Lutetia **/ Pierre Assouline (2005)

Publié le par Essel


La seconde guerre mondiale
vue à travers le prisme d'un grand hôtel parisien
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ROMAN HISTORIQUE

Paris, 1938. D'origine alsacienne, parfaitement bilingue, Edouard Kiefer,
ancien poilu, ex-RG, est le détective chargé de la sécurité du seul palace de la rive gauche, le Lutetia. D'une rigueur et d'une conscience professionnelles transmises de son père, il en connaît tous les secrets  et les recoins, se faisant le plus discret possible, et a pris la manie de confectionner pour chacun sa petite fiche, client comme employé prêt à être embauché. Hautes figures littéraires et artistiques (James Joyce, Matisse, Albert Cohen,...) y côtoient le menu gratin jusqu'à ce que l'Abwehr, sous l'occupation, prenne possession des lieux. Lorsqu'enfin l'hôtel se trouve libéré de ces indésirables, il est réquisitionné pour une toute autre tâche, qui le lave de ce passé fâcheux, celle d'accueillir les "rapatriés", comme on nommait alors les déportés revenus des camps... 

Au début, on a comme l'impression d'anecdotes mises bout à bout, comme des pièces de puzzle s'assemblant logiquement pour constituer un roman, comme la formidable reconstitution de la vie intérieure d'un monde à part, celui d'un palace. Puis l'Histoire prend le pas sur l'histoire fragmentée, sur le récit anecdotique, et le Lutetia s'ancre véritablement dans l'Histoire, le protagoniste fictif étant utilisé comme spectateur-pivot de cette évolution, comme dépositaire de ces portraits de passages, eux bien réels, de ces fragments de vie recueillis. On assiste ainsi à la résurgence de personnages avant, pendant et après la guerre, plus que jamais vulnérables et perméables au travers de ce lieu mythique solide comme l'airain qui traverse le temps et leur devient cher / chair, comme une part d'eux-mêmes. On reste béat d'admiration par la somme de documentation et d'informations qu'a dû réunir Pierre Assouline pour faire surgir ce beau roman historique, avec l'aisance d'une plume concise, nous faisant ressortir les faits et ressentir les tempéraments plus sûrement que ce que n'importe quel documentaire pourrait écrire sur l'histoire prestigieuse de cet hôtel.

Les raisons de son choix pour le Lutetia dans ses entretiens.

ASSOULINE, Pierre. – Lutetia. – Gallimard, 2005. – 438 p.. – ISBN 2-07-077146-6 : 21 €.
 
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S
c'est le livre dont je me dis depuis des années qu'il faut que je le lise et que je ne fais pas...Un rappel de plus!
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S
<br /> Eh oui, c'est e que je me dis aussi souvent en fréquentant le blog des autres !<br /> <br /> <br />
H
Un peu comme le commentaire n4, je me suis ennuyé à mourir, obligé à le finir par question de principe. Où est la somme des connaissances? Ah, j'oubliais de vous dire que c'était juste après les Bienveillantes, là la somme des connaissances devient toute relative...
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S
<br /> Effectivement, d'autres l'ont lu qui ont trouvé beaucoup à redire sur sa vision assez personnelle de l'histoire.<br /> <br /> <br />
V
J'ai lâchement abandonné ce livre en milieu de route...Je n'ai pas du tout accroché, je me suis ennuyée à mourir!!La galerie de portraits de la 1ère partie m'a vite lassée...Il paraît que la 3ème partie est très poignante avec le retour des déportés, mais je n'ai pas eu le courage d'aller jusque là.
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E
C'est vrai qu'au début les anecdotes ont un peu l'air de se juxtaposer, comme des fiches sur telle ou telle célébrité (mais c'est peut-être justement le reflet fidèle de la distraction du narrateur, et puis : quelles grandes figures !!!!). Mais ensuite, tout s'imbrique logiquement et l'histoire prend tournure.
F
J'avais bcp aimé ce livre sur lequel j'étais tombé par hasard.
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F
Je me laisserais bien tenter par ce livre, mais le style de l'auteur me rebute un peu !
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E
Ah oui ? Je trouve justement qu'il ne joue pas d'effet de style : il est assez efficace. Et ici, c'est davantage l'Histoire qui est mise en scène par touches impressionnistes.