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Carnets de SeL

Chronique d'une mort annoncée / Gabriel Garcia Marquez

traduit de l'espagnol (Colombie) par Claude Couffon


Le lecteur comme d'ailleurs tout le village sait dès la première ligne du roman que Santiago Nasar va être abattu ce jour-là. Pourquoi ? Pourquoi voulait-on le tuer ? Le fil de l'histoire nous l'apprendra à sa moitié. Pourquoi personne alors n'empêcha le crime ? C'est là une autre affaire, chacun ayant sous-estimé la nouvelle... ou volontairement étouffée.
Ayant savamment orchestré un suspens à la Sergio Leone dans un autre genre, Gabriel Garcia Marquez prend son temps pour nous dépeindre longuement l'atmosphère de ce village et l'inertie de ses habitants, afin de mieux nous faire saisir la tragédie de cet innocent qu'on laisse mourir, faute de... Une lecture puissante de ce titre repris au point d'en être devenu une expression depuis. Incontournable.

Publié dans : Littératures hispano-américaines
Jeudi 27 juillet 2006
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L'Aliéniste / Joaquim Maria Machado de Assis (1881)

"Conte" traduit du portugais (Brésil) par Maryvonne Lapouge-Pettorelli



Simon Bacamarte, grand médecin de retour d'Europe, se retire dans la petite cité brésilienne d'Itaguaï, et demande à y fonder la Maison verte pour y rassembler tous les fous de la bourgade et de ses alentours. Mais les habitants prennent bientôt peur car personne ne semble plus à l'abri d'être emprisonné à la Maison Verte, chaque obsession ou chaque acte lunatique les envoyant derechef à cette "Bastille de la raison humaine" pour y compléter la typologie de l'aliéniste. La révolte s'organise...

Avec les travaux de Charcot, Machado de Assis s'est intéressé à la folie de l'homme et à ses frontières. Mais dans ce conte philosophique, c'est plus l'aliéniste qui semble d'emblée le plus fou, de même que la course au pouvoir et l'insurrection des habitants 
n'est autre qu'une critique voilée des changements de régime politique. Une petite perle d'ironie mordante.

Vous pouvez aussi lire l'article de Sylvie : http://passiondeslivres.over-blog.com/archive-09-13-2005.html

Publié dans : Littératures hispano-américaines
Jeudi 27 juillet 2006
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Trilogie new-yorkaise : Cité de verre - Revenants - La chambre dérobée / Paul Auster

Romans traduits de l'américain par Pierre Furlan


Trilogie new-yorkaise : trois romans se suivent et se répondent, avec pour cadre New-York. Les trois incipit mettent en branle le suspens de ce qui semblerait être une intrigue policière. Or, très vite, le lecteur se rend compte qu'il n'en est rien. Car ces trois romans sont autant d'essais métaphysiques sur la solitude et sur l'identité.

Dans Cité de verre****, Queen, un écrivain asocial, écrivant sous un nom d'emprunt, reçoit un coup de fil dans la nuit. On le prend pour un autre, pour Paul Auster (!), un détective privé comme le héros de ses propres romans. Sous cette fausse identité, il se rend au rendez-vous et y rencontre un couple très particulier formé par une jeune orthophoniste très séduisante et Peter Stillmann, souffrant à jamais des séquelles laissées par les 9 ans d'enfermement
dans une pièce aveugle auxquels l'a contraint son père, sans avoir le droit de prononcer un mot afin de retrouver la langue de Dieu. Or le père, sortant de l'hôpital psychiatrique, veut tuer son fils. Queen est chargé de suivre Stillmann père pendant des semaines, finit par engager la conversation avec lui puis le perd. Cherchant à le retrouver à tout prix, il rend alors visite au véritable détective Paul Auster trouvé dans l'annuaire pour lui demander de l'aide, lequel n'est autre qu'un écrivain ayant brillamment réussi sa vie et qui confiera toute cette histoire au narrateur. Prenant son travail à coeur, Queen décide donc de camper des mois durant dans l'allée menant à l'hôtel du fils Stillmann...
Du Paul Auster brillantissime avec cette mise en abîme de l'écrivain vivant sous son nom, mais en tant que détective, et rencontrant le vrai écrivain à la 3e personne, qui ne constituera d'ailleurs toujours pas le véritable narrateur. Une fois de plus, ce personnage principal bascule d'un banal quotidien vers la perte de son identité et le dénuement absolu, perdant tout sans s'en inquiéter pour revêtir peut-être une nouvelle identité ensuite. Paul Auster nous fait là une excellente démonstration de la quête de soi, qui passe selon lui forcément par la perte de son moi social.
Dans les dernières pages, le protagoniste se prend à douter des autres personnages, se demande s'il ne les avait pas déjà rencontrés lors de ces hasards invraisemblables qui peuvent pimenter une vie, et s'ils n'endossent pas plusieurs rôles. Histoire de bien nous montrer que les personnages ne sont que des fantoches manipulés par l'auteur derrière le narrateur...

