Lolita**/Vladimir Nabokov (1955)

Publié le par S.L.


"J'éprouve une difficulté extrême à exprimer avec la force qui convient cet éclair, ce frisson, l'impact de cette reconnaissance passionnée. Durant ce bref instant baigné de soleil où mon regard glissa sur l'enfant agenouillée (ses yeux clignaient au-dessus de ses austères lunettes sombres - il allait me guérir de tous mes maux, le petit Herr Doktor), alors que je passais à côté d'elle dans mon travesti d'adulte (un superbe gaillard débordant de virilité qui débarquait tout droit d'Hollywood), mon âme frappée de torpeur parvint cependant à absorber les moindres détails de son éclatante beauté, et je les comparai aux traits de m défuntes petite mariée." (p. 83-84)

Lolita, quand le prénom d'un personnage passe à postérité pour désigner dans le langage courant toutes les fillettes au dangereux sex-appeal, à l'instar de ces gamines qui au collège de nos jours portent le string et se maquillent. Lolita, c'est ce roman devenu un classique, ayant été censuré à l'époque, comme aujourd'hui son protagoniste Humbert Humbert transgresse toujours un interdit de la société avec cette fillette de douze ans aux soquettes blanches, Dolores, dont il s'autoproclame le tuteur à la mort accidentelle de sa mère, Charlotte Haze, pour pouvoir mieux l'aimer et la posséder, comme avant lui Dante amoureux de sa Béatrice ou Pétrarque de Laure, celui de la pédophilie. Ce tabou posé, étant le sujet principal du roman, nul doute que le roman reste un chef-d'oeuvre, tant l'écriture, loin des clichés graveleux des romans érotiques ou pornographiques, l'exploite toute en finesse et en subtilité. C'est l'occasion également pour Nabokov d'aborder dans ce "road-movie" le fossé qui sépare cet Européen cultivé et raffiné aux Américains moyens pragmatiques (l'entretien sur ce qu'est une bonne éducation en est symptomatique), et de ridiculiser quelque peu les théories de Freud à travers les psychanalystes rencontrés aux diagnostics faussés, tout en insistant sur le motif de son goût pour les fillettes, soit par le passé sa brève première histoire d'amour avortée, qui devait le marquer à jamais.

NABOKOV, Vladimir. - Lolita. - Gallimard, 2002. - 551 p.. - (Folio ; 3532). - ISBN 2-07-041208-3.
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Joelle 25/07/2008 18:36

J'ai ce titre dans ma PAL depuis des années !!! Il faudrait plutôt que je me lance dans la nouvelle traduction qu m'a l'air beaucoup plus agréable !

S.L. 30/07/2008 22:10


Moi aussi. J'ai plus de temps pendant l'été pour lire les classiques.


Argantel 25/07/2008 09:56

Un classique qu'il faudrait que je prenne le temps de lire !

S.L. 25/07/2008 12:55


Oui, j'essaie d'en lire quelques-uns en été. En général, ils ne déçoivent pas !


Jean-Marc Laherrère 25/07/2008 09:07

Pourrait-on écrire Lolita auourd'hui ? Et Kubrick pourrait-il en faire un film ?Grand roman, mais aussi une des rares fois où j'ai trouvé le film encore meilleur que le roman, tout en finesse, en allusions, porté par des acteurs absolument géniaux.

S.L. 25/07/2008 12:54


Je n'ai encore jamais vu aucune des deux adaptations au cinéma, c'est peut-être d'ailleurs pour cela que j'ai eu envie de lire le roman. Je pourrai à présent les voir !