Baguettes chinoises **/ XINRAN (2008)

Publié le par Essel


Titre original : Kuaizi guniang (Chine, 2007)

Une fille vaut bien un garçon !
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"Dans mon village, c'est comme ça qu'on appelle les filles, des baguettes. Les garçons, eux, ce sont des poutres. Ils disent que les filles ne servent à rien et que ce n'est pas avec des baguettes qu'on peut soutenir un toit." (p. 22)
"Comment une simple baguette pouvait-elle nourrir l'espoir de devenir une poutre ?" (p. 30)

Condition féminine, Chine, monde rural, discrimination sexuelle
:
le thème est donné. Trois, Cinq et Six n’ont pas fait d’études et n’ont d’autre avenir que celui d’épouser le mari que leur désignera leur père, humilié par la naissance de ces six filles auxquelles il a donné pour tout prénom le numéro correspondant à leur ordre d’arrivée au monde. Toutes trois partent chercher du travail à Nankin, et en trouvent le jour-même. Quand elles ramènent l’argent à flots et leur connaissance du monde moderne au village, il faut bien que leur père révise son jugement : finalement, ces « baguettes » sont bien aussi capables qu’une « poutre » !

Journaliste, Xinran a animé une émission radio où elle recueillait sans tabou les confidences des femmes, dont elle s’inspira pour écrire ses deux premiers romans. D’autres témoignages et expériences ont conduit à ce troisième roman, faisant l’éloge de ces trois sœurs ambitieuses et volontaires, voulant prouver leur valeur non seulement à leurs parents, mais aussi au milieu rural rempli de préjugés dont elles sont issues. Sans se distinguer par sa qualité littéraire, voici tout de même un roman enjoué et bien agréable à lire, qui nous initie aux moeurs et expressions chinoises, distinctes de celles des longs-nez, et dénonce les séquelles de la Révolution culturelle, au détour de sa démonstration d'un sexisme ancestral et de la dichotomie entre un milieu rural replié sur ses croyances et la ville ouverte sur la modernité.


XINRAN. – Baguettes chinoises / trad. du chinois par Prune Cornet. – Picquier, 2008. – 341 p.. – ISBN 978-2-87730-991-2 : 19 €.
 

Publié dans Littérature chinoise

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Marie-José 09/02/2008 22:05

Oups! Il fallait lire "me revient souvent à la mémoire"...Désolée!

Marie-josé 09/02/2008 22:02

J'ai lu "Chinoises", du même auteur, et je l'ai trouvé vraiment intéressant. Par contre il faut avoir le coeur bien accroché car des passages sont à la limite du soutenable, le destin de ces femmes me reviennent souvent à la mémoire et on a du mal à imaginer tant de souffrances et de barbarie...Celui que tu présentes me tente bien, au moins c'est un roman donc ça devrait aider à se détacher un peu plus des personnages. Et puis j'aime beaucoup les éditions du Picquier, leurs bouquins, les couvertures, la présentation, tout ça quoi!

Essel 10/02/2008 10:36

Ici, ce n'est pas du tout insoutenable. C'est léger.

Naina 09/02/2008 18:24

@ Essel : "English" de Wang Gang que les éditions Picquier publient ce mois-ci (je crois qu'il paraîtra le 28/02). L'action se passe pendant la Révolution culturelle dans le Xinjiang (presque l'Asie centrale). Je n'ai jamais lu de roman chinois se passant dans le "Far West'" du pays.  J'ai lu "Les cinq yuans" de Shi Shuqing (Bleu de Chine) qui se passe dans la minorité Hui au Ningxia mais rien de plus à l'Ouest.

Essel 10/02/2008 10:38

Tu as l'air de bien t'y connaitre. Je lirai "English" également, sans faute. 

BMR 09/02/2008 12:50

Un autre roman de cette animatrice de radio (une sorte de Ménie Grégoire chinoise) : Chinoises, toujours sur la conditon féminine en Chine (c'était le sujet de son émission) mais c'est beaucoup beaucoup moins drôle que celui que tu évoques ici. Concernant l'usage de numéroter les filles dans l'ordre d'arrivée (habitude que je trouve, ma foi, fort pratique ... non, je rigole !), un autre roman, celui de la romantique Eileen Chang (Zhang Ailing en VO) : Un amour dévastateur. Eileen Chang est l'auteur de Lust, caution, superbe film en ce moment au cinéma.

Essel 09/02/2008 14:44

Je ne crois pas ce roman  vraiment drôle (à part justement ces deux idées de départ : baguette et numéro), mais on se laisse entraîner. J'ai beaucoup aimé, naturellement, le personnage de six qui va travailler dans un salon de thé bibliothèque très intellectuel.

Naina 09/02/2008 12:18

Je l'ai noté sur ma LAL mais je préfère attendre pour le lire. Un autre roman chinois va être publié chez le même éditeur ce mois-ci et m'a plus tapé dans l'oeil que le roman de Xinran.

Essel 09/02/2008 14:42

Lequel ???