Revenants****, la seconde histoire, pousse plus loin ce raisonnement puisqu'on ne donne aux personnages que des noms de couleurs, fantoches qui d'ailleurs par le biais de déguisements et masques cumulent les rôles. Il s'agit encore d'une surveillance, celle de M. Noir par M. Bleu, engagé par un M. Blanc  qui cache son identité. Or il s'avère que M. Noir passe ses journées, ses semaines, ses mois, sa vie à lire et à écrire à son bureau, regardant par la fenêtre. M. Bleu doit pourtant rédiger des rapports, les plus difficiles qui soient... Pourquoi doit-il surveiller ce M. Noir ?
Là encore, Paul Auster se surpasse : pour exister, M. Noir a besoin du regard de l'autre. L'enfer, ce n'est plus l'autre : on existe par autrui. La solitude nous mène à la perte de la conscience de notre existence, d'une preuve matérielle, humaine, du témoignage d'avoir vécu.

La chambre dérobée***, la dernière histoire, raconte là encore (on ne parle jamais aussi bien que de ce qu'on connaît !) la quête de soi d'un écrivain disparu, vécue par le narrateur, son ami d'enfance, critique culturel, parti sur ses traces, vivant désormais à sa place avec sa femme et son fils.
Ce dernier récit semble clore la trilogie, s'exprimant à la première personne, et reprenant allégrement les doms donnés à certains personnages des romans précédents. Une fois encore, c'est l'histoire d'un ami admiré de tous, intelligent et talentueux, qui disparaît un beau jour pour se retrouver. Cette obsession révélerait-elle donc une aspiration secrète de l'auteur ?


Publié dans : Littérature américaine
Dimanche 23 juillet 2006
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Mon âge / Camille POUZOL


C'est un petit abécédaire autour de la trentaine que conseillait l'un des blogs que je consulte régulièrement. Je m'y suis très peu reconnue. Certes, je ne suis pas la trentenaire célibataire et parisienne qu'a tout l'air d'être Camille Pouzol, mais pour autant, je n'aurais certainement pas choisi une entrée à Jean-Luc Delarue (pouah !) ni à "Idoles", ni versé dans ce verbiage journalistique. J'ai failli l'abandonner à plusieurs reprises, déçue, mais j'ai tout de même poursuivi, me retrouvant dans certaines critiques négatives de "Bridget Jones" ou positives de "Sex and the City", dans certaines entrées comme "fond de teint", "mode", "régime", etc...  Peut-être lors de tel ou tel chapitre trouvera-t-il sa lectrice en chacune de nous. Un moment pas désagréable à passer, sur la plage.



Publié dans : Contemporains français
Mercredi 19 juillet 2006
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Une ardente patience / Antonio Skarmeta (1985)

Ardente Paciencia, traduit de l'espagnol (Chili) par François Maspero


Mario Jimenez n'est pas bien courageux, il faut bien le dire, mais quand il s'agit de grimper à bicyclette la colline pour aller porter une montagne de lettres à son unique client, le fameux poète Pablo Neruda, il n'hésite pas une seconde. Pourtant, il n'a encore jamais lu un seul vers, mais bientôt son maigre salaire lui sert à faire l'acquisition d'un premier recueil. Il tente alors de briser l'indifférence de Neruda à son égard, qui l'initie à l'art poétique. Une amitié peu à peu naît entre le grand poète et le petit facteur. Et quand Mario tombe fou amoureux de Béatrice, la fille de l'aubergiste, il pense tout naturellement demander l'aide de Pablo Neruda pour pouvoir lui susurrer de douces métaphores...

1973. Le Chili espère beaucoup d'Allende, est fier de son poète, Pablo Neruda. La mort va frapper l'un et l'autre. Antonio Skarmeta a choisi de centrer son récit non pas sur les dernières années du grand poète mais sur son impact sur son jeune lecteur en la personne d'un adolescent amoureux d'une fille du coin, fils de marin, que rien ne prédestine à cet engouement, à cette adoration du verbe qui lui vient, à la mise en mots de la beauté de sa bien-aimée.

