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Carnets de SeL

Landru, voilà l'un de ces criminels dont le nom est hélas passé à la postérité, rendu célèbre au cours de son procès pour le meurtre de onze femmes séduites, dépouillées puis incinérées dans sa villa de Gambais, dont il niera jusqu'au bout être l'auteur.

Tirant parti du fait que l'affaire se déroule dans le contexte de la première guerre mondiale, Christophe Chabouté imagine une toute autre version que celle archivée, corroborrant les protestations d'innocence de ce simple escroc. En effet, il introduit d'autres personnages, qui auraient forcé la main à Landru, avec à leur tête une gueule cassée...

Cette sombre histoire de meurtres s'étale sur des planches noires et blanches, sans une nuance de gris, rendant ses personnages machiavéliques à souhait. Cette gueule cassée semble d'ailleurs utiliser les mêmes procédés, sans nourrir les mêmes desseins, qu'un certain personnage d'un film très connu, vous verrez, qui donne des frissons dans le dos. On en ressort presque convaincu par cette nouvelle version profondément ancrée dans cette époque de boucherie que fut la Grande Guerre.

Grand Prix RTL 2006
Vous pouvez lire aussi l'avis de Cathe (Les routes de l'imaginaire).

Vents d'ouest, 2006. – 137 p.. – ISBN 978-2-7493-0289-8 : 17,99 €.
Lundi 12 mai 2008
publié dans : B.D.
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Lucille, c'est une adolescente anorexique qui reste alitée chez elle, dans une maison isolée au fond des bois, à son retour de l'hôpital. Arrive un jour sur son scooter Arthur rebaptisé Vladimir, comme le veut la lignée, du nom de son père marin qui vient de se pendre, pour l'enlever et lui redonner le goût de vivre en Italie...

Non paginée, cette bande dessinée en compte pourtant bien 500, 500 pages pour découvrir l'intimité de ces deux adolescents prêts à sombrer dans le désespoir, l'une en refusant de s'alimenter, l'autre en flirtant avec le satanisme pour manipuler les autres, et se sauvant l'un l'autre. Page après page, tour à tour Lucille ou Arthur, on découvre pourquoi l'un comme l'autre en sont arrivés là, leurs souvenirs refoulés, leurs traumatismes d'enfance,... au point de refermer cette BD en étant profondément attachés et remués par leur destinée. Sans jamais verser dans le pathos, sans concession non plus, l'auteur campe ses personnages au crayon comme dans leur belle histoire d'amour : simples, esquissés, des brouillons d'adultes en devenir, vrais, parfois tendres et émouvants, parfois durs envers eux-mêmes.

Une BD coup de poing, et pas seulement pour les ados, remarquée au Festival d'Angoulême
, et dont sans aucun doute vous vous souviendrez.

Prix René Goscinny - 2006
Prix Essentiel - Angoulême 2007

Série à suivre.

Vous pouvez lire aussi d'autres avis chez Sylvie (
Passion des livres) ou chez Lo.

Futuropolis, 2006. – n. p.. – ISBN 2-75480-051-4 : 29,50 €.
Jeudi 8 mai 2008
publié dans : B.D.
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Titre original :  Oki de matsu (Japon, 2004)

Pour avoir molesté son patron alors qu'il tripotait sa mère - elle, passe encore-, Kyôko se voit contrainte de démissionner et se retrouve à pointer au chômage et à rester vivre seule à 36 ans chez sa mère. Une voisine lui propose alors une rencontre arrangée avec un homme fou de son entreprise... Au travail, de solides liens d'amitié se tissent entre Oikawa et Futo, tous deux sortis de la même promotion et recrutés dans la même entreprise d'équipement sanitaire et la même ville. A tel point qu'un pacte les lie : si l'un d'eux meurt, l'autre devra détruire le disque dur de son ordinateur pour emporter avec lui ses secrets. Or Futo meurt accidentellement...

Conçue en diptyque, cette vision du monde du travail au Japon s'ouvre sur le regard désabusé d'une jeune femme lucide, en proie au chômage et au sexisme, et se referme sur une amitié entre collègues au travail si solide qu'elle va bien au-delà de l'amour et de la mort. Comme l'endroit et l'envers d'un décor quotidien. Mais l'impertinence du premier l'emporte sur l'affection du second :

"Chose bizarre, les femmes qui aiment les enfants ont l'air douces et celles qui disent les détester ont l'air méchantes. Bien sûr, tout le monde sait que les enfants ne sont pas des anges. Ils sont sales, ils mentent, ils font des caprices, ils sont niais et enquiquinants au possible." (p. 19)

ITOYAMA, Akiko. – Le Jour de la Gratitude au Travail / trad. du japonais par Marie-Noëlle Ouvray. - Picquier, 2008. – 100 p.. – ISBN 978-2-87730-990-5 : 13 €.
Mardi 29 avril 2008
publié dans : Actualité littéraire étrangère
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Titre original :  El origen de la tristesa (Argentine), 2004

Au Viaduc, dans un quartier populaire du Brésil dans les années 70, Gabriel traîne tantôt dans un cimetière pour gagner quelques sous avec Rolando, tantôt seul dans l'atelier de son père couvert d'affiches de jeunes femmes aguichantes comme Andrea C., tantôt avec ses amis pour jouer au foot dans les terrains vagues, se prendre ses premières cuites et ses premiers émois sexuels ou planifier la première passe du groupe avec des prostituées. Inéluctablement, il va quitter, avec ses treize ans, l'âge de l'innocence pour prendre de plein fouet le chemin du monde des adultes, hanté par le désir sexuel, la tristesse, le suicide et la mort...

