"Elle est debout devant moi, très nue, très blanche. Elle me tourne le dos. C'est une toute jeune femme à la chevelure frisée et coiffée en longues et savantes torsades. En appui sur sa jambe gauche, la droite un peu levée de façon à créer une légère dissymétrie dans son dos, elle penche la tête sur son épaule droite et tente de jeter un coup d'oeil vers ses fesses comme pour vérifier qu'elles sont bien dénudées et tournées vers moi." (incipit)

Cette nuit à Pompéi sera chaude, dans tous les sens du terme. Se glissant dans les ruines de la ville dévastée par le Vésuve par une belle nuit d'été, passablement éméchés par le champagne, trois personnages se livrent à des jeux sexuels et confient leurs anecdotes sur cette époque antique et leurs souvenirs de jeunesse, sur leurs premières fois, celle du premier rapport, celle de la découverte du volcan menaçant, ou celle de la ville de Naples et de sa région...

C'est le récit fantasmé ou nostalgique d'une nuit érotique, prétexte à des va-et-vients temporels. Il en devient alors presque récit d'apprentissage, celui de l'adolescent qu'est le narrateur - auteur, dépucelé par une prostituée italienne sur la route de Naples, découvrant émerveillé la région et la ville d'alors, encore intactes. Par moments, il surpasse n'importe quel guide touristique (p. 122) ou trahit son amour de l'art, se complaisant dans de longs passages descriptifs. Le roman est somme toute plaisant à lire, mais, hélas, la fin est très décevante, déjà avec cette digression incompréhensible avec Elena, belle comme une déesse et folle de lui, puis avec cette apothéose, cette éruption sexuelle en compagnie de ces deux femmes très séduisantes... Trop, c'est trop ! Comme vous pourrez le lire dans la citation ci-dessous, qui m'a fait bondir de mon siège :  

"J'émergeais, je rêvais, je me sentais comme le vieux mâle dominant d'une espèce animale nouvelle, mi-oiseau mi-mammifère supérieur, guettant du coin de l'oeil mes femelles soumises.» (p. 293).

S'agit-il du véritable sujet du roman ? L'homme-Vésuve, l'homme éjaculant à travers tous les âges de la vie ? Ou d'un dérapage contrôlé de l'auteur vieillissant ? Ou le désir d'immortaliser une jeunesse qu'il est désormais en train de perdre ? De prouver que le désir des sexagénaires ne meurt pas, que tant qu'il y a du désir, il y a de la vie ?!
Un large bémol donc, du coup, pour un roman à conseiller avant un voyage dans la région de Naples, mais pas promouvable pour un prix littéraire.

JAUBERT, Alain. - Une nuit à Pompéi. – Gallimard, 2008. –  299 p.. – ISBN 978-2-012293-6 : 18,50 €.

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Atacien 16/07/2011 10:46



C'est un roman magnifiquement bien écrit et qui mérite donc largement un grand prix littéraire. N'en déplaise à ces petites pestes de féministes bêtement paranoïaques.