Les âmes grises*** / Philippe Claudel

Publié le par S.L.

 Les âmes grises porté à l'écran

 

Non, je ne vous ferai pas ici la critique de l'adaptation cinématographique du roman de Philippe Claudel : je ne l'ai pas vue. J'ai peur d'être déçue par l'interprétation donnée à ce beau roman que je présente ci-dessous pour ceux qui ne l'auraient toujours pas lu !


Un policier vieillissant noircit des pages de cahiers, cherchant dans l’écriture un exutoire à son deuil, à son chagrin, à sa faillite. Il raconte des faits datant de vingt ans, en 1917, dans un village lorrain étreint par l’hiver et les échos de coups de canon par-delà la colline. Il y a l’Affaire, ce meurtre qui l’obsède, cette petite fille qui avait l’air d’un ange, assassinée dans le froid de l’hiver, au bord de la rivière, près du château d’un procureur veuf et solitaire, Pierre-Ange Destinat. Le juge Mierk accompagné du colonel Matziev, deux ogres dépourvus de sentiment, auront tôt fait de classer l’affaire en trouvant en la personne de deux jeunes déserteurs les coupables idéaux. Car l’âme des habitants de ce village n’est pas bien belle à voir à cette époque, engluée dans un climat social où les nantis font loi. Belle de jour, on l’appelait, cette petite fleur dont la présence illuminait les « âmes grises » de cette ville provinciale. C’était peut-être là son seul tort, tout comme ces deux autres fleurs, Lysia, la jeune institutrice, dont le suicide restera incompris, et Clémence, la femme du narrateur, qui mourra seule en donnant vie à son enfant…


Dans ce roman, Philippe Claudel n’a pas voulu retranscrire une guerre, celle des gueules cassées, mais reconstituer toute une époque, un climat social, réussissant à nous faire sentir cette odeur âcre et deviner cette teinte grise d’un monde révolu. Il excelle ainsi dans l’art du parler populaire de naguère, retrouvant ou réinventant le vocabulaire de l’époque, les vieilles expressions. Il nous dépeint surtout une ville provinciale qui croit échapper à la guerre alors qu’elle a perdu tout espoir, toute étincelle de vie. Un roman triste, où se révèlent la force d’une écriture et un talent certain.


Prix Renaudot 2003

CLAUDEL, Philippe. – Les âmes grises. – Paris : Stock, 2003. – 284 p. ; 22 cm. – ISBN 2-234-05603-9 : 18,80 €.

Commenter cet article

Sylvie 06/11/2006 18:59

C'est l'un des livres qui m'a le plus marqué ces dernières années. Je te conseille Trois petites histoires de jouet de Claudel également. J'avais moins aimé La petite fille de Monsieur Linh mais c'est tout de même un livre bourré d'humanité.
Quant au film, je préfére rester sur mon formidable souvenir de lecture...

S.L. 07/11/2006 08:49

C'est noté !

Sophie 09/10/2006 07:50

J'ai adoré ce roman et adoré tous les autres romans de Claudel que j'ai pu lire. Et j'ai vu le film également: très triste, très noir et fidèle au livre. Je te le conseille.