Dans cette peinture naïve d'une vie paisible sur l'île Noire, c'est la brillante démonstration de la force du Verbe qui séduit son auditrice, c'est la preuve que « La poésie n’appartient pas à celui qui l’écrit, mais à celui qui s’en sert. »

Aussi ce roman est tour à tour nourri de passages poétiques, d'odes à la nature, aux bruits familiers (les mouettes, l'écume des vagues), de figures familières plus vraies que nature, telle cette belle-mère dont les phrasés deviennent à eux seuls des morceaux d'anthologie, un roman plein de cette simplicité, de cette naïveté, de cette ode à la vie, à la poésie, à l'amour et à l'humour. Un livre lumineux à découvrir cet été.

Vous avez certainement déjà vu le film que Michael Redford a réalisé à partir de ce roman, intitulé "Le Facteur", transposé en Italie, qui a connu un succès mondial, avec Philippe Noiret dans le rôle de Neruda et Massimo Troisi dans celui du facteur.

Lire aussi la critique de Barbabella sur : http://meslectures.over-blog.com/article-2220891.html

Publié dans : Littératures hispano-américaines
Lundi 17 juillet 2006
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Kafka sur le rivage / Haruki MURAKAMI

Traduit du japonais par Corinne Atlan

Haruki Murakami a ici dénoué le fil de deux histoires se construisant en parallèle. La première suit le parcours d'un garçon de quinze ans qui fugue de chez son père, s'y étant préparé depuis plusieurs années en suivant les conseils de Corbeau, un ami imaginaire. La seconde semble quasiment relever du traumatisme post-Hiroshima puis du merveilleux puisqu'elle relate la mission d'un vieillard, rendu à jamais débile par un événement surnaturel survenu dans son enfance, mais qui possède cette particularité de savoir parler aux chats et de faire pleuvoir tout ce qu'il souhaite. A partir du mythe d'Oedipe qu'il transpose dans le Japon contemporain et revisite avec les croyances d'un Japon ancestral, Murakami brode la trame tragique de ce jeune garçon qui se fait maintenant appeler Kafka Tamura, poursuivi par cette malédiction proférée par son propre père. Or une nuit il se réveille bel et bien couvert du sang de son père, qui réside pourtant à des centaines de kilomètres de l'île où il s'est réfugié...

Le traitement original du mythe d'Oedipe ne constitue absolument pas selon moi la grande réussite de ce roman. Ce qui m'a envoûtée, dans Kafka sur le rivage, c'est d'y retrouver un univers très proche, tout en demeurant différent, de celui de Paul Auster, où l'inexpliquable, l'absurde, le surnaturel parfois, intervient dans le quotidien de ses personnages quittant leur foyer, s'enfonçant au plus profond de leur dénuement et de leur solitude, pour se trouver eux-mêmes. C'est là la clé de ce roman d'apprentissage du fugueur qu'adolescent nous avons tous rêvé d'être, où la vie retourne à sa plus simple expression, où l'âme s'épure lentement, au contact du vieillard puis de la musique classique pour Hoshino, ou,
pour le jeune héros, de l'intimité d'une bibliothèque puis de l'austérité d'un refuge de montagne, rythmée par ses fantasmes et ses besoins naturels. C'est un grand roman, où sont distillées tout à la fois les essences du merveilleux, de la tragédie, du roman d'initiation et du roman d'aventures. Autant dire que ses 619 pages se lisent d'une traite !


Publié dans : Littérature japonaise
Dimanche 16 juillet 2006
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Les vacances des paresseuses / Seymourina Cruse

    Moins encore que les autres guides, je n'ai glané quelque information utile. De quoi remettre un peu les idées en place, en particluer dans le chapitre 1, mais sans plus.
    Après 8 petits guides de cette collection, plus ou moins instructifs sans se prendre la tête, j'arrête donc ici mes achats compulsifs de ces jolis petits livres pour nanas, et réprime mon perfectionnisme à outrance d'élève modèle !


CRUSE, Seymourina. – Les vacances des paresseuses. – Marabout, 2006. – 221 p.. – (les petits guides des paresseuses). - 5,90 €.

Publié dans : Ethnologie, société, religions,...
Vendredi 14 juillet 2006
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