Le verger de mon aimée*

Publié le par S.L.

Le verger de mon aimée / Alfrédo Brice-Echenique

Titre original : El Huerto de mi amada


Prix Planeta 2002

Un soir que ses parents organisent chez eux une soirée réunissant toutes les huiles de Lima, leur jeune fils Carlitos Aligre, autant dévôt que sempiternellement distrait, laisse échapper son chapelet et aperçoit peu de temps après Natalia de Larrea, la femme la plus belle et la plus convoitée de toute la ville. Et quand ce jeune homme de quinze ans invite à danser cette femme trentenaire et divorcée, il déclenche sans le savoir l’hystérie de tous les mâles présents à cette assemblée, et c’est à l’hôpital qu’ils passent tous deux leur première nuit. Jamais plus ni l’un ni l’autre ne seront acceptés par la belle société de Lima. Natalia se réfugie alors avec son amant dans son verger aimé pour vivre leur amour à l’abri des regards indiscrets. Seuls restent à Carlitos deux amis intéressés, que les stratégies calculatrices et grotesques vont prodigieusement distraire.
Alfredo Brice-Achenique noue son intrigue dans le Pérou des années 60, autour de Carlitos, dont l’ingénuité confinant parfois à la folie douce tour à tour ravit et désarme Natalia, femme de caractère, prête à tout pour vivre pleinement leur scandaleuse liaison. Autour de lui gravitent aussi ses faux amis parasites dont les aventures sont plus cocasses les unes que les autres, jumeaux dont l’intérêt n’a d’égal que l’hypocrisie et le paraître de cette société mondaine où ils désirent tant briller. Mais plus que tout, c’est le style très oral d’Alfredo Brice-Echenique qui retient l’attention, désarçonnant, ludique, une plume au service de ces intrigues burlesques, mêlant narration et style direct, poussant la fantaisie jusqu’à allonger ses phrases en une page. Un style qui, par sa vivacité, son oralité, du coup, ne peut pas plaire à tout le monde !
 
«Décidément, Carlitos Alegre n’était pas né pour remarquer quoi que ce soit, et moins encore s’il s’agissait de choses négatives ou désagréables»
"- Vous alors, vous pensez à de ces trucs, tel fut le seul commentaire qu'osa faire Carlitos quand Arturo et Raul Céspedes eurent fini de lui exposer les longues séries d'idées et de plans d'actions qui maintenant, de plus, avec une Daimler à leur disposition, leur paraissaient parfaitement et heureusement réalisables, pour ne pas dire plus.
Ils étaient cent pour cent incroyables, ces types, et rien qu'en les écoutant le pauvre Carlitos s'était débattu entre le rire le plus éclatant et la honte la plus épouvantable. Et il était en train de se dire que, d'un côté, ça oui, Lima tout entière se scandalise parce que nous nous aimons tant Natalia et moi, et malgré ça cette sacrée paire est capable de tout pour arriver Dieu sais où, quand les jumeaux faillirent le tuer avec une véritable volée de tapes complices sur l'épaule en lui parlant en même temps des liens d'amitiés qui nous unissent, Carlitos, depuis le jour où, bon..."
p. 108-109

BRICE-ECHENIQUE, Alfredo. – Le verger de mon aimée / trad. de l’espagnol (Pérou) par Jean-Marie Saint-Lu. – Métailié, 2006. – 312 p.. – ISBN : 2-86424-561-2 : 18 €.


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