L'origine de la tristesse **/ Pablo Ramos (2008)

Publié le par S.L.

Titre original :  El origen de la tristesa (Argentine), 2004

Au Viaduc, dans un quartier populaire du Brésil dans les années 70, Gabriel traîne tantôt dans un cimetière pour gagner quelques sous avec Rolando, tantôt seul dans l'atelier de son père couvert d'affiches de jeunes femmes aguichantes comme Andrea C., tantôt avec ses amis pour jouer au foot dans les terrains vagues, se prendre ses premières cuites et ses premiers émois sexuels ou planifier la première passe du groupe avec des prostituées. Inéluctablement, il va quitter, avec ses treize ans, l'âge de l'innocence pour prendre de plein fouet le chemin du monde des adultes, hanté par le désir sexuel, la tristesse, le suicide et la mort...

"Je lui ai répondu que je savais aussi me la secouer tout seul mais j'ai tout de suite regretté : Fernando était en train de m'aider, avec sollicitude et beaucoup d'assurance dans la gestion de la situation. C'était injuste de lui avoir répondu comme cela. La maison de sa mère était une des seules, à l'époque, à avoir le téléphone, et la question de Fernando était logique, ou du moins bien intentionnée. Mais j'étais furieux. Je regardais maman et je faisais un effort pour ne pas la détester de toutes mes forces. Elle m'apparaissait soudain comme une menteuse. Elle nous avait toujours dit qu'elle nous aimait très fort mais là, elle n'avait même pas pensé à nous et elle avait essayé de se tuer." (p. 123)

Comme dans La guerre des boutons, on suit les jeux et mésaventures de ces gamins de rue : Gabriel, Alejandro le grand frère, Te Deum, le gros Carlos, le Rat, la Perche, le Chinois, le Roux et Rindone, accompagnés de Marisa, un garçon manqué que tout le monde veut dans son équipe au foot, mais dont le corps se transforme aussi. Pablo Ramos a su croquer un petit bonhomme un peu rebelle, plein d'énergie à revendre pour se faire une place dans un monde qui n'a rien de tendre, et cueillir la fraîcheur mêlée de dangers et de peurs de cette transition entre deux âges, où déjà il y a derrière chaque acte, chaque pensée, chaque intention, un désir de s'affirmer, d'imiter les grands en secret, en se masturbant devant les pin-ups, en buvant du vin à outrance, ou en gagnant pour la première fois un peu d'argent afin d'offrir un beau cadeau à sa mère au ventre prêt à exploser, comme un fruit trop mûr, pour donner naissance à une petite soeur. Un roman d'apprentissage, tout à la fois drôle et émouvant, qui se lit d'une traite.

RAMOS, Pablo. – L'origine de la tristesse / trad. de l'espagnol (Argentine) par René Solis. – Métailié, 2008. – 149 p.. – ISBN 978-2-86424-652-7 : 17 €.
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G
Ce sera donc un peu de littérature argentine pour cet été. Vivement l'été ! merci Essel.
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J
Je l'ai vu sur un autre blog avec un avis tout aussi positif il me semble ... mais je ne sais plus où !
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S

Ah zut ! Regarde sur Google recherche sur les blogs !!