Mort sur la route **/ David Le Breton (2007)

Publié le par Essel


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Pour échapper à la violence de leur vie familiale, des adolescents survivent bon an mal an, livrés à eux-mêmes, dans des squats où règne la loi de la jungle. Quand l'un d'entre eux meurt, de froid ou d'overdose, personne n'est là pour s'en soucier. Et quand une fille disparaît non plus. Parallèlement, un réseau de prostitution se développe à Strasbourg, alimenté par les femmes de villages bosniaques réduites à l'esclavage sexuel. Parmi ces malheureuses, Ana, qui parle français, espère s'échapper pour pouvoir se venger d'Oszan. C'est donc par hasard, suite à une agression qui le laisse démuni et groggy, que Thomas, enseignant à l'université, rentré anéanti moralement de Bosnie, est ramené au squat par Laure et Olivier, âgés de seize ans. Aussi, quand Laure disparaît à la suite de Leila, Thomas semble se ranimer et cherche des pistes qui l'amènent à suivre Oszan et ses acolytes...

Brrrrr ! Ce roman nous plonge dans les affres de la misère humaine, d'autant plus effrayante et touchante qu'elle nous côtoie au quotidien, sans qu'on y prête attention. Lui-même, comme son protagoniste, professeur à l'université de Strasbourg, David Le Breton nous avait habitués à ses essais sociologiques ou philosophiques sur le corps, la douleur, la perception, et il signe là son premier roman, précisément un roman sur la douleur morale plus que physique de ce dénuement qui livre les jeunes au pire des maux. Il dénoue le fil de ces jeunes destins brisés par leurs propres parents, marqués à jamais par leurs preuves de désamour, voire d'inceste, et ce quelle que soit leur origine sociale. Il nous décrit ces autres oubliées du système, ces prostituées qui viennent de l'Est, ayant tout perdu, jusqu'à leur liberté. David Le Breton nous décrit là un
monde hostile et méconnu, où seul le présent compte, la survie à l'instant, où l'humain n'est plus si loin de l'animal, et peut mourir "bêtement" de froid. A la lecture de cette histoire très sombre mais véritablement passionnante, on ne peut qu'inciter David Le Breton à poursuivre sur cette voie romanesque.


LE BRETON, David. - Mort sur la route. - Métailié, 11 octobre 2007. - 269 p.. - (Hors collection. Noir). - ISBN : 978-2-86424-631-2 : 17 €.

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christine stebler 29/07/2009 21:28

J'ai dévoré ce roman, offert par un très cher ami, même si le style si pauvre ne rendait rien de la magie de ma ville,même si des clefs de l'intrigue se trouvaient perdues. J'ai envie, maintenant, de lire les textes de recherche de l'auteur; un roman si bien documenté a dû surgir de recherches passionnantes.

S.L. 09/08/2009 15:25


En effet. Je sais qu'il écrit aussi beaucoup d'essais.


j. gorzar 30/10/2007 09:28

Pour info, ce n'est pas le premier roman pour l'auteur de Mort sur la route, il a en effet écrit et publié La Danse Amazone avant d'écrire de la littérature sociologique.

Jean-Marc Laherrère 23/10/2007 11:23

Finalement je persiste  ...Je suis d'accord avec ton analyse du fond, mais je suis vraiment gêné par la forme, assez maladroite de mon point de vue, et par une intrigue qui multiplie un peu trop à mon goût les coïncidences et invraisemblances.Comme je préfère dire du bien pour insiter à lire, que du mal (sauf quand je trouve un romanindigne ou scandaleux, ce qui est loin d'être le cas ici), je m'abstiendrai d'en parler sur mon blog.

Essel 23/10/2007 13:10

Je comprends tout à fait ta position. J'ai quant à moi choisi de parler du bon, du très bon, du mauvais et du très mauvais qui peut me passer entre les mains. Cependant, à part quand le roman est franchement mauvais, je laisse un avis plutôt nuancé et objectif, et c'est surtout le nombre d'étoiles qui signale mon engouement à sa lecture.

Jean-Marc Laherrère 18/10/2007 09:17

J'en suis à la moitié, et je suis moins enthousiaste que toi. Autant l'histoire est intéressante et bien menée, autant l'écriture me gène. Je trouve qu'il y a trop de redites et d'explications, et le style, sans que je puisse mettre le doigt sur ce qui me chagrine me semble peut-être une peu trop "scolaire", type rédaction pour caricaturer. Mais je continue, on verra à la fin.

Essel 19/10/2007 13:34

Bon, j'attends de te lire.

Jean-Marc Laherrère 08/10/2007 09:45

Il est dans ma pile, je te dirai ce que j'en pense dans une semaine.