De sang-froid ***/ Truman Capote (1965)

Publié le par S.L.

Récit véridique d'un meurtre multiple et de ses conséquences

Titre de l'édition originale : In cold blood
Traduit de l'anglais par Raymond Girard

"Bref, Nye n'apprit que ceci : "De tous les habitants de ce vaste monde, les Clutter étaient les moins susceptibles d'être assassinés."" (p. 133)

C'est pourtant ce qu'il advient, lors d'un terrible nuit de la mi-novembre 1959, dans la petite bourgade sans histoire de Holcomb, dans le Kansas : Herbert William Clutter, quarante-huit ans, maître de River Valley Farm, son épouse Bonnie, de santé fragile, sa fille Nancy, presque dix-sept ans, gentille, belle et serviable, et son fils Kenyon, quinze ans, retrouvés ligotés, bâillonés, le visage explosé à bout portant par un tir de carabine.

"Cependant, une femme, une institutrice, remarqua : L'émotion serait deux fois moins grande si c'était arrivé à n'importe qui, sauf aux Cuttler. N'importe qui de moins admiré. Prospère. Assuré. Mais cette famille représentait tout ce que les gens du pays respectent et apprécient vraiment, et qu'une chose semblable puisse leur arriver, eh bien, c'est comme d'apprendre qu'il n'y a pas de bon Dieu. On a l'impression que la vie n'a plus de sens. Je crois que les gens sont beaucoup plus déprimés qu'effrayés." (p. 137)

Dans cette petite ville, chaque porte est désormais fermée à clé, chaque habitant se méfie de l'autre. Qui a bien pu les tuer ? Et pourquoi donc ?

Dès l'incipit, le lecteur sait quels vont être les victimes et leurs assassins, ce qui rend la tension plus insoutenable encore, pressentant la tragédie sans en connaître le récit ni les raisons, qui ne seront dévoilés que bien plus tard. Il a ainsi le temps de s'attacher à eux, ce qui rend leur mort plus insupportable encore, et injustifiable.
"l'Ennemi était toute personne qu'il désirait être ou qui avait quelque chose qu'il voulait avoir."" (p. 299)
Car pourquoi ce crime ? C'est la question qui court tout au long de ce roman, conçu quasiment comme un grand reportage, recueillant les témoignages, brossant longuement le portrait des deux criminels en question, que rien ne prédestinait à assassiner d'autres gens, si ce n'est le manque d'argent. C'est aussi, en plus de cette analyse psychologique du crime, toute l'Amérique profonde des années 50 qui se révèle, celle des petites villes, puritaine, croyante, et celle des grands espaces. Devenu un classique de la littérature américaine, ce roman-réalité s'inspire d'un fait divers à partir duquel Truman Capote a reconstitué toute l'atmosphère et la psychologie de ses personnages, à la rencontre hautement improbable.

CAPOTE, Truman. - De sang-froid / traduit de l'anglais par Raymond Girard. - 506 p. : couv. ill. en n.b. - ISBN : 2-07-036059-8.

Commenter cet article

Kranzler 23/08/2008 10:50

Et puis aussi : Musique pour caméléons, écrit lorsqu'il était en panne d'inspiration pour Prières exaucées. Un recueil de portraits et de nouvelles qui contient une demi-douzaine de bijoux, dont le portrait d'une femme de ménage (a day's work), à mourir de rire, et un portrait doux et mélancolique de Marilyn. Moins connu que de Sang Froid, mais peut-être plus gratifiant comme lecture.

S.L. 24/08/2008 11:36


A ajouter sur ma liste d'idées.


cathe 23/08/2008 10:37

Une lecture très marquante que j'ai faite il y a plusieurs années et dont je me souviens précisément !

S.L. 24/08/2008 11:36


Comme quoi...


Georges F. 22/08/2008 12:25

Votre billet fait du bien : au train où vont les modes littéraires, on finirait par oublier ce qu'apporte Truman Capote au roman.

S.L. 24/08/2008 11:38


Oui, je fais une pause l'été pour lire des "classiques". Quel bien cela fait !!!!