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"Horticulteur fanatique et limité à sa passion, il se fit fatalement faucher dans la fleur de l'âge." (La fatalité, p. 60).


Dans son avant-dernier recueil de 153 nouveaux contes, Jacques Sternberg fait la part belle à l'humour noir, sur la Création et sur Dieu, sur l'écrivain, sur la vieillesse et la mort, avec toujours une quantité non négligeable de récits fantastiques (29) ou relevant de la science-fiction (30). Nombreux d’ailleurs sont les contes déjà parus dans les Contes glacés ou Géométrie dans l’impossible.


Comme toujours chez lui, la réalité la plus ordinaire peut coûter la vie autant que des voyages interplanétaires, comme un fait mineur peut engendrer des conséquences insoupçonnables. Les certitudes n’ont plus cours. Rien ne sauve l’homme… Et jamais Sternberg n’a autant évoqué la mort, cette mort qui ne saurait tarder à présent, ni sa condition d’écrivain hélas oublié des prix et de la renommée, avec toutefois une lueur d’espoir teintée d’humour noir dans L’auteur,  où il se met lui-même en abime. Car sa foi en l’être humain paraît comme une étoile filante, dans ce recueil couleur nuit d’encre, au travers de deux contes seulement, la fraternité en pleine guerre dans La sentinelle et la renaissance de l’amour dans le rendez-vous.

 

Mes contes préférés ? La création, L'épitaphe, L'essai, Les revenants, Le roman, L'évolution. Les contes de Sternberg, on les prend, on en lit quelques-uns, on sourit, on les repose, mais on ne les oublie pas.


A la fin de l'ouvrage, vous trouverez une table des matières, l'éditorial du Cabinet noir, une biographie de Jacques Sternberg, et un hommage de Sternberg à Alain Dorémieux qui, le premier, en 1954, avait découvert son talent de conteur.


Nous ne tarderons pas à revenir sur cet écrivain prolifique avec cette fois son dernier recueil 300 contes pour solde de tout compte.


Critique dans la presse :

« Un régal de petits récits concis, cinglants, n’épargnant rien ni personne, et surtout pas Dieu dont l’obsession poursuit cet athée, à égalité avec la mort, seule certitude absolue et énigme éternellement irrésolue. » Aliette Armel, Magazine littéraire, février 1999, n°373, p. 74-75.

 

STERNBERG, Jacques. – Si loin de nulle part. – Ed. Les Belles Lettres, 1998.- 232 p.. - (Le cabinet noir). – ISBN 2-251-7711—0 : 49 F.
Dimanche 13 décembre 2009 7 13 12 2009 11:50
- Publié dans : Contemporains français
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Voici deux livres qui m'ont été adressés sur mon lieu de travail, tous deux dédicacés, accompagnés  du catalogue d'une exposition consacrée à l'auteur et d'une lettre chaleureuse.

Qui est donc Carl Norac ? Lisant extrêmement peu de littérature jeunesse, je devais bien être l'une des rares à l'ignorer :
lacune qui sera vite comblée pour vous aussi en jetant un oeil sur le site de l'auteur ici.

Essentiellement reconnu pour son talent de conteur dans des albums, traduit dans 49 langues, Carl Norac est aussi et avant tout poète. D'ailleurs ses ouvrages pour la jeunesse n'en sont jamais dépourvus, mais sur un tout autre registre.

En effet, sur le tempo des
quatre saisons, Carl Norac nous livre ici un recueil de proses poétiques toutes imprégnées d'une langueur toute mélancolique. « Écrit(es) après une rupture sentimentale et une douloureuse expérience de la solitude », ces sonates intimes sonnent comme autant d'instants perdus en quête d'un amour absent, révolu ou à venir.
Ne manquez pas la longue interview mise en ligne qu'il a accordée à la revue InterCDI (n°208).

Lisez aussi la chronique de Pascale Arguedas et celle dans Carnets de SeL de Petites histoires pour les enfants qui s'endorment très vite.



L'escampette éditions, 2008. - 80 p.. - ISBN 978-2-35608-003-5 : 13 euros.
Samedi 12 décembre 2009 6 12 12 2009 15:07
- Publié dans : Contemporains français
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Illustrations de Thomas Baas
Textes de Carl Norac

"C'est l'histoire d'un lutin qui est triste d'être géant.
Dans la rue, on le confond avec les passants
."

Avec tendresse et malice, Thomas Baas illustre par un dessin en pleine page chacune des 56 petites histoires poétiques de deux à quatre vers imaginées par Carl Norac.

Des petits instants magiques pour chaque soir à l'heure du conte :

"C'est l'histoire d'un p'tit bisou qui tombait n'importe où.
A la fin, il est posé sur ta joue."

De 3 à 7 ans.

Vous pouvez jeter un oeil sur le site de l'auteur ici.
Une autre critique de lui pour Sonates pour un homme seul, en poésie cette fois, dans Carnets de Sel.

