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Prétextat Tach, prix Nobel de littérature, tire la triste fierté d'être atteint d'un cancer rarissime qui ne lui accorde plus que deux mois à vivre. Aussitôt les médias se déchaînent,
dépêchant pour interviewer ce misanthrope une poignée de journalistes triés sur le volet
par son secrétaire dévoué. Les quatre premiers se font très vite congédier. Mais le cinquième, qui sera la dernière, semble le prendre à son propre jeu...
Presque entièrement dialogué pour mieux mettre en exergue les duels successifs du protagoniste avec les journalistes, ce premier roman témoigne néanmoins de la plume d'Amélie Nothomb, qui se
révèle ironique, mordante, inventive, machiavélique, cynique, cruelle. Cette dernière met en scène un écrivain antipathique, vicéralement mysogine et mysanthrope, un obèse provocateur, bouffi
d'orgueil, jouissant du plaisir d'éconduire les journalistes l'un après l'autre, et qui va rencontrer en la personne d'une jeune "fouille-merde" sûre d'elle, son double. Pourtant, le lecteur
n'est pas non plus du côté de ces journalistes, qui l'un après l'autre se croient plus habiles que les précédents. Parfois même, il pourrait en retirer pour lui-même quelques pensées bien senties
: "moi, je lis comme je mange : ça ne signifie pas seulement que j'en ai besoin, ça signifie surtout que ça entre dans mes composantes et que ça les modifie." (p.
69)
Ainsi, "on ne regarde plus les jeunes filles en imperméable comme avant, quand on a lu un Léo Malet." (p. 70)
Bien au contraire, un peu comme un arbitre dans une partie de tennis, le lecteur observe les victoires successives du personnage principal, que le cynisme rend presque sympathique, avant de jouir
de cette longue joute de répliques cinglantes entre le vieil écrivain et cette journaliste, laquelle va se transformer en interrogatoire serré qui va dévoiler, à partir d'un roman inachevé mis en
abîme, Hygiène de l'assassin, le passé du premier.
Croyez-moi, si vous ne l'avez lu, vous passerez un bon moment en sa compagnie.
Je suis bien de ton avis, mais celui-là fait partie de ceux qui valent le détour.
réponse de : Essel (site web)
le: 18/03/2008 09:43:55
Avec ce roman celle qui allait devenir une des stars du cirque littéraire faisait une entrée remarquable et remarquée. Si j'ai fini par me lasser de Nothomb, je dois avouer que ce roman m'avait scotché, par sa méchanceté réjouissante, son culot, son verbe et sa construction. Un grand souvenir.
réponse de : Essel (site web)
le: 18/03/2008 09:47:14
J'aime bien Amélie Nothomb, et j'aime la façon dont le journaliste accule l'écrivain jusque dans ses derniers retranchements, la façon dont il le manipule...
Et le premier ! Cela doit être dur pour un auteur de s'entendre dire que l'on préfère son premier, comme si un seul aurait suffi, et que depuis il n'a pas pu se surpasser.
réponse de : S.L. (site web)
le: 25/03/2008 20:27:58
J'aime beaucoup A.Nothomb. Si tu apprecie ses dialogues je viens de finir COSMETIQUE DE L'ENNEMI et le recommande vivement, elle ne m'as pas decu. Le dialogue est epatant.