"Je lui ai répondu que je savais aussi me la secouer tout seul mais j'ai tout de suite regretté : Fernando était en train de m'aider, avec sollicitude et beaucoup d'assurance dans la gestion de la situation. C'était injuste de lui avoir répondu comme cela. La maison de sa mère était une des seules, à l'époque, à avoir le téléphone, et la question de Fernando était logique, ou du moins bien intentionnée. Mais j'étais furieux. Je regardais maman et je faisais un effort pour ne pas la détester de toutes mes forces. Elle m'apparaissait soudain comme une menteuse. Elle nous avait toujours dit qu'elle nous aimait très fort mais là, elle n'avait même pas pensé à nous et elle avait essayé de se tuer." (p. 123)

Comme dans La guerre des boutons, on suit les jeux et mésaventures de ces gamins de rue : Gabriel, Alejandro le grand frère, Te Deum, le gros Carlos, le Rat, la Perche, le Chinois, le Roux et Rindone, accompagnés de Marisa, un garçon manqué que tout le monde veut dans son équipe au foot, mais dont le corps se transforme aussi. Pablo Ramos a su croquer un petit bonhomme un peu rebelle, plein d'énergie à revendre pour se faire une place dans un monde qui n'a rien de tendre, et cueillir la fraîcheur mêlée de dangers et de peurs de cette transition entre deux âges, où déjà il y a derrière chaque acte, chaque pensée, chaque intention, un désir de s'affirmer, d'imiter les grands en secret, en se masturbant devant les pin-ups, en buvant du vin à outrance, ou en gagnant pour la première fois un peu d'argent afin d'offrir un beau cadeau à sa mère au ventre prêt à exploser, comme un fruit trop mûr, pour donner naissance à une petite soeur. Un roman d'apprentissage, tout à la fois drôle et émouvant, qui se lit d'une traite.

RAMOS, Pablo. – L'origine de la tristesse / trad. de l'espagnol (Argentine) par René Solis. – Métailié, 2008. – 149 p.. – ISBN 978-2-86424-652-7 : 17 €.
Dimanche 27 avril 2008
publié dans : Actualité littéraire étrangère
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Titre original :  Satyr of the Subway and others stories (Inde, 2003)


13 nouvelles pour démêler l'écheveau du coeur humain, hésitant tour à tour entre adultère, relation amoureuse, fantasme et jalousie... et du coeur d'un chat. On découvre ainsi dans la première nouvelle un fétichiste du nombril parfait dans le métro, dans la seconde l'affranchissement de parents envers leur fille pour ne plus penser qu'à leur propre bonheur, dans la suivante trois boules noires offertes par une sorcière à une jeune femme mariée qui peut asservir l'homme de son choix à qui elle en ferait absorber une, à condition de ne pas lui dire "je t'aime", puis une vieille femme à qui un jeune photographe rend visite dans un hospice, un chat jaloux qui se jette sur l'amant, un homme d'affaires marié qui le temps d'une soirée croit pouvoir échapper à sa vie d'automate en achetant la compagnie d'une prostituée dans un parc, etc....

Difficile d'être aussi séduite par ce recueil de nouvelles que par ses deux autres romans Compartiment pour dames** et Un homme meilleur** à ***. Tout comme Allie, le recueil m'a laissé une impression mitigée : les phrases ont glissé sur moi sans que j'en retienne une seule digne de figurer sur cette page, les nouvelles aussi, certaines un peu âpres, d'autres m'ont fait hausser les épaules, d'autres enfin se laissent lire. Tout compte fait, il ne me reste de ce recueil aux nouvelles de qualité inégale que son atmosphère sous haute tension, chargée de pulsions surtout sexuelles. 

NAIR, Anita – Le Chat karmique / trad. de l'anglais (Inde) par Marielle Morin. - Picquier, 2008. – 238 p.. – (Picquier poche). - ISBN 978-2-8097-0007-7 : 8 €.
Vendredi 18 avril 2008
publié dans : L'autre Orient : Inde, Thaïlande,...
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Titre original :  Keritai senaka (Japon, 2003)

Depuis son entrée au lycée, Hasegawa regarde sa meilleure amie, Kinuyo, s'éloigner d'elle pour se fondre dans un autre groupe, sans un mouvement pour la rejoindre et feindre leur bonne humeur. Elle se retrouve ainsi confinée à l'intérieur de cette solitude qu'elle a tissée autour d'elle, comme un cocon qui la protègerait des autres et du monde extérieur. Dans sa classe, il y a pourtant encore plus solitaire qu'elle, un garçon, Ninagawa, qui s'intéresse brusquement à elle quand elle lui apprend avoir rencontré un jour un top model dont il est fan jusqu'à l'obsession...

Alors âgée de 19 ans, Wataya Risa est la plus jeune lauréate jamais couronnée du prix Akutagawa (le Goncourt japonais). Nul doute qu'elle se soit inspiré de sa propre adolescence pour imaginer ce journal d'une jeune fille tiraillée entre l'envie de sortir de cette solitude dans laquelle elle s'est elle-même murée et le refus de se livrer à la mascarade des groupes constitués. Son personnage va ainsi se sentir irrésistiblement attiré par l'autre "rebut" de la classe, encore plus replié sur lui-même qu'elle, partagée là encore entre le désir de le voir souffrir une bonne fois pour toutes en se sentant rejeté par ce mannequin vedette et celui de poser les lèvres sur les siennes, sans bien savoir qu'il s'agit là des premiers tourments de l'amour :  

"Je veux que quelqu'un délie un à un tous les fils noirs qui sont pris dans mon coeur comme on détache un à un les cheveux pris dans un peigne, et les jette à la corbeille." (p. 105)

Un petit roman d'apprentissage charmant, oscillant entre la lucidité acerbe jusqu'au malaise de l'adolescence et la sensibilité de cet âge innocent qui se découvre petit à petit.

WATAYA, Risa – Appel du pied / trad. du japonais par Patrick Honnoré. - Picquier, 2008. – 163 p.. – (Picquier poche). - ISBN 978-2-8097-0016-9 : 6 €.
Dimanche 13 avril 2008
publié dans : Littérature japonaise
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Titre original :  O vôo da guara vermelha (Brésil), 2005

"Les faims et les envies du corps, il y a beaucoup de façons d'en prendre soin car depuis toujours vivre, c'est ça, mais maintenant, de plus en plus, c'est une faim de l'âme qui tourmente Rosalio, au fond de lui, une faim de mots, de sentiments et de gens, une faim qui est comme une solitude entière, une obscurité dans le creux de la poitrine, une cécité aux yeux grands ouverts, voyant tout ce que l'on peut voir ici, pas un être vivant, pas une fourmi, une odeur de néant, les murs de planches sèches et grises, les monticules de gravier et de sable, gris, l'énorme ossature en béton armé, sans couleurs, les édifices interdisant tout horizon, un plafond lourd, gris et bas, touchant le haut des immeubles, chape de nuages de plomb immobiles, qui ne dessinent ni oiseaux, ni brebis, ni lézards, ni têtes de géant, n'apportent aucun message, et c'est tout ce qu'il y a à voir, sans distinguer ni levant, ni couchant, ni matin ni soir, tout réellement présent, si proche que le regard y bute et revient, limité, sans pouvoir s'étendre plus loin, ni vers l'extérieur ni vers l'intérieur, s'agitant comme un petit oiseau qu'on vient de mettre en cage, se noyant, cécité." (Incipit, p. 13).

Cette première phrase, très longue, annonce la couleur, ou plutôt les couleurs déclinées en toutes lettres tout au long de ce roman dont les mots coulent, harmonieusement :
Irène n'est plus que l'ombre d'elle-même, son corps décharné trahissant le sida qui poursuit son oeuvre, prostituée vieillie trop vite par l'absence d'espoir. Un jour, elle fait monter avec elle un jeune manoeuvre aux yeux verts, Rosalio, qui s'avère ne pas avoir un sou en poche, mais des histoires plein la tête, emportant partout avec lui un coffre rempli de livres qu'il ne peut lire. Avec ses récits, il la transporte loin de cette vie. Elle, telle Shéhérazade, lui lit ces caractères indéchiffrables sur les pages et lui apprend à écrire. A eux deux, ils vont rendre leur vie plus supportable...

Dans un style musical qui nous emporte dès ses premières notes, comme une mélopée douce-amère, Maria Valéria Rezende nous transporte dans les favelas du Brésil, dans les pensées et le parcours hasardeux de deux laissés pour compte, entremêlés aux répertoires populaire ou culturel (Don Quichotte, Les Mille et une nuits). Exceptée l'une des dernières histoires un peu simplette, c'est là un roman particulier, à la fois dur et tendre, entre réalité et fantaisie, dont on sort un peu comme d'un rêve éveillé.

REZENDE, Maria Valéria. – Le vol de l'ibis rouge / trad. du brésilien par Leonor Baldaque. – Métailié, 2008. – 183 p.. – ISBN 978-2-86424-646-6 : 18 €.
Lundi 24 mars 2008
publié dans : Actualité littéraire étrangère
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