éditions Sarbacane, 2008. - ISBN 978-2-84865-242-9 : 14,50 €.
Vendredi 11 décembre 2009 5 11 12 2009 14:08
- Publié dans : Littérature jeunesse
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Professeur émérite à l'Université de Paris X, Henri Arvon a écrit de nombreux ouvrages sur l'anarchisme et le bouddhisme. Dans ce petit "Que sais-je", il évoque les origines historiques et philosophiques de l'anarchisme, brosse le portrait et les idées des principaux théoriciens de l'anarchisme, dont il donne les conceptions philosophiques, sociales et morales, pour enfin en dresser l'historique.

Sachez donc : 

1- que l'anarchisme prend sa source au moment de la Révolution française,
qui n'est autre que le triomphe du libéralisme puisqu'elle
« proclame que l’individu est une fin en soi et que toutes les formes politiques et sociales ne sont créées que pour contribuer à son plein et entier épanouissement. » (p. 6). Son principe, la liberté, n'est finalement pour quelques-uns qu'un mirage car

a) le libre jeu de la concurrence écrase celui insuffisamment armé pour la lutte,

b) le maintien de la propriété privée garantit l’indépendance des possédants mais aussi la dépendance voire l’esclavage des non-possédants.


Or cette contradiction hypothèque le libéralisme :

« L’organisation politique repose sur les principes éternels de la liberté, de l’égalité et de la fraternité, alors que la vie sociale est dominée par l’esclavage économique, l’inégalité sociale et la lutte des classes. » (p. 6), d’où la Conspiration des Egaux dirigée par Babeuf.

Autre problème : comment concilier la liberté individuelle avec la liberté de tous ?


Car si l’égalité politique est inséparable de la liberté individuelle, l’égalité sociale, qui est le gage de la liberté de tous, postule une certaine limitation de la liberté individuelle.


D'aucuns commencent à être convaincus que le citoyen ne jouit pas de la liberté véritable dans une société qui ne garantit pas sa vie matérielle. Adoptent cette position antilibérale
Victor Considérant, Le Socialisme devant le vieux monde actuel, Louis Blanc, L’Organisation du travail, Moïse Hess, Philosophie de l’action, et Karl Marx qui, dans  La question juive, évoque ce dualisme de l’Etat et de la société qui transparait dans la séparation des Droits de l’homme et du citoyen. En effet, quels sont ses droits ? L'égalité, la liberté, la sûreté, la propriété, soit des droits de l’individu limité à lui-même, et qui justifient l’égoïsme.


2 - que l'anarchisme trouve ses fondements philosophiques dans :  


 a) le rationnalisme français (Rousseau)
 : l'homme est tiraillé entre deux sentiments contraires : l’instinct social qui lui fait découvrir son bonheur dans le bonheur général, c'est-à-dire l’altruisme, et l’instinct de conservation qui l’oppose à ses semblables, c’est-à-direl’égoïsme. Au cours de l’évolution de l’humanité, l’égoïsme a pris le pas sur l’altruisme : l’homme est devenu pour l’homme un « loup ».

b) l'idéalisme absolu allemand (Hegel) : l’anarchisme prêche la souveraineté du Moi « unique » et appelle à la révolte contre toutes les aliénations (religieuses – contre l’Eglise, politiques – contre l’Etat, humanistes – contre les lois du Nous)

c) le christianisme : « si l’anarchisme combat la religion en tant qu’elle constitue une contrainte identique à celle que l’Etat exerce sur l’individu », comme Jésus, il « écarte l’Etat pour porter l’accent sur la valeur absolue qui s’attache à la personne humaine. »


3- que les théoriciens de l'anarchisme sont : 

  • L’Anglais William Godwin (1756-1836) et sa Justice politique

  • L’Allemand Max Stirner(1806-1856) et L’Unique et sa propriété (1844),

  • Le Français Proudhon (1809-1864), pour L’AUTOGESTION en politique et en économie,
  • Le Russe Michel Bakounine (1814-1876), qui prône un fédéralisme politique et économique,
  • L'écrivain russe Léon Tolstoï (1828-1910), pour l'Amour altruiste, qui influencera Gandhi, avec qui il a correspondu, et conduira à la libération de l’Inde par la non-violence.

 

4- que L’ANARCHISME, c’est :

le refus de toute autorité pour la défense de l'autonomie individuelle, et donc pour des contrats librements conclus entre les intéressés, le fédéralisme,l'antidémocratisme, l'antisocialisme, et une responsabilité individuelle accrue et l'entraide.



5- que le mouvement commence lors de la Première Internationale fondée à Londres en 1864 et qu'il s'essoufle un peu, même si on reconnait un mouvement américain à tendance anarchiste dans les années 70.



L'analyse d'Henri Arvon parait objective, ce dernier n'hésitant pas à qualifier de dépassée  la théorie de Tolstoï, et de critiquer certaines positions. En revanche, il passe un peu trop rapidement en revue, dans sa dernière partie, l'histoire du mouvement.
Cette lecture m'a permis de connaitre véritablement le fondement des idées anarchistes, dont on parle parfois sans savoir au juste de quoi il s'agit, ne retenant souvent que les comportements extrêmes et terroristes médiatisés. Certaines, d'entre elles, comme le fédéralisme, le crédit désintéressé ou le perfectionnement de l'individu, m'ont séduite.
Je ne peux que vous en conseiller vivement la lecture, si vous êtes curieux de connaître une autre manière de concevoir le fonctionnement de la société.

L’anarchisme / Henri Arvon. – Paris : Presses Universitaires de France, 1998. – 12e édition. 127 p.. – (Que sais-je ? ; 179). – ISBN 2-13-043463-0.

 

Jeudi 10 décembre 2009 4 10 12 2009 07:30
- Publié dans : Histoire, engagement politique
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Quel crime avaient donc commis les Danaïdes pour être condamnées aux Enfers à verser sans fin de l’eau dans un réceptacle percé ? De quoi était faite la maison de Baba Yaga, la plus redoutée des sorcières ? Quels sont les divers avatars de Vishnou ?

Vous trouverez les réponses à ces questions, et bien d’autres encore, sur les divinités grecques comme sur les dieux nordiques, sur les lutins comme sur les roussalki, dans ce bel ouvrage aux encarts dorés, où les mythes et légendes du monde entier sont abordés continent après continent, et richement illustrés.


WILKINSON, Philip. – Petit Larousse illustré des légendes et des mythes. – Larousse, 2009. -  352 p. ; 24 x 20 cm. – (Hors collection Sciences humaines). – ISBN  9782035847928 : 24,90 €.

Mercredi 9 décembre 2009 3 09 12 2009 13:00
- Publié dans : Ethnologie, société, religions,...
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Petit traité de narcissisme intelligent

Philosophie – altérité


Le thème de l’autre apparaît d’abord en littérature chez les moralistes français du XVIIe siècle, comme La Fontaine, La Rochefoucault, La Bruyère, puis en philosophie grâce à Husserl, pour enfin, après les deux guerres mondiales, être récurrent chez Martin Buber, Jean-Paul Sartre, Emmanuel Levinas, Paul Ricoeur, etc.
Qu’est que l’autre ? Dans la quête d’une définition, ce docteur en philosophie, psychopathologie, psychanalyste et psychologue clinicien, explore tous les domaines de Lacan à l’analyse filmique de Eyes Wide Shut ou de Shining, de la sexualité au mythe du vampire, de Kimura Bin au phénomène de réseaux sociaux ou de rencontres comme Facebook ou Meetic. Sa conclusion ? Que « l’autre, c’est l’éternel retour du sujet empirique dans la pensée. » et que « la différence entre moi et l’autre est ressentie comme un trouble. »
Un essai dense et complexe qui tente de définir l'autre comme ce qui échappe justement à toute tentative d'ancrage, d'immuabilité.


Larousse, 2009. – (Philosopher). – ISBN 978-2-03-584797-3 : 17 €.
Dimanche 6 décembre 2009 7 06 12 2009 14:53
- Publié dans : Philosophie
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Dieu se présente un jour dans une file d'attente. Un homme somme toute banal. Après vérification de son identité qu'il est la seule à décliner,  étant évidemment sans papier, sans domicile fixe et sans numéro de sécurité sociale, il déclenche bien malgré lui, après un moment de stupeur dans le monde entier, une vague de procès : il a des comptes à rendre à l'humanité...

Au moyen d’un trait simple, en noir et blanc, Marc-Antoine Mathieu a toujours joué sur l'absurde et sur les frontières entre le réel et l'imaginaire, et ce de manière particulièrement réussie avec son personnage kafkaïen dans la série "Julius-Corentin Acquefacques". Il imagine ici le personnage incontournable qui a le plus façonné fantasmes et imaginaire collectif à travers l’Histoire, Dieu, et le place devant le tribunal de l'humanité. Pour ce faire, il s'amuse à jongler avec tous les procédés narratifs susceptibles d'évoquer son bref passage sur Terre : médiatisé comme buzz de l'Histoire, Dieu devient ainsi tantôt le sujet d’une pièce de théâtre, d’un film, de best-sellers ou d’un message publicitaire, tantôt il fait l’objet d’une tentative d’analyse psychiatrique, sociologique, juridique, religieuse, picturale, philosophique ou encore scientifique. On ne le voit d'ailleurs jamais, si ce n'est de dos ; en revanche, on l'entend un peu, et ce qu'il révèle du bout des lèvres, c'est que la vérité nous dépasse, et qu’il lui faut disparaître pour redevenir une chimère, une invention de l'homme pour expliquer ce que ce dernier ne peut concevoir, et peut-être n’a-t-il jamais été qu’une bonne histoire, la meilleure qui soit, à l'image de cette BD, à ne pas manquer.


Vous pourrez lire les 8 premières planches du récit complet sur BD-Gest, et mes autres chroniques sur l'oeuvre de Marc-Antoine Mathieu :
- Mémoire morte **
- L'origine ***
- La qu... ***
-
Le processus ***
- La 2,333ème Dimension***
- Le Début de la fin **

- les Sous-Sols du Révolu **

MATHIEU, Marc-antoine. - Dieu en personne. - Delcourt, 2009. - 122 p. : ill. n.b.. - ISBN 978-2-7560-1487-6 : 17,50 €.
Samedi 5 décembre 2009 6 05 12 2009 14:00
- Publié dans : B.